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Lettre au ministre des Affaires Etrangères

vendredi 31 mai 2002, par Josefina Gamboa

Madame Andrée Michel
directrice honoraire de recherche au CNRS
6 avenue Jean Moulin
Montreuil 93100
à
Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères


15 mai 2002


Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous informer des faits suivants :

Le 7 avril dernier, je suis partie avec une amie pour la Palestine dans le but d’apporter notre contribution à la campagne de protection du peuple palestinien qui combat avec des moyens dérisoires contre une occupation impitoyable. Nous espérions aussi travailler pour la paix en rencontrant les groupes de paix (Israéliens et Palestiniens) qui travaillent ensemble pour que la négociation remplace la violence..
Arrivées à l’aéroport de Tel Aviv à 6 heures du matin le 8 avril, nous y avons été retenues dans des conditions exécrables pendant plus de quatre heures (pas d’informations, interdiction d’aller boire un verre d’eau, de téléphoner, d’aller aux toilettes, etc. ) avant d’être remises de force et avec brutalités, malgré nos protestations, dans l’avion qui retournait à Paris. Nos passeports nous ont été confisqués et nous avons été fichées à notre descente d’avion à Paris. Nous avons été témoins de scènes de violences exercées à l’égard d’autres personnes, femmes ou hommes, qui, comme nous, avaient l’intention, de rencontrer des Palestiniens et qui ont été trainées à terre et battues parce qu’elles opposaient une résistance physique à l’expulsion décidée par le Ministère israëlien de l’Intérieur pour cause de « trouble à l’ordre public », selon le communiqué qui nous a été lu à l’aéroport.

Il apparaît clairement que, sous prétexte de lutte contre le terrorisme et pour réaliser « le Grand Israël », cet Etat n’hésite pas à occuper le maximum du territoire de la Palestine, quitte à faire régner la terreur pour en chasser les habitants par la violence. Comme ceux-ci refusent et résistent, il faut éliminer toute personne qui pourrait être témoin des violences et crimes de guerre commis par certains éléments de l’armée israélienne durant des opérations militaires où la mort et les pires exactions frappent indistinctement les « kamikazes », les membres de l’Autorité Palestinienne et la population civile (hommes, femmes, enfants, vieillards).

Certes les dommages qui résultent pour nous de notre expulsion de l’aéroport de Tel-Aviv sont infimes par rapport à l’enfer et aux souffrances que subissent les Palestiniens depuis plusieurs décennies et qui ont connu une exceptionnelle recrudescence ces derniers mois.

Cependant il nous semblerait normal qu’un Etat français qui se dit soucieux de veiller au respect des Droits humains dans le monde interpelle l’Etat d’Israël sur les violations des droits dont nous avons été victimes en lui demandant réparations pour les préjudices subis (séquelles physiques pour certain-e-s par suite des coups et empoignades brutales, interruption forcée de notre voyage en Palestine, etc.).. Nous demandons aussi que l’Etat d’Israël soit interpellé au sujet de sa violation des droits démocratiques de circuler et de s’informer qui sont garantis par les différentes conventions internationales. Nous devons avoir le droit de retourner en Palestine et d’y rencontrer ses habitants.

Il est évident qu’une telle répression à notre égard de la part de l’Etat israëlien n’aurait pas eu lieu si l’Etat français et l’Union Européenne dont il fait partie avaient eu une autre politique à l’égard d’ Israël que celle consistant à demander aux Etats-Unis d’assumer leurs responsabilités dans un conflit où sont bafouées par Israël à la fois les résolutions de l’ONU (entre autres sur la colonisation en Palestine) et les dispositions de la Convention de Genève . En particulier l’Etat français aurait pu et peut encore prendre des sanctions en suspendant d’abord toute coopération militaire, économique, technique et scientifique avec l’Etat d’ Israël. Ensuite il aurait pu et peut encore envoyer une mission d’interposition ou, à défaut, d’observateurs/trices, destinée à empêcher le développement des violences entre les deux pays en rappelant à l’Etat d’Israël que le colonialisme n’a plus sa place dans le monde au début du 21 e siècle.

On nous dira que le droit d’ingérence est absent de la Charte des Nations Unies mais la Communauté internationale n’a fait aucune objection pour l’envoi de la Forpronu en Bosnie-Herzégovine et encore moins pour lever en 24 heures une Coalition de plus de 500.000 hommes il y douze ans quand l’Irak a envahi le Koweit.

Les sociétés civiles des pays d’ Europe qui se mobilisent pour porter assistance au peuple palestinien martyr attendent autre chose de leurs Etats que la démission totale de ces derniers dans un conflit qui doit être solutionné au plus tôt pour arrêter ces morts, ces vies gâchées et ces destructions innombrables et inutiles, de part et d’autre.

Le gouvernement de Mr Raffarin a promis l’écoute des Français et et l’action pour réaliser une politique préalablement définie par le dialogue avec la société civile. Les participants français et européens aux missions de protection du peuple palestinien et de paix au Moyen Orient vous signifient clairement dans leurs actes ce qu’ils attendent de la politique étrangère de leur Etat dans le conflit israëlo-palestinien. Ecoutez -les.

Ils vous disent également, en tentant de rencontrer sur place les Palestiniens et les forces de paix des deux parties en présence, qu’elles/ils en ont assez d’une politique étrangère débile qui s’est bornée jusqu’ici à l’indulgence ou aux remontrances polies à l’égard des crimes de guerre et des violations du droit par l’Etat d’Israël. Assez de discours, de palinodies, d’atermoiements. Passez à l’Action sans plus tarder et contribuez aux mesures que nous vous suggérons, susceptibles de favoriser une solution au conflit israëlo-palestinien qui soit basée sur la justice et le droit et non plus sur la force et la barbarie.

En vous assurant de notre considération, nous espérons que notre voix sera entendue et que dès maintenant vous organiserez l’envoi d’observateurs et d’observatrices , civiles et non militaires, sur le terrain.

P.-S.

Andrée Michel - mai 2002

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