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La dimension sexuelle

, par Dominique Foufelle

Les décisions politiques relatives à l’influence de la pauvreté sur les femmes et les hommes ont souvent été fondées sur l’hypothèse que les femmes sont plus pauvre que les hommes. Le PNUD s’est joint à d’autres organisations pour mieux comprendre les relations qui existent entre la pauvreté et l’inégalité entre les sexes et pour élaborer des politiques mieux ciblées et plus efficaces.

Aujourd’hui, la plupart des analyses sont faites sur la base des mesures de la pauvreté monétaire qui utilisent des instruments quantitatifs plutôt que qualitatifs. Elles ont aussi pris comme unité de base le ménage, comparant souvent les ménages dont le chef est une femme à ceux dont le chef est un homme. Les conclusions, auxquelles on fait communément référence en parlant de "la féminisation de la pauvreté" ont généralement comporté une des conclusions suivantes ou une combinaison de celles-ci :

- L’incidence de la pauvreté est plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

- Comparée à celle des hommes, la pauvreté des femmes est plus profonde.

- Comparée à celle des hommes, l’incidence de la pauvreté chez les femmes est en augmentation.
Ces conclusions ont souvent donné naissance à des politiques centrées sur la production de revenus et en particulier sur l’octroi de microcrédits. Un exemple de cette approche est celui de la Société de placement financier des femmes du Kenya. Le PNUD a aidé ladite société à améliorer sa planification, sa gestion et ses services, en renforçant les compétences de son personnel. La société a pu alors consolider sa gestion financière et doubler le nombre des femmes auxquelles elle dispense une formation chaque année.
Bien que de tels projets soient certainement avantageux pour les femmes, ils ne sont pas toujours concernés par les questions les plus fondamentales. Ils reconnaissent qu’elles ont du mal à disposer des biens et des ressources nécessaires pour générer des revenus, mais au lieu de supprimer ces obstacles, ils tentent de les contourner en se concentrant essentiellement sur les besoins pratiques immédiats des femmes plutôt que sur leurs intérêts stratégiques.
Concentrer son attention sur les femmes chefs de ménage a d’autres inconvénients. Dans certains cas, ces ménages ne sont pas plus pauvres que ceux dont le chef est un homme, et cette constatation a fait croire que les différences fondées sur l’inégalité entre les sexes n’existaient pas. Mais, de façon plus générale, cette vue étroite ignore de quelle manière précisément les femmes sont plus pauvres que les hommes, en particulier au sein du ménage.

