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Développement durable

L’invisibilité des femmes

mercredi 21 août 2002, par Joëlle Palmieri

A la veille du Sommet mondial du développement durable, un rapport américain fait le point sur une contradiction exemplaire. Les femmes sont indispensables à la réussite des politiques de développement durable et, à ce titre, doivent avoir la pleine jouissance de leurs droits. La réalité est tout autre et même désespérante.

Au moment-même où s’ouvre le « Centre des femmes » à Johannesburg, le 19 août 2002, dans le cadre du 2e au Sommet de la Terre et à l’initiative conjointe du gouvernement sud-africain et d’Ongs, un rapport préparé par le Bureau de recherche sur la population (PRB), basé à Washington, est publié sous le titre « Ce qui est Bon pour les Femmes est Bon pour le Monde » (en majuscule dans le texte). A lire cette étude qui évoque la « myopie de genre » dans le domaine des politiques de développement durable, on ne peut qu’être convaincu-es que le sort de la planète est entre les mains des femmes et que l’invisibilité de leurs initiatives ne peut que nuire aux véritables politiques de développement durable, telles qu’elles ont été définies à Rio, il y a dix ans. Dans la déclaration finale de la première édition du Sommet de la Terre comme dans le programme Agenda21, les femmes arrivaient en effet en pool position et leur nécessaire participation aux politiques de développement entérinées. Le pendant de ces effets d’annonces : l’évolution de leur statut et droits à tous les niveaux.

Une réalité obscène

Or l’étude du PRB est formelle. Le constat est affligeant. Plus de 350 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès au planning familial et donc aux moyens contraceptifs. 500000 meurent chaque année de complications lors de la grossesse ou de l’accouchement. Une femme sur trois est battue, violée ou abusée une fois au moins dans sa vie. On estime à 60 millions le nombre de petites filles considérées comme « manquantes » en Chine et en Inde à cause des infanticides, des abandons et des avortements sélectifs liés au sexe de l’enfant. Dans la majorité des régions du monde, les femmes élèvent seules leurs enfants dans une extrême pauvreté. Globalement, les femmes gagnent les deux tiers, voire les trois quarts, des salaires des hommes pour un travail équivalent. De plus, les femmes assurent massivement des tâches invisibles comme garder la maison et les enfants, cuisiner, chercher le bois et l’eau, jardiner, ce qui assure la survie de la famille au quotidien et donc la durabilité du développement de leur région. La plupart des indicateurs économiques ne tiennent pas compte de ce travail et donc ne le valorisent pas. Si ces services étaient comptabilisés, ils pourraient être estimés à un tiers de la production économique mondiale, affirme le rapport.

Pour une économie populaire

Tout cela sans compter que les femmes sont largement sous-représentées dans les instances de prises de décision. Aux Nations Unies, en 1999, elles occupaient seulement 21% des postes d’encadrement supérieur et en 2000, 14% des sièges de tous les Parlements réunis. Il n’y a toujours pas de femme au Conseil de sécurité. Selon, Anne-Marie Sacquet, directrice du Comité 21 (Comité français pour le développement durable) et auteure de l’Atlas mondial du développement durable, « sur les 185 hauts diplomaties de l’Onu, sept sont des femmes ».
10 ans après Rio, 7 ans après la conférence mondiale des Femmes à Pékin, les bonnes intentions restent lettre morte, les déclarations non suivies d’effet et les politiques de développement en carafe. Ni le rapport américain, ni les Ongs réunies pour une quinzaine de jours à Johannesburg en Afrique du Sud, ne font le lien entre une économie – libérale – dominée par les hommes (les chiffres en attestent) et une économie – solidaire ou populaire – maîtrisée, et non subie, par les femmes. La première révèle une politique à court terme – les constats sur l’état de la planète sont désespérants -, la seconde représente la seule pérennité possible pour une politique de développement au service des populations.

P.-S.

Joelle Palmieri – 21 août 2002

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