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Lettre de Colombie

dimanche 30 novembre 2003, par Laurence

Symbole international de résistance dans la ville Barrancabermeja en Colombie, l’Organizacion Femenina Popular, membre du réseau des Femmes en Noir, dénonce l’assassinat de leur collègue Esperanza Amaris Miranda par des paramilitaires qui contrôlent la ville et détiennent tous les pouvoirs.

Il n’est pas facile d’écrire quand rien d’autre ne coule du coeur et de l’esprit que des larmes, mais l’obligation morale de celles d’entre nous qui croient que la vie doit continuer, que la vie, un jour, sera un principe de société nous oblige à renforcer notre lutte pour les droits humains et contre le totalitarisme.
En mémoire de notre amie Esperanza Amaris Miranda, à ceux qui l’ont assassinée, nous offrons son travail, ses efforts pour soutenir sa famille, son sourire, sa résistance.

Les faits

L’Organizacion Femenina Popular (OFP) dénonce l’assassinat de leur collègue ESPERANZA AMARIS MIRANDA, 40 ans, membre depuis 2002 de la Casa de la Mujer du Nord-Est de l’OFP, une habitante de Barrancabermeja, qui vendait des billets de loterie, mère d’un fils de 15 ans et d’une fille de 21 ans.

Le 16 octobre 2003, aux environs de 19h30 trois paramilitaires armés sont arrivés dans un véhicule de service public à la porte de la maison d’Esperanza Amaris Miranda. Ils l’ont intimidée et l’ont prise de force dans la voiture, malgré les appels de sa fille qui s’est jetée sur la voiture et a été traînée sur deux cents mètres jusqu’à ce qu’elle soit forcée de lâcher prise et jetée sur le sol avec une blessure à l’épaule.
Cinq minutes après sa disparition, Esperanza Amaris Miranda était assassinée par les paramilitaires en face de l’école Camilo Torres Restrepo et son corps jeté dans la rue. L’ Organizacion Femenina Popular a dénoncé le crime dès qu’elle a eu connaissance de la disparition d’ Esperanza Amaris, elle a appelé les forces de sécurité publique, mais la communication a été impossible parce que personne n’a répondu. Pourtant lors d’une rencontre du Comité Opérationnel intersectoriel, une procédure de communication avait été mise en place pour réagir immédiatement aux violations de droits humains.

Cet assassinat s’inscrit dans une longue suite de menaces et de harcèlement de la part des paramilitaires, dans beaucoup de cas, clairement en intelligence avec l’armée et la police.

La sécurité démocratique est le produit d’un paramilitarisme institutionnalisé

Dans une lettre ouverte au Président de la République, Monsieur Alvaro Uribe Velez, l’OFP rappelle son attachement et sa confiance dans les institutions mais dénonce une situation très éloignée des objectifs annoncés du gouvernement qui sont la sécurité démocratique et un état communautaire.

La sécurité démocratique à Barrancabermeja est exercée par les acteurs armés illégaux, qui assurent les fonctions policières, judiciaires et sociales. Cela a été publiquement reconnu par ceux qui devraient exercer ces fonctions. Le colonel Ricardo Andres Bernal du bataillon de Nouvelle Grenade reconnaît, lors d’une rencontre organisée par les travailleurs des droits humains, que les acteurs armés illégaux tuent, font disparaître et déplacent des gens mais que lui, en tant que responsable, ne peut pas garantir la vie de qui que ce soit, il met en cause la logistique.
Le colonel Gil explique dans sa déclaration pourquoi, comment et où ils commettent leurs assassinats. Exemple : parce qu’il s’agit d’un voleur, d’une prostituée ou d’un "basuquero" (consommateur ou "basuco" d’une drogue qui contient une petite quantité de cocaïne) ; mais personne n’est jamais puni ou inculpé. Nous ne comprenons pas ce qu’il dit et nous avons l’impression que le but de ses remarques est de légaliser ce qui est illégal.

L’état communautaire est censé être la totalité de la communauté recherchant ensemble les solutions aux problèmes sociaux d’un point de vue institutionnel et social, nous constatons que cette fonction est exercée dans cette ville par les acteurs armés illégaux. Ils réunissent la communauté pour indiquer pour qui voter. Ils remplissent les rôles de médiateurs et d’arbitres de la communauté. Un exemple : le cas de notre collègue Esperanza : Elle avait un problème et une dispute avec des voisins. Le voisin a fait appel aux paramilitaires pour régler la situation. Immédiatement, ils posèrent leurs conditions et proférèrent des menaces. Quand ils eurent découvert qu’elle était membre de l’ OFP ils continuèrent à la menacer et déclarèrent qu’elle devait quitter Barrancabermeja mais elle décida de ne pas partir. Elle utilisa le processus légal en portant plainte au bureau du procureur public. Les autorités ne purent pas résoudre ce problème mais les paramilitaires le firent parce qu’ils sont les autorités à Barrancabermeja. Le samedi 18 octobre 2003, une jeune femme vint à l’ OFP cherchant un soutien légal parce qu’elle avait travaillé dans un restaurant et que le propriétaire ne l’avait pas payée de sorte qu’elle avait porté plainte contre le propriétaire au Bureau du travail. Les paramilitaires l’ont immédiatement menacée, sont allés chez elle, l’ont sortie de force et l’ont violée à plusieurs reprises. Et ce n’est pas un cas unique.

En 2003, à Barrancabermeja, d’après les données de l’Office régional de l’ombudsman, 94 personnes ont été assassinées, 56 autres ont disparu et au moins 600 hommes et femmes ont été déplacés à cause du contrôle social exercé par les paramilitaires utilisant menaces, punitions et assassinats.

Pétition et appel à soutien

NOUS RECLAMONS UNE ENQUETE ET DES SANCTIONS contre les autorités civiles, policières et militaires, qui ne font rien dans ces circonstances.
NOUS RECLAMONS LE RETOUR A UN CONTROLE POLITIQUE ET SOCIAL dans la ville. Nous ne voulons pas la réponse que "rien ne peut être fait parce qu’il n’y a pas de dénonciations ou des personnes prises sur le fait," comme le répètent les autorités, parce que lorsque qu’il y a dénonciation, il n’y a toujours pas d’action.
NOUS RECLAMONS UNE RECHERCHE de ceux qui sont responsables du crime contre notre collègue et amie, Esperanza Amaris Miranda, et d’autres meurtres et disparitions forcées qui se passent à Barrancabermeja.
NOUS DEMANDONS A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