La dimension sexuelle dans la pauvreté humaine


Une meilleure compréhension de la pauvreté la perçoit comme un malaise social crée par des inégalités corrélatives. Cela signifie qu’il faut reconnaître que les inégalités économiques et les autres, notamment celles qui ont trait au sexe, ont des incidences les unes sur les autres. Ainsi, les inégalités d’ordre sexuel ne sont pas préjudiciables seulement aux interêts des femmes mais aussi aux stratégies de subsistance dans leur ensemble. Pour que les stratégies de lutte contre la pauvreté réussissent, elles doivent donc faire face aux questions relatives au statut inférieur des femmes et à leur manque d’habilitation.
Le rapport mondial sur le développement humain a contribué à faire mieux comprendre les complexités de la pauvreté en introduisant la notion de pauvreté humaine, fondée sur une approche axée sur les capacités et les droits. Cette approche, qui élargit la perception que permet l’approche de la pauvreté, en terme de revenu, examine les capacités des gens, telles que le niveau d’alphabétisation, de santé et de nutrition, de même que l’accès aux biens et aux ressources.
Du point de vue de la pauvreté humaine, la question "les femmes sont-elles plus pauvres que les hommes ? " reçoit une réponse plus complète. Oui, les femmes sont en effet plus pauvres lorsque l’on prend en considération des capacités comme la santé et l’éducation. Ainsi, sur 900 millions d’analphabètes que compte le monde, les deux tiers sont des femmes et des filles. La situation est particulièrement aiguë en Asie du sud. Dans certaines sociétés, où les femmes et les filles sont plus susceptibles d’être sous-alimentées et de recevoir le moins de soins médicaux, ces disparités peuvent être si importantes qu’elles réduisent l’avantage naturel des femmes en matière d’espérance de vie.
Ces disparités sont le résultat d’inégalités fondées sur le sexe au sein même des ménages et sont renforcées et soutenues par les préjugés sexuels en dehors de la famille. C’est le cas notamment des préjugés qui existent sur le marché du travail, dans les établissements de crédits et les appareils judiciaires. Ces disparités sont aussi le résultat de diverses normes sociales qui conduisent à l’exclusion sociale des femmes et à leur subordination économique.
Le Programme du PNUD pour la réduction de la pauvreté en Asie du sud a révélé, par exemple, qu’en Inde ; les veuves démunies ont droit à différentes formes de soutien de l’Etat. Mais parce qu’elles sont illettrées et n’ont pas de contact avec les agents de vulgarisation ou d’autres personnes à même de les conseiller, elles ne peuvent pas bénéficier de ces droits et en tirer parti pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leur famille.
Les hommes peuvent restreindre les activités des femmes de différentes façons. Dans certains contextes, les hommes pauvres interdisent à leur femme de mener une activité rémunérée. Dans d’autres, ils peuvent utiliser le travail des femmes pour produire des récoltes mais ne partagent pas les recettes tirées de la production de manière égalitaire. De plus, ils exercent souvent leur contrôle par la violence ou la menace de violence.
Pour le PNUD, la violence à l’égard des femmes n’est pas simplement une question d’ordre privé et personnel, mais un problème qui a des répercussions sur la situation économique et sociale de toute la communauté. En Amérique Latine, par exemple, en collaboration avec le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme ( UNIFEM ) et d’autres organismes, le PNUD s’efforce de faire comprendre l’étendue et les effets de la violence contre les femmes et d’élaborer des modèles de législation contre la violence qui puissent être adoptées par différents pays.
Lorsque les femmes travaillent en dehors du ménage, elles sont généralement confinées à un petit nombre d’emplois et doivent se plier à des conditions de travail informelles, temporaires et peu fiables. Elles gagnent aussi moins que les hommes à cause des préjugés dans le domaine de l’éducation et parce que les compétences associées aux travaux dits féminins ont souvent un statut social inférieur. Bien qu’elles aient récemment enregistré des progrès, la majorité des femmes continuent à gagner en moyenne entre 50% et 80% de ce que gagnent les hommes.
Les femmes sont subordonnées sur le marché du travail en partie parce qu’elles doivent consacrer leurs efforts et leur temps au travail domestique non rénumérée qui limite leur opportunité d’avoir un travail rémunéré. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT ), les femmes des pays en développement consacrent entre 31 et 42 heures par semaine au travail non rémunéré, tandis que les hommes ne lui consacrent qu’entre 5 et 15 heures. En règle générale, le fardeau du travail payé et non payé des femmes est plus lourd que celui des hommes.
Accroître le travail des femmes en dehors du foyer leur donnerait un plus grand contrôle sur les revenus à l’intérieur du ménage, mais cela augmenterait encore plus la pression sur leur temps. Les pauvres doivent faire face à de nombreux dilemmes concernant les différentes dimensions de la pauvreté, mais les femmes plus que les hommes et elles pâtissent différemment de la pauvreté, et souvent de manière plus aiguë.

