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Pakistan : la misogynie légitimée par les lois

vendredi 31 mai 2002, par Josefina Gamboa

Le viol, le jet d’acide, les brûlures, les homicides par honneur, sont des pratiques répandues au Pakistan. Le gouvernement reste indifférent face à l’augmentation inquiétante du jet d’acide ; sa vente n’est pas contrôlée ni ceux qui s’en servent punis. Les mariages forcés et les ventes publiques de femmes sur des marchés dans des régions comme le Baloutchistan témoignent que les jeunes filles et les femmes sont utilisées comme monnaie d’échange pour régler des dettes ou des conflits. L’apparition récente de faux meurtres d’honneur est inquiétante. Des hommes accusent leurs femmes de les avoir déshonorés avec des hommes riches simplement pour en tirer profit. La femme est déclarée « kari » (femme noire, celle qui apporte la honte) et tuée, tandis que le suspect doit payer le mari pour être « gracié ». Zafran Bibi, victime de viol, vient d’être condamnée à mort par lapidation, accusée d’adultère. Ce cas expose encore une fois la tyrannie de la loi Huddod, promulguée en 1980, dont la mauvaise interprétation répond aux desseins de la justice et de la société.
Farzana Bari, directrice du Centre for Women’s Studies de l’Université de Quaid-e-Azam à Islamabad affirme une absence totale de statistiques et de travaux de recherche relayant le nombre de femmes affectées par cette loi. Même si les gouvernements successifs ont établi des comités et des résolutions à ce propos en évoquant leur lutte pour l’égalité de sexes, le manque d’engagement envers le traitement de la discrimination légale contre les femmes demeure indéniable. Si le moindre soupçon d’adultère déclenche immédiatement la punition pour une femme, le même « crime » est insignifiant chez les hommes. Toutes les villes du Pakistan ont des zones rouges où les hommes commettent l’adultère sous le regard distrait des autorités policières. Selon Bari, cette inégalité d’application de la loi « est la plus terrible hypocrisie que nous avons en tant que nation », et elle exige une urgente modification de la législation.
Vous pouvez contacter Farzana Bari : pattan@comsats.net.pk

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