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L’information doit conduire à l’action politique

mardi 6 août 2002, par Josefina Gamboa

La quatrième conférence Know-How a rassemblé des professionnel-les de l’information à Kampala, Ouganda, pendant quatre jours d’échange et de réflexion. Le choix d’organiser la réunion en Ouganda, et l’importance de la représentation de femmes de toute l’Afrique, a contribué à politiser la discussion sur l’ information et la communication comme outils de promotion du changement social, de réduction de la pauvrété et d’augmentation de l’égalité entre hommes et femmes. Les Pénélopes étaient présentes pour partager leur expérience d’un féminisme politique.

La Conférence Know-How a réuni à Kampala, Ouganda, du 23 au 27 juillet 2002, près de 200 femmes actives dans la collecte, le traitement et la dissémination d’information. Cette rencontre, organisée tous les quatre ans, a gagné une remarquable envergure depuis sa naissance à Istanbul, où une douzaine de femmes responsables de centres d’information s’étaient rassemblées.
Centrée à l’origine sur le travail de documentation féministe, la conférence s’est ouverte à une large variété d’activistes utilisant l’information et la communication comme un outil politique de changement. Hormis les représentant-es de centres de documentation et d’information pour les femmes, des productrices en audiovisuel et sites web féministes, ainsi que des militant-es du développement incluant une perspective de genre, ont pu partager et échanger leur savoir-faire.

But ou moyen ?

La rencontre ayant lieu pour la première fois en Afrique, la large participation de femmes de tous les coins du continent africain a "dépoussiéré" l’événement. Le discours introductif de la docteure Musimbi Kanyoro, présidente de l’organisation hôte Isis-WICCI, a clairement défini l’idée conductrice de la conférence : ne pas considérer la collecte d’information comme un but en soi, mais comme un moyen d’action politique. Un point approfondi par Ruth Ojiambo-Ochieng, de Isis-WICCI Ouganda, lorsqu’elle a exposé le programme de collecte d’expériences de femmes dans les conflits en Ouganda : « Il aurait été immoral de s’arrêter là », a-t-elle soutenu, expliquant comment fut mis en place un travail engagé de défense des besoins réels des femmes en zones de conflit auprès des professionnels de la santé et des responsables politiques, pour exiger des réponses adéquates.

Pour l’égalité, contre l’exclusion

La remarquable participation des représentant-es d’Afrique, ainsi que d’Asie et d’Amérique latine, a maintenu présente la question des défis politiques futurs des réseaux de femmes en information et communication. En conséquence, on s’est en permanence demandé « pour qui » et « pour quoi » l’information ; et comment faire des actions d’information et de communication de véritables contributions à la lutte pour favoriser l’égalité, réduire la pauvreté et améliorer la situation des femmes. Cela a progressivement déplacé l’attention, habituellement concentrée sur les méthodes de documentation et classification, vers des projets présentant des moyens novateurs d’augmenter l’accès des femmes aux flux d’information et de communication, dont elles sont encore le plus souvent exclues, et de faire entendre leurs voix. Et cela, notamment en ce qui concerne les femmes en milieu rural.
Un point faible à déplorer : le manque d’analyse féministe dans de nombreuses interventions. Bien que (presque) tous les participants étaient des femmes, focalisées sur les besoins des femmes en matière d’information et de communication, une analyse plus approfondie des effets des projets présentés sur la relation femmes / hommes, ainsi que l’efficacité de ces initiatives à réduire les inégalités de genre, aurait été opportune.

Et maintenant ?

La déclaration de Kampala, adoptée à la clôture de la Conférence, a combiné des engagements politiques et des recommandations pratiques, fixant le plan de travail des quatre prochaines années, avant la prochaine conférence Know-How. Des menaces significatives planent sur le droit des femmes à communiquer - d’où des défis majeurs.
Jusqu’à un certain point, le texte adopté inclut les dimensions politiques du secteur de l’information et la communication. Car cette déclaration affirme que les TIC, utilisées stratégiquement, peuvent être des outils pour un changement social positif ; elle certifie noir sur blanc l’engagement des participantes à utiliser les TIC pour réduire les inégalités et pour renforcer les pouvoirs des femmes. Point fort : les recommandations pour encourager l’accès et la participation des rurales dans ce domaine. La nécessité d’augmenter l’échange d’information entre les femmes en situation de conflit et post-conflit a été soulignée, ainsi que l’urgence à mobiliser les réseaux pour combattre le Sida, et leur utilité pour promouvoir une alternative économique au modèle néolibéral dominant, comprenant le soutien aux femmes dans l’économie solidaire. Maintenant, il faut commencer à travailler pour passer des déclarations à l’action !
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