Disparités entre les sexes et pauvreté générale


Le bon sens donne à penser que le statut inférieur des femmes pauvres fait aussi que leur ménage est plus pauvre, ce qui est de plus en plus confirmé. Le rapport mondial sur le développement humain 1997 révèle, par exemple, que globalement, il existe bien une relation entre les inégalités fondées sur le sexe et la pauvreté humaine générale. Il faudra néanmoins des recherches plus poussées pour déterminer les liens de causalité.
De nombreuses études examinent aussi comment la pauvreté se transmet d’une génération à l’autre, un phénomène clairement lié au sexe. Les effets de cette transmission commencent même avant la naissance. Dans de nombreux pays, les mères souffrent gravement de malnutrition : en Afrique subsaharienne, 20% des femmes ont un poids inférieur à la normale ; en Asie du sud, 60%. Or, les femmes souffrant de malnutrition sont plus susceptibles de donner naissances à des enfants souffrant d’insuffisance pondérale à la naissance. Les mères peu éduquées sont aussi moins capables de favoriser l’éducation de leurs enfants.
Une approche humaine des questions relatives à la pauvreté représente donc une tentative plus réaliste de comprendre les manières complexes par lesquelles les inégalités de tous ordres, y compris celles d’ordre sexuel, interagissent pour produire la pauvreté. C’est pourquoi il faut considérer les activités qui s’adressent à la pauvreté des femmes, non comme sous-catégorie d’actions visant à réduire la pauvreté, mais comme une dimension intégrale de l’aide au développement général. Et l’on doit favoriser ces activités, non seulement au niveau de l’expérience individuelle et de groupe, mais aussi stratégiquement, au sein des plans nationaux de développement général et par des prises de decision politiques à l’intérieur des institutions qu mettent ces politiques en œuvre.

Comprendre la pauvreté à travers les voix des hommes et des femmes


En règle générale, les évaluations de la pauvreté font appel à des méthodes quantitatives. Lorsque celles-ci sont utilisées avec soin, elles peuvent révéler l’existence de préjugés fondés sur le sexe. Par exemple, les données des recensements ont permis de révéler des déséquilibres démographiques qui résultent de l’infanticide des fillettes et de la malnutrition graves des femmes. Ces méthodes quantitatives sont maintenant combinées plus fréquemment à des méthodes qualitatives et participatives et aident à révéler les dimensions sexuelles de la pauvreté qui sont difficiles à mesurer par d’autres moyens.
Une approche suivie est l’évaluation participative rurale dans laquelle des personnes étrangères à la communauté facilitent le processus par lequel celle-ci décrit ses problèmes et cherche des solutions. Il s’agit d’une méthode plus inclusive, plus intensive et qui prend plus de temps que les méthodes traditionnelles.
Au Bengladesh, le PNUD a utilisé, en 1996, une forme adaptée d’évaluation participative afin d’en tirer des recommandations à l’intention des pouvoirs publics relatives à des prises de mesures supplémentaires en faveurs des pauvres. Les résultats ont été publiés dans le Rapport sur le développement humian au Bengladesh 1996. Cette méthode, utilisée dans dix communautés urbaines et rurales, visait à faire participer autant de femmes que possible afin d’éviter que les besoins des pauvres ne soient représenter de manière biaisée par rapport au sexe.
Les résultats pour les femmes et les hommes du monde rural [1] font ressortir l’importance et l’utilité d’une approche qui se fonde moins sur la fourniture de services financiers et davantage sur la réduction directe de la pauvreté hamaine. Les femmes et les hommes qui ont répondu dans le cadre de l’enquête ont accordé la plus haute priorité à l’emploi. Plus qu’à l’accumulation de capital, ils attachent de l’importance aux facteurs à même de contribuer à renforcer les capacités humaines.
Alors que tant les hommes que les femmes font du manque d’emploi le principal problème, les femmes accordent au besoin d’avoir une exploitation rurale un rang de priorité plus élevé que les hommes, parce qu’elles veulent des possibilités d’emploi basées à la maison. Cela leur permet d’ajouter des fonds aux revenus familiaux sans pour autant transgresser leurs restrictions purdah.
L’une des questions prioritaires pour les femmes et les hommes est la nécessité d’acquitter la dot. Les familles rurales peuvent devoir payer jusqu’à 2000 dollars à la famille du futur époux. Le paiement de la dot est un mécanisme important pour bâtir des relations réciproques entre les familles et fait donc partie des stratégies générales de survie. Cependant, au fil du temps, les dots sont devenues excessivement élevées et représentent un fardeau particulièrement lourd pour les femmes chefs de famille et pour les familles qui ont plus de filles que de fils. En outre, elles reflètent et renforcent le faible statut des femmes qui sont les instruments de ces échanges mais ont très peu d’influence sur cette coutume.
Bien que le paiement de la dot soit illégal au Bengladesh, il demeure une force importante dans la vie sociale et économique. Les participants à l’évaluation voulaient que le Gouvernement fasse respecter la loi, ce qui réduirait la pauvreté et permettrait d’améliorer la condition de la femme.

