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Marche Mondiale DES Femmes

, par Joëlle Palmieri

Résumé des recommandations concernant l’agenda de la prochaine rencontre du G-8
Comité permanent sur les affaires étrangères et le commerce international du gouvernement canadien

La Marche mondiale des femmes, réseau féministe d’actions mondiales contre la pauvreté et la violence envers les femmes souhaite rencontrer le Comité permanent sur les affaires étrangères et le commerce international afin de lui faire part de ses recommandations concernant l’agenda de la prochaine rencontre duG-8. Nous croyons qu’il est de première importance que les femmes occupent une place de choix dans les discussions des États membres du G-8. Pourquoi ?

Parce que le revenu des pays les plus riches est aujourd’hui 59 fois celui des pays les plus pauvres(contre 30 fois en 1960…ce qui était déjà scandaleux) et parce que l’écart entre la tranche des 20% de la population mondiale la plus riche et celle des 20% la plus pauvre a doublé dans la même période. Les femmes sont les premières perdantes, tout le monde le sait, il est temps d’agir !!

Parce que dans le monde, une personne sur cinq vit avec moins d’un dollar par jour et une sur sept souffre chroniquement de la faim. Les femmes sont les premières à en souffrir et à en mourir, tout le monde le sait, il est plus que temps d’agir !!

Parce que les femmes qui représentent la moitié de l’humanité et qui fournissent à elles seules les 2/3 des heures travaillées ne gagnent que le 1/10du revenu mondial et ne possèdent que moins de 1/100 de la fortune mondiale. Tout le monde le reconnaît, il faut agir !!

Parce que le trafic des femmes et des enfants (surtout des petites filles) ne cessent de s’accroître de pair avec l’exploitation sexuelle. Selon les évaluations, 4 millions de femmes et de fillettes sont achetées et vendues dans le monde entier, à de futurs époux, à des proxénètes ou à des marchands d’esclaves . Tout le monde le voit, on doit agir !!

Parce que même au Canada le " libre " échange ne profite qu’à certaines personnes : dans la dernière décennie, au Canada, le 1/5 le plus riche de la population s’est enrichi alors que le 1/5 le plus pauvre s’est encore appauvri. Le" libre échange " non seulement ne change rien à ce " modèle " de développement mais le consolide davantage. La tendance va vers une inégalité croissante affirme Andrew Sharp, économiste et directeur général du Centre d’étude des niveaux de vie à Ottawa. Les femmes sont les plus grandes perdantes, tout le monde le sait, il est urgent d’agir !!

Parce que l’élève modèle du FMI, l’Argentine est en banqueroute présentement et parce que ces crises incessantes du système financier international (Mexique, Brésil, Asie, Russie, etc.) mettent à mal la sécurité de l’humanité ? Les femmes sont les premières perdantes, tout le monde peut le constater, il est temps d’agir ! !

Parce que les intégrismes, les fondamentalismes, les terrorismes de tout acabit se lovent parfaitement dans ces politiques des maîtres de l’univers et les femmes en paient le prix fort, très fort. Tout le monde le sait, il est plus qu’impérieux d’agir ! !

Certes il n’existe pas de kit préfabriqué pour reconfigurer le monde, ni de projet déjà tout ficelé. Nous savons que des millions de femmes à travers la planète contribuent à développer des alternatives crédibles qui sont réalisables maintenant dont :

Un commerce équitable
Qui a dit que les altermondialistes rejettent le commerce ? De tout temps, les êtres humains ont échangé des biens et des services. Mais les modalités de l’échange peuvent être différentes de celles imposées par le G8 et l’OMC. Nous voulons commercer mais selon les règles du commerce équitable. Déjà des initiatives existent –le café équitable par exemple- qui indiquent la voie à suivre. Si la proposition d’un Plan Marshall pour l’Afrique s’avère une initiative fort bienvenue, il faut d’emblée affirmer que seule une modification radicale des règles du jeu commercial et financier pourra régler durablement le sort des pays du tiers-monde.

Des investissements productifs socialement et écologiquement responsables.
Qu’il faille des capitaux et des investissements pour soutenir le développement et la croissance, nul n’en doute. Mais pourquoi ces investissements ne sont-ils concentrés que dans les mains de quelques personnes ou corporations multinationales ? Pourquoi les capitaux devraient-ils circuler librement, aller et venir où et quand bon leur semble ? Pourquoi sont-ils massivement engagés dans la spéculation ? Nombre d’économistes affirment depuis longtemps déjà la faisabilité d’investissement productifs et non spéculatifs ; orientés vers le développement local, régional, national, axés sur les besoins des populations, soumis au respect intégral des normes du travail de l’OIT, et des diverses conventions et protocoles protégeant les droits humains et l’environnement. et dont les orientations font l’objet de débats démocratiques par les citoyennes et citoyens qui peuvent ainsi choisir le type de développement le plus adéquat et le plus adapté au milieu Par exemple : le modèle du budget participatif de Porto Alegre où les citoyennes et citoyens sont consultés sur les investissements de l’État.

