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Le système de la dot tue

dimanche 18 janvier 2004, par Laurence

En Inde une femme s’achète. Presque chaque mariage est négociée en termes d’or, de vêtements ou d’argent que la famille de la mariée doit payer à sa belle famille : un système meurtrier.

En chantant, les femmes ont défilé, portant chacune à bout de bras, un carton découpé représentant un profil féminin. Derrière chacune de ses pancartes, l’histoire d’une femme tuée par la dot. Car en Inde, une femme s’achète. Presque chaque mariage est négocié en termes d’or, de vêtements ou d’argent que la famille de la mariée doit payer à sa belle famille. C’est la fameuse dot. Un système qui touche toutes les castes et classes sociales. Et qui loin de régresser prend de l’ampleur en Inde. En effet, dans un contexte d’aggravation des inégalités, c’est un moyen simple et efficace pour se procurer des biens, jusque là inaccessibles.

Dot=violences

Le système de la dot n’est pas seulement insupportable par le fait qu’il réduit la femme à une marchandise négociable. C’est aussi un système générateur de violences domestiques et parfois de meurtres. Le schéma classique est le suivant : la famille n’arrive pas à payer sa dette, le mari et la belle-mère harcèlent la femme, physiquement, moralement... et parfois, finissent par la tuer. Le mari peut ainsi se remarier et bénéficier d’une nouvelle dot.
"Au Rajastan, chaque jour, une femme en meurt, dénonçait Kavita Srivastava de Peoples Union for Civil Workers, lors d’un atelier consacré à cette question. Et la justice est rarement au rendez-vous, la famille étant une institution trop sacrée pour être ébranlée." Son association soutient aujourd’hui une loi en préparation sur les violences domestiques, mais cela semble bien insuffisant. Les femmes ont besoin de lieux où se réfugier, d’aides financières et de la protection de la police. La bataille sera longue.

Témoignages

Les associations ont récolté des histoires de femmes tuées par la dot. En voici quelques extraits. Dr Pankaja, 27 ans. "Je me suis mariée à un docteur. Ce fut un grand mariage et la dot s’élevait à 5 millions de roupies. Mes parents ont demandé un peu de temps pour payer. Mon mari et ma belle-mère ont alors commencé à me battre et je n’ai plus dormi avec mon mari. Le 16 avril 1997, j’ai été retrouvée morte. Il y avait dans la maison de nombreuses signes d’une dispute violente mais rien n’a été cherché et le dossier est toujours ouvert".
Ratna, 20 ans. "J’ai été mariée à Ravi à l’age de 17 ans. Sa famille a demandé une dot de 35000 roupies et mon père n’a pu payer que 10 000 promettant de s’acquitter du reste plus tard. Il lui a acheté un vélo pour le faire patienter. Mais ma belle-famille m’a battue. Mes parents leur ont demandé de stopper cette violence. Quelques jours plus tard, le 14 juin 1998, ils ont annoncé à mes parents que je m’étais suicidée, mais mes parents ont vu mes blessures, tout le monde les a vues. La justice va t-elle punir mes meurtriers ?".
Suritha. "J’ai été mariée en 1997 à Deepak, mais mon mariage n’a duré que quatre mois. Ma belle famille a demandé un scooter, de l’or et 50000 roupies. Ils m’ont menacé de me tuer si je ne payais pas. Incapable de supporter ça, je suis rentrée chez mes parents qui m’ont forcée à y retourner. Ce que j’ai fait. Le 23 avril 1998, ils ont informé mon père que j’étais tombée dans les escaliers et que j’étais morte sur le chemin de l’hôpital. J’étais juste devenue une nouvelle victime de la dot".

P.-S.

Karine Portrait - Les Pénélopes - 18/01/2004

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