Etablir des liens entre les niveaux local, général et intermédiaire


Beaucoup d’activités du PNUD cherchent à attaquer la pauvreté aux niveaux local et intermédiaire. Le projet Violence contre les femmes en Amérique latine répond à l’expérience acquise au niveau local en matière de violence contre les femmmes en travaillant sur les structures légales et juridiques au niveau intermédiaire. Un autre exemple est le Programme national pour l’allégement de la pauvreté et le soutien aux femmes, en Mongolie. Ce projet formule des stratégies explicites visant à mettre en place des capacités nationales à court terme et à long terme au niveau intermédiaire. Sur le court terme, il renforce l’aptitude de l’administration des autorités locales à identifier, formuler et mettre en œuvre des interventions contre la pauvreté qui interressent particulièrement les femmes. Sur le long terme, il renforce les capacités des ONG qui travaillent avec les femmes. Cette activité comporte la création de fonds de développement pour les femmes et la fournitutre de services de microfinancement aux groupes vulnérables dont les membres sont en majorité des femmes.
Cependant, alors que le PNUD continue à s’attaquer à la pauvreté aux niveaux local et intermédiaire, il redouble d’efforts pour lier ces niveaux aux dimensions macro-économiques des initiatives visant à réduire la pauvreté et les inégalités entre les sexes.
Jusqu’à récemment, on pensait que les politiques macro-économiques étaient neutres à l’égard des sexes. Mais depuis le milieu des années 80, beaucoup des gens critiquent à la fois les politiques de stabilisation macro-économique et d’ajustement structurel, faisant valoir qu’elles sont défavorables aus femmes et aux pauvres.
Les réductions des dépenses publiques sont fréquemment préjudiciables aux femmes. Ainsi, certaines économies en transition réduisent le nombre des employés de la fonction publique, mesure qui peut se traduire par une perte d’emploi disproportionnée pour les femmes, surtout celles qui ont plus de 40 ans. De même, certains Etats démantelent leur système de sécurité sociale d’une manière qui rend les femmes plus vulnérables.
L’une des voies à suivre pour faire face à une telle évolution est de soutenir des projets de recherche qui puissent révéler les rapports entre les décisions macro-économiques et les données d’expérience au niveau locale. C’est pour cette raison que le PNUD collabore avec divers partenaires en vue renforcer la capacité des méthodes statistiques nationales afin de faire ressortir les aspects de l’activité économique globale qui sont marqués par une différenciation des sexes.
Le PNUD a, par exemple, aidé à lancer un projet pilote sur la prise en compte de la spécificité de chaque sexe dans les statistiques du travail. Ce projet utilise notamment sur l’emploi du temps, qui cherche à préciser autant que possible la contribution des femmes et des hommes au travail rémunéré et non rémunéré, y compris aux travaux domestiques et communautaires. Cette connaissance peut être d’une grande importance lorsqu’il s’agit d’élaborer des politiques et des programmes visant à réduire la pauvreté.
Un tel projet non seulement s’attaque à la rareté des statistiques ayant un rapport avec l’élimination de la pauvreté mais contribue aussi à faire mieux comprendre les relations qui existent entre l’incidence de la pauvreté et les responsabilités des femmes au niveau du ménage. Les gouvernements élaborent souvent des politiques en se fondant sur l’hypothèse que la main d’œuvre est une ressource abondante parmi les pauvres. C’est peut-être vrai globalement, mais non si l’on ne considère que les femmes : leurs responsabilités au niveau du ménage réduisent considérablement le temps dont elles disposent. En Europe orientale et dans la Communauté des Etats indépendants (CEI), le PDNU appuie la mise en place de mécanismes visant à améliorer la condition de la femme et à renforcer le dialogue nationnal sur les questions connexes. Ainsi, l’un des projets vis à favoriser le dialogue national sur les dimensions sexuelles des décisions politiques en République de Moldavie où les femmes représentent 75% des chômeurs. Le PNUD a aidé le Gouvernement à mettre en place un Groupe sur l’intégration des femmes dans le développement au sein du Ministère du Travail et de la Protection sociale afin d’augmenter l’habitation des femmes et leur représentation au niveau des postes de responsabilité. Une formation au commerce et à l’entreprenariat a aussi était dispensée à des femmes de diverses origines sociales et ethniques.
L’une des façons de rendre les politiques macro-économiques plus soucieuses d’équité entre les sexes est d’utiliser des états budgétaires relatifs aux femmes, qui sont généralement présentés en même temps que les budgets nationaux. Jusqu’ici, il y en a eu relativement peu : l’Australie, le Canada et la Suède ont été les premiers pays à faire ce genre d’analyse. Dans les pays en développement, l’exercice le plus ambitieux a été l’Initiative du budget des femmes en Afrique du sud.

