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L’élargissement à quel prix ?

mercredi 31 décembre 2003, par Joëlle Palmieri

Lors du dernier Forum social mondial, Jivka Marinova, représentante d’une Ong bulgare qui promeut l’égalité de genre, présentait les effets de l’impact de l’accession à l’Union Européenne sut le marché du travail des femmes en Bulgarie.

Nous ne sommes plus derrière le rideau de fer mais il existe encore entre l’Est et l’Ouest un rideau - peut être d’information, qui nous empêche de nous connaître et de partager nos problèmes. Heureusement il y a des rencontres comme celle-là qui nous donnent de l’espoir que le social n’est pas tout à fait oublié et conditionné par la poursuite du profit.
Eh bien, est-ce que les droits égaux mènent à l’égalité réelle ? C’est une question qu’on n’arrête pas à se poser depuis les changements politiques, intervenus en Europe de l’Est.
Nous participons à présent à un grand moment de l’histoire européenne. On a donné une priorité importante au processus de l’élargissement de l’Europe et à priori, on pense que tous les partenaires vont en profiter.
Les pays de l’Est font l’impossible pour montrer qu’ils sont prêts à l’accession, mais à quel prix ? Et quel sera le profit des femmes si elles en ont un du tout ?
Pour essayer de répondre à ces questions, je vais revenir un peu en arrière.
Avant les changements politiques la participation des femmes au marche du travail était égale a celle des hommes et était beaucoup plus élevée que dans la plupart des pays du monde. En 1985 la représentation des femmes au marche du travail dans les pays développés était 36,1%, en Amérique du nord – c’était 38,4%, en Europe de l’Est – 43,8% et en Bulgarie – 49,5%. Mais attention : ce n’était pas a ce temps un choix tout a fait libre. Les femmes bulgares étaient encouragées et en réalité obligées de travailler et en même temps elles portaient le fardeau du travail à la maison et celui de la vie politique et sociale représentative. Bien que dans le Code de travail existaient la règle de paie égale pour travail égal, les femmes recevaient moins, étant encouragées de prendre des professions mal payées. Mais cette provision existaient quand même.

Des privilèges abolis

Dans la décennie suivant la chute du régime communiste la transition économique fut lente et contradictoire. Elle n’est pas d’ailleurs finie. Une partie des privilèges des femmes ont été abolies sous prétexte que c’était des restes du passe communiste. La provision du code de travail pour l’égalité de la paie a aussi été supprime, car cela rappelait l’égalitarisme du passe.
Le résultat ne s’est pas laissé attendre. Les femmes ont perdu leur positions au marche du travail. Elles sont devenues progressivement les pauvres de la société. Leur taux d’activité a diminue a moitié de manière que maintenant il est le plus bas de tous les pays candidats pour l’accession a l’Union Européenne.
Les stéréotypes de l’orientation professionnelle des femmes sont renforcés par les nouvelles valeurs capitalistes et sont en grande partie présents dans les media. Cela influence et restreint davantage le chois des jeunes femmes. Leur position est particulièrement préoccupante car le taux du chômage pour les jeunes du groupe 15-24 ans atteint 39%. Une étude montre que parmi ceux et celles qui cherchent du travail pour la première fois 55% des filles ne peuvent pas trouver du travail après avoir fini l’école ou l’université, tandis que pour les garçons ce chiffre est 24%. Donc, le défit primaire pour la Bulgarie est de créer des emplois en même temps qu’elle effectue la restructuration de l’économie. La transformation économique a besoin du progrès plus rapide dans l’établissement d’un marche de travail fonctionnant.

De la législation à la réalité, un long chemin

Dans ce contexte, les standards de l’Union Européenne dans le domaine de l’égalité des sexes et les mécanismes introduits dans les cadres de l’UE représentent une amélioration sensible de la législation. Les processus de l’intégration régionale offrent de vraies opportunités pour les femmes d’avancer leur revendications pour l’égalité.
La Bulgarie a fait quelques progrès : le code de travail a encore été changé, introduisant de nouveau la provision de la paie égale pour un travail égal. Mais pour que cela devienne une réalité, il faudrait beaucoup de travail d’éducation du public et de sensibilisation. Bien que le progrès le plus sensible ait été fait dans le domaine de l’emploi, il n’y a toujours pas une loi contre la discrimination a la base du sexe et l’harcelement sexuel.
La loi proposée pour l’égalité des chances a été rejetée en 2002 par un Parlement ou les femmes avaient des positions incontestables. Avec 26% de femmes au Parlement, la loi n’a pas pu passer, ce qui retient la Bulgarie en arrière des pays voisins.
Je voudrais souligner encore une question importante qui influence directement le choix des femmes et leurs chances de travail. Ce sont les services sociaux qui ont beaucoup détérioré. Les jardins d’enfants, les crèches et les maisons d’adultes ont diminue en nombre, faisant la place a des services prives chers. Il y a une catégorie de femmes qui doit carrément "payer" pour aller travailler. Malgré cela, les femmes travaillent, car avoir un travail signifie être indépendantes.

Développer des stratégies claires pour l’égalité

A la fin, je voudrais présenter quelques recommandations qui sont formulées par la société civile, et qui devraient permettre aux femmes et à leurs organisations de se redresser et de continuer la lutte pour l’égalité.
1. Au niveau européen, nous recommandons que plus de fonds aillent dans les organisations féminines et l’exigence de 20% de fonds propre soit supprimée dans les programmes européens.
2. Il faudrait changer le modèle dominant de l’économie et mettre les gens devant le profit. Il faudrait mettre en place des codes de conduite pour les employeurs et surtout pour les investisseurs étrangers qui se croient impunissables et imposent parfois des conditions de travail proches a l’esclavage.
3. Au niveau des Etats, il faut lutter pour la sauvegarde des services publics pour tous, les écoles, les hôpitaux, les jardins d’enfants et les crèches.
4. Pour les ONGs, c’est a elles de diffuser largement les informations sur les droits des femmes et surtout leur droits de travail et chercher de nouvelles formes d’emploi – de coopératives, des petites entreprises qui permettent aux femmes de regagner leur amour propre et leur dignité dans le monde du travail.

P.-S.

Jivka Marinova - novembre 2003

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