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Paroles de femmes

Francisca, 22 ans

vendredi 31 mai 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "

Francisca, 22 ans, s’exprime sur les relations femmes-hommes aujourd’hui, et le fossé entre le monde contemporain et les clichés véhiculés par les médias.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Pour moi, la journée du 8 mars c’est l’occasion de se souvenir et de commémorer toutes les luttes qui ont été menées. Ce sont les lois Veil, l’IVG, la contraception. Maintenant nous pouvons même conserver notre nom de famille lorsque nous nous marions. Dans le même temps, je trouve dommage qu’il faille un jour spécifique pour parler des femmes. Nous ne devrions pas avoir besoin de rappeler nos droits : ils devraient être intégrés, aller de soi. Commémorer cette journée c’est, hélas, se rendre compte que les droits des femmes ne sont pas une évidence. En fait, je supporte mal que cette journée existe encore, qu’il y ait besoin de cette journée pour que les femmes soient reconnues. Dans l’idéal, j’aimerais que ce soit comme pour les hommes, c’est-à-dire que nous soyons effectivement leurs égales et qu’il n’y ait plus besoin de le faire reconnaître.
Les droits acquis sont une bonne chose, mais en ce qui concerne les enfants et la paternité, je trouve que ça ne va pas. Les femmes prennent beaucoup de place, les hommes sont écrasés. La question de la paternité n’est pas évidente. Les hommes doivent trouver leur place de père, participer activement à l’éducation des enfants. Pour moi, si nous continuons ainsi, nous allons finir sans homme ! C’est vrai que nous pouvons nous débrouiller seules chez nous, que nous travaillons et que nous pouvons faire tout ce qu’un homme peut faire. Mais je ne suis pas sûre que ce soit bien pour les enfants. Je ne dis pas que les femmes doivent retourner au foyer. Je dis que les hommes doivent affirmer leur rôle de père, de représentant d’une certaine force, d’une certaine loi. Enfin, ce que je dis là est un peu exagéré dans le sens où je ne veux pas que l’homme se remette à tout commander. Je voudrais juste que ce ne soit pas que la mère qui assume seule, dans la pratique, l’éducation des enfants. Il faudrait que la mère ait besoin du père pour élever les enfants. Mais c’est vrai aussi que les femmes d’aujourd’hui n’ont plus besoin d’hommes pour faire des enfants : avec la technologie, nous sommes capables de tout maintenant.
Disons que les combats pour les droits des femmes sont nécessaires par rapport à l’homme mais que, d’une certaine manière, ces droits l’écrasent un peu aujourd’hui. Il faut faire attention à ne pas tomber dans l’excès inverse : il faut laisser une place aux hommes, dans la famille en tout cas parce que, de toute façon, pour être femme, pour être mère, nous avons besoin des hommes.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


L’image que l’on renvoie des femmes est fausse parce qu’on les représente toujours comme celles qui font le ménage et la cuisine. Cette représentation est complètement fausse par rapport à ce qu’est la femme d’aujourd’hui.
Dans la publicité, pourquoi montre-t-on toujours des femmes en petites tenues ? Pour attirer l’œil ? Finalement, je ne sais pas pourquoi elles sont faites. Peut-être pour que les femmes se sentent mal à l’aise, pour que les hommes se sentent mieux. En tout cas, ces images me font penser à des femmes qui n’auraient rien dans la tête : je ne les aime pas.
Dans les films, ce sont trop souvent des histoires d’hommes qui sont racontées, des hommes entourés de super nanas avec qui ils vont faire l’amour.
Globalement, les femmes sont représentées comme des filles faciles qui n’ont rien dans la tête. Mais, attention messieurs : il faut vous accrocher aujourd’hui pour nous draguer !
Ces représentations font croire aux hommes que les femmes sont comme avant, qu’ils peuvent les choisir comme dans un catalogue alors que ce n’est plus du tout cela dans la réalité. Le choix se fait des deux côtés, en même temps. Ces images-là sont celles d’une vision à l’ancienne : elles montrent des femmes qui n’ont rien le droit de dire, que l’on marierait sans leur demander leur avis. Ces images-là sont très éloignées de ce qu’est la réalité d’aujourd’hui.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel – mars 2002

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