Mondialisation, disparité entre les sexes et pauvreté


Les liens entre le niveau local et le niveau général sont aussi d’une importance cruciale lorsque l’on considère les besoins des femmes en relation avec l’économie mondiale. Le PNUD a été engagé dans nombre de projets qui ont aidé à améliorer la condition de la femme et assuré leur participation dans des termes plus égalitaires.
La mondialisation peut rapprocher les pays en développement du marché international, mais les bénéfices potentiels n’atteignent souvent pas les communautés pauvres qui produisent des biens exportables. Un produit africain dont le créneau prend de l’importance sur le marché mondial, surtout en Europe, est le beurre de karité. Extrait de la noix d’un arbre qui pousse en Afrique de l’ouest, ce produit est utilisé dans les cosmétiques, le chocolat et la pâtisserie.
La plus grande partie du travail est faite par des femmes pauvres qui récoltent les noix, en extraient le beurre et le préparent à l’exportation. La production d’un kilo d’un beurre de karité peut demander huit heures de travail. Mais seule une infime partie du prix de vente final revient aux femmes : Burkina Faso, par exemple, le prix local est de 25 centimes E.U. le kilogramme, alors que sur le marché international il peut atteindre 80 dollars.
Des organismes burkinabés aident les groupes de femmes à améliorer leur production. Mais relativement peu a été fait pour améliorer la commercialisation. En 1996, UNIFEM, avec l’appui du PNUD, a entrepris une étude extensive du marché international du beurre de karité afin d’aider les femmes à tirer plus d’avantages de leur production. Le projet leur a offert une formation pour les aider à respecter les normes internationales en matière de qualité, de conditionnement et d’entreposage du produit. Mais il a aussi dispensé une formation commerciale comprenant les relations commerciales, la négociation des contrats et les techniques de négociation.
Ce projet a élevé les revenus des femmes et a généré un réseau de groupes de producteurs. Cette expérience sera sans doute étendue à d’autres régions du Burkina Faso et ailleurs en Afrique.

Les femmes et l’emploi informel


L’un des effets de l’ajustement structurel et des politiques de stabilisation macro-économique est la féminisation du travail dans l’économie du travail. Cependant, l’un des segments de la main d’œuvre féminine qui a été sous-estimé de façon systématique se trouve dans le secteur informel. Même en Asie du sud-est, où l’industrie manufacturière a connu une expansion rapide, une proportion importante des travailleuses demeure dans le secteur informel : ainsi, elles représentent 43% de la main d’œuvre dans le secteur informel en République de Corée et 79% en Indonésie.
Mais il est possible que même ces données sous-estiment le nombre réel des femmes qui travaillent dans le secteur informel. La plupart des estimations concernant la main d’œuvre informelle se fondent sur le nombre de personnes qui travaillent sur elles-mêmes ou le font à titre gratuit pour des membres de leur famille. Elles sous-estiment le nombre de personnes, les femmes en particulier, qui travaillent à la pièce ou au titre d’un contrat de sous-traitance. L’une des conséquences de ce manque de statistiques est que les politiques publiques ne sont pas suffisament attentives à l’emploi informel, forme de travail précaire qui est de façon disproportionnée le domaine des femmes.
Le projet du PNUD sur la prise en compte de la spécifité de chaque sexe dans les statistiques du travail implique une collaboration avec les partenaires de la société civile qui essaient de consolider la sécurité et le pouvoir de négociation des travailleuses du secteur informel. L’un des partenaires du PNUD est Women in Informal Employment : Globalization et Organizing (WIEGO) (Femmes de l’emploi informel : mondialisation et organisation), effort de collaboration avec une importante ONG indienne, la Self Employed Women’s Association (SEWA) (Association des travailleuses indépendantes).
WIEGO met au point des méthodes pour recenser et inclure les travailleuses employées à la maison et les vendeuses de rue dans les enquêtes sur la main-d’œuvre et pour la préparation d’estimations nationales et mondiales. L’objectif ultime est de permettre la mise en place de mesures qui amélioreront la situation et la sécurité des travailleuses du secteur informel.

Inégalité entre les sexes, pauvreté et situation de crise


Un autre aspect des relations entre les données qui se dégagent au niveau local et les interventions au niveau général est que les femmes sont peut-être plus vulnérables que les hommes à la pauvreté ’ passagère ’. Différentes études ont indiqué qu’en période de crises sociales et économiques – qu’elles soient dues à l’épidémie du VIH et du sida, à des guerres, à des conflits éthniques ou à des crises macro-économiques – la situation des femmes et celle des hommes sont non seulement souvent différentes mais aussi fort inégales.
L’étude de la Bulgarie, Women in Povrety (Femmes vivant dans la pauvreté ), établie à la demande de l’OIT et du PNUD, a révélé que les femmes ont plus souffert que les hommes durant la crise engendrée par la transition. En particulier, les mères celibataires, les femmes divorcées avec des personnes à charge, les femmes appartenant à des groupes minoritaires et les femmes agées célibataires se trouvent maintenant dans la couche de la population la plus pauvre.
La pauvreté temporaire se transforme en manière de vivre, non seulement pour ces femmes, mais aussi pour leurs enfants. Elles doivent se consacrer davantage aux tâches domestiques et aux soins des enfants et ont ainsi moins de chance de trouver du travail. Elles sont donc reléguées dans des secteurs où les emplois sont mal payés et elles doivent, pour faire face à la situation, réduire leurs dépenses, y compris celles de nourriture et de santé. Tout cela ne fait, bien entendu que diminuer encore plus leur capacité de sortir de la pauvreté.
Un autre exemple de l’aide apportée par le PNUD en contexte de crise vient du sud du Rwanda durant la période de reconstruction qui a suivi la guerre. Après le génocide de 1994, beaucoup de gens ont perdu leur logement et leurs biens, mais souvent, ce sont les veuves qui se sont trouvers dans les situations les plus difficiles. Environ 70% de la population sont maintenant des femmes, un tiers de ces femmes seraient veuves.
Dans le district de Shyanda, dans le sud du Rwanda, un groupe de veuves s’est constituées, dont les membres s’offrent un soutien mutuel. Le nom de ce groupe est l’association Duhosanye (’consolons-nous les unes les autres’). Les veuves se sont associées pour reconstruire leur maison et ont mis en place un fonds de secours pour les membres du groupe. Le programme de microfinancement Afrique 2000 du PNUD les a aidées à mettre en place un système de production durable en leur donnant des fonds nécessaires pour acheter des semences, par exemple, du bétail. L’association gère à présent son propre magasin et peut prêter de l’argent à des taux préférentiels pour financer des activités génératrices de revenus.
Un autre exemple est le Projet de réhabilitation rurale en Somalie, conçu pour aider les communautés à identifier et à donner un ordre de priorité à leurs besoins en services de base, et à gérer leurs propes activités pour le relèvement et le développement. Les femmes – en paticulier les célibataires – ont pris part à ces consultations ; et plus de 250 projets commu-nautaires ont remis en état les écoles, les hôpitaux, les puits, les marchés et les centres communautaires et crée des sources de revenu. Une composante, crédit du projet, s’est concentrée plus particulièrement sur les femmes en les aidant à démarrer ou développer leur entreprise.
Au Liban, le Programme de développement rural intégré du PNUD, dans la vallée de la Bekaa, cherche à promuvoir la contribution économique des communautés rurales. Le programme est très attentif aux besoins des femmes et des enfants et utilise des approches participatives pour identifier les problèmes et leurs solutions.

L’habitation comme approche de la réduction de la pauvreté


L’une des pierres angulaires de l’approche du PNUD en matière de la réduction de la pauvreté est l’habitation des pauvres et, en particulier, celle des femmes pauvres. L’un des exemples les plus complets de cette approche est le Programme de réduction de pauvreté en Asie du Sud, qui a non seulement augmenté les revenus des femmes leur a permis de prendre leur destinée sociale et économique en main.
En Inde, le programme fonctionne dans trois districts d’Andra Pradesh, où il a fournit des capitaux de lancement pour augmenter les ressources de base de 2 500 organisations villageoises de développement. Celles-ci comptent à présent 40 000 membres, dont 97% sont des femmes. Le point d’entrée principal du groupe est le crédit et l’épargne, mais cette approche diffère des programmes plus traditionnels de microcrédits, car ce sont les membres du groupe qui se chargent de l’octroi des prêts. Il en résulte que les communautés ont pu identifier les besoins des personnes les plus pauvres, telles que les femmes chef de famille, les femmes abandonnées et les membres de familles qui font face à des problèmes de santé ou autres, et ont pu trouver les voies et moyens de répondre à ces besoins.
Pour respecter les priorités des membres du groupe, plus de la moitié des prêts ne sont pas allés à la production mais à la consommation et au renforcement des capacités dans des secteurs comme l’éducation, la santé, et surtout la santé des femmes en matière de reproduction. Le projet à toutefois habilité les femmes, car en leur offrant la possibilité d’épargner, il leur a donné un sens de la sécurité qui leur a permis d’échapper à la mainmise des prêteurs traditionnels et a restauré leur dignité. Les activités collectives du groupe ont aussi permis de renforcer les compétences des femmes en matière de gestion et d’encadrement.
Ces groupes ont fait beaucoup plus que libérer leurs membres de l’assujétissement aux prêteurs. En participant aux réunions et en faisant entendre leurs opinions sur les questions économiques, les femmes ont acquis une nouvelle reconnaissance et un nouveau statut au sein de la communauté. Elles ont aussi gagner le respect de leur mari et de leurs beaux-parents car elles ont apporté des bénéfices tangibles à la famille. Au début, les hommes ne voulaient pas que leur femme se joigne à ces groupes, mais à présent ils apprécient le pouvoir collectif qu’elles ont pour s’attaquer à la pauvreté et ils utilisent le modèle de l’organisation féminine pour leur propre groupe d’entraide.
Les femmes se sont aussi lancées dans de large éventail d’activités. Par exemple, des femmes ont formé des associations agricoles qui combattent les inégalités salariales basées sur le sexe. Elles ont commencé à organiser des groupes d’auto-assistance pour les filles pour les cours d’alphabétisation. Elles ont pris des mesures pour résister aux mariages des enfants, qu ’elles identifient comme l’une des causes principales de la subordination sociales des femmes et de leur pauvreté. Ailleurs, des projets similaires, appuyés par le PNUD, font aussi des progrès.

P.-S.

Michel Muller, janvier 2001

Notes

[1] Problèmes des communautés rurales pauvres au Bengladesh ( source PNUD, Rapport sur le développement au Bengladesh 1996 )
Classement des femmes : 1. Impossibilité de trouver du travail. 2. Accès à la terre / maison / exploitation agricole ; 3. Impossibilité de payer la dot ; 4. Accès à l’éducation pour les enfants ; 5. Pénurie d’argent liquide ; 6. Accès aux soins de santé ; 7. Nourriture insuffisante ; 8. Manque d’eau potable / puits ; 9. Pénurie de capitaux ; 10. Manque de latrines ; 11. Manque de vêtements.
Classement des hommes : 1. Impossibilité de trouver du travail ; 2. Accès aux soins de santé ; 3. Impossibilité de payer les dots ; 4. Accès à la terre /maison/ferme ; 5. Insuffisance de latrines ; 6. Pénurie d’argent liquide ; 7. Accès à l’éducation pour les enfants ; 8. Manque d’eau potable/puits ; 9. Nourriture insuffisante ; 10. Pénurie de capitaux ;11. Manque de vêtements

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