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Les féministes partout : les Assemblées de Quartier

Forum Social Mondial en Argentine

dimanche 1er septembre 2002, par Josefina Gamboa

Parmi les ateliers organisés à l’occasion du Forum Social Thématique Argentine, cette rencontre avait pour objectif d’analyser la convergence entre féminisme et "assembléïsme" [1].

En español

Convoqué par l’Association des Spécialistes en Etudes de la Femme (Adeuem), Ong multidisciplinaire et politiquement indépendante, l’atelier proposait d’établir l’apport fait par les assemblées de quartier au féminisme et celui fait par le mouvement féministe à cet espace social nouveau et vigoureux. Les 35 personnes participantes ont eu l’opportunité de partager leurs témoignages de femmes actives dans les assemblées de quartier. La grande majorité a signalé l’énorme difficulté que représente l’introduction de la notion de genre dans l’espace de ces assemblées. Les féministes sont (souvent) habituées à discuter ensemble sous une même perspective idéologique comme point de départ, tandis que toute autre assemblée présente une pluralité d’idéologies et d’appartenances sociales. María Elena Bartís a coordonné les deux heures de débat, où l’un de sujets principaux a été celui de l’intégration hommes-femmes dans les assemblées.

Intégration ?

La perception généralisée d’une intégration large dans le domaine des assemblées a été qualifiée de temporaire, puisqu’il a été affirmé que, tôt ou tard, la hiérarchie habituelle du système patriarcal prendrait le dessus dans ce nouvel espace social. Pour certaines, intégration ne veut pas dire effacer les différences, puisque c’est un thème central à discuter et à analyser dans tout mouvement . Quelques participantes ont admis que fréquemment au sein des assemblées se créent des « Commissions de femmes », et que cela s’interprète comme une sorte d’« autorisation » de la part des hommes. Comme lorsque l’on donne un jouet à un enfant pour le tenir occupé. Les thèmes dits « de femmes », comme la santé reproductive, sont souvent relégués aux oubliettes face à des questions considérées comme plus urgentes. Néanmoins, "avoir des droits reproductifs est aujourd’hui un enjeu pour tous, et non réservé aux femmes. Face à cette pauvreté, les garçons et les hommes sont de plus en plus violés et prostitués aussi."

Difficile parité

Un autre point clé a été celui du langage : aujourd’hui nous avons toujours du mal à éliminer le masculin des références générales aux personnes. Modifier "voisins" pour "voisins et voisines" semble toujours aussi difficile que si la lutte du mouvement féministe n’avait jamais eu lieu. Un exemple préoccupant : la chanson officielle mêmedu Forum martèle "un nouveau monde naît de l’homme"... rien d’autre !
Depuis décembre dernier, les assemblées ont perdu des membres, majoritairement des hommes. Les raisons en sont multiples. Un participant a ainsi relevé que les femmes occupaient de manière visible les espaces dévalorisés comme l’église, le domaine éducatif, et maintenant les assemblées. Les femmes investissent-elles leur énergie dans des espaces où il n’y a plus de pouvoir, cédés par les hommes par manque d’intérêt ? Les femmes commencent souvent à construire des mouvements sociaux à partir de petits noyaux, avec la difficulté du chemin à parcourir à surmonter. Il semble peut-être plus efficace, soutenaient certaines, d’occuper des espaces déjà existants et, suite à un travail « de fourmis », de réussir à inclure les questions de genre et du féminisme dans les débats.
Une des explications trouvées à la diminution de la participation active dans les espaces d’assemblée est leur politisation. Malgré le fait que l’assemblée est par essence un espace sans représentation, où l’on parle à titre individuel et non au nom de l’organisation à laquelle on appartient, dans beaucoup d’assemblées la variable partisane a corrompu la fraîcheur de ce mouvement social spontané et a entraîné l’éloignement de nombreux et de nombreuses enthousiastes.
Mais la lutte de femmes pour faire entendre leur voix dans les assemblées de leurs quartiers commence à peine. Pour prolonger cet échange, d’autres rencontres seront organisées.
Contacter : mbartis@infovia.com.ar

P.-S.

Josefina Gamboa - 23 août 2002

Notes

[1] Suite à la crise, plus de 200 assemblées de voisin-es se sont créées spontanément à Buenos Aires et à ses alentours. Il s’agit de rassemblements hebdomadaires visant à devenir un espace de débat horizontal, sans récupération politique, où tous et toutes peuvent s’exprimer afin d’établir des priorités et faire des propositions pour résoudre des problèmes au niveau du quartier, puis au niveau national.

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