L’annulation de la dette des pays du Tiers-Monde en tenant compte des principes de responsabilité, de transparence de l’information et d’imputabilité
La dette des pays du Sud, c’est le nouveau visage du colonialisme. Les pays du Sud ont déjà payé plusieurs fois leurs " dettes " remettant au Nord plus qu’ils ne reçoivent même en aide publique au développement. Cette dette est illégale, immorale, illégitime. Mais tout ce dont les pays riches ont accouché c’est d’une initiative rachitique pour les pays pauvres très endettés (PPTE) et qui ne change pas fondamentalement les règles du jeu permettant de maintenir les pays appauvris dans une relation de dépendance. Il faut annuler la dette pour libérer le développement et accorder préséance aux programmes permettant aux femmes d’accroître leurs droits humains fondamentaux.

Une mesure immédiate de partage de la richesse : la taxation des transactions financières (en particulier la Taxe Tobin)
Certes, à elle seule la Taxe Tobin ne peut prétendre régler définitivement le problème de la spéculation encore moins celui des inégalités croissantes. Mais elle contribue à jeter un peu de sable dans les rouages bien huilés de la spéculation financière. Elle s’inscrit également dans l’émergence d’autres propositions de taxation du capital avec lesquelles même des économistes libéraux sont d’accord ! Le parlement canadien a déjà voté unetelle mesure Elle permettrait de dégager un fonds mondial important consacré au développement social dont encore une fois les femmes devront être les premières bénéficiaires afin de remplir les engagements pris vis-à-vis l’élimination de la pauvreté et de toutes formes de discriminations envers elles. Jouxtée à des mesures précises pour éliminer toute la criminalité financière (paradis fiscaux, secret bancaire, blanchiment d’argent, etc.), pas seulement celle des réseaux terroristes mais aussi celle des terroristes financiers, c’est un objectif atteignable à court terme.

Des mesures immédiates pour assurer l’égalité entre les femmes et les hommes et mettre fin à toutes les violences envers les femmes.
Toute solution pour les femmes passe à la fois par une transformation des structures sociales, économiques et politiques mais aussi par la modification des rapports sociaux qui façonnent la vie privée, les relations personnelles entre les femmes et les hommes, la responsabilisation envers les enfants. C’est pourquoi lors des récents " rendez-vous mondiaux " les femmes se sont faites très présentes réclamant la prise en compte de la perspective différenciée selon les sexes dans tout accord ou politique commerciale ; la reconnaissance du travail non rémunéré des femmes dont le travail domestiques et sa comptabilisation dans le PNB ;la reconnaissance du rôle économique, social et culturel des femmes dans le développement ; des mesures urgentes et énergiques pour sortir les femmes et les enfants de la pauvreté ; des législations et des programmes d’élimination de toutes les violences envers les femmes ; des mesures prioritaires d’accès à l’éducation ; l’accès à des services de garde ; l’accès à la formation technique, au crédit, à la terre ; des mesures favorisant la participation des femmes et des groupes de femmes dans les institutions politiques et économiques. Dans chacun de ces domaines, des alternatives existent déjà…ce qui manque c’est la volonté politique de les mettre en œuvre de façon systématique dans tous les pays.

Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres d’alternatives réalisables à court terme.
Bâtir des ponts entre les peuples du monde, se nourrir du pluralisme que constituent des histoires et des cultures diversifiées, se renforcer mutuellement dans l’exercice d’une démocratie représentative et participative, partager une même passion pour le respect absolu des droits humains et un même engagement à les faire respecter, vivre enfin une véritable égalité entre les femmes et les hommes, prendre soin de tous les enfants, avoir accès à l’éducation, à la santé, à la culture et aux ressources les uns des autres en ayant le souci de l’environnement, partager les richesses de façon solidaire etéquitable, échanger, se visiter, se comprendre, en arriver à vivre ensemble égaux/égales et différentEs …voilà ce que nous souhaitons pour le monde. Voilà ce qui peut contrer durablement tous les terrorismes. Voilà pourquoi il y a eu 50,000 manifestantEs à Québec, voilà pourquoi il y en a eu plus de 100,000 à Gênes , voilà pourquoi il y a désormais Porto Alegre…

Un autre monde est à notre portée

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