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Une rencontre de femmes historique au pays des Talibans

samedi 31 janvier 2004, par Laurence

La démocratie surgit parfois là où on s’y attend le moins. Ainsi en Afghanistan, plus de 200 femmes étaient réunies début décembre à Kaboul pour débattre du projet de constitution. Les enjeux pour les femmes sont énormes et cette implication démocratique des femmes dans la vie politique est porteuse d’espoir pour au moins tout le monde musulman.

Du 4 au 6 décembre 2003, une conférence a réuni plus de 200 femmes, de Kaboul et d’au moins 10 des 32 départements du pays. Pendant trois jours de travail intensif, les femmes ont débattu du projet de constitution et préparé une résolution proposant des ajouts et des modifications pour mieux garantir le droit des femmes, citoyennes d’une république islamique. Cette résolution sera présentée à la commission de révision de la constitution puis à la Loya Jirga ("grande Assemblée").
A ces débats étaient aussi présents des représentants du gouvernement, les femmes membres de la commission pour la constitution et, très remarquée, Dr Massouda Jalal, première femme candidate à la présidence, chose impossible il y a seulement quelques années. On a noté avec surprise la présence d’hommes et la quasi absence de burqa. Egalement étonnant mais regrettable pour un évènement aussi important, la presse internationale était absente. Seuls quelques 25 français et américains, dont nous-mêmes, étions présents pour soutenir cette initiative des femmes.

Vers un changement radical ?

Cette participation des femmes à la vie politique peut avoir des conséquences à long terme et apporter un changement radical au pays, pour trois raisons principales :

- les femmes, par cette action, démontrent qu’elles se considèrent comme citoyennes à part entière, à l’égal des hommes. Leur message démocratique dépasse les différences ethniques et fait appel à toute la population. Les femmes ayant participé à cette conférence se sentent maintenant assez sûres d’elles pour transmettre les nouvelles à d’autres femmes. Cette solidarité peut les faire sortir du cauchemar.

- Les discours récents de certains mollahs parmi les plus durs, soutenant l’action des femmes, sont très surprenants, ils reflètent l’importance de ce mouvement. Peut-on leur faire confiance ? Comme l’une des femmes nous a dit, ce nouveau discours n’est-il pas déjà une victoire en soi ?

- Si les femmes réussissent à défendre leur droit dans cette constitution islamique, cela pourrait être une victoire pour l’Islam modéré et moderne. Un Islam garantissant l’égalité des hommes et des femmes, ce que beaucoup de musulmans considèrent comme la véritable interprétation du Coran. Peut-être que dans ce pays où l’interprétation la plus étroite et répressive de l’Islam a dominé pendant tant d’années, les femmes pourraient déclencher un mouvement de réforme dans le monde musulman.

Un mouvement de fond a commencé. Il doit être poursuivi en encourageant les citoyens à s’inscrire sur les liste électorales pour l’élection présidentielle en juin 2004, en préparant les élections du Congrès 12 mois après et en s’assurant qu’il y aura des femmes candidates.
Aujourd’hui, les voix des femmes doivent être entendues, elles sont le véritable espoir pour l’Afghanistan de devenir un pays indépendant respectant l’égalité des droits de ses citoyen-nes à travers une constitution démocratique. Et leur exemple doit toucher celles qui vivent dans la crainte de ne pas avoir de voix.

P.-S.

D’après Victoria Hobson et Constance Borde
06/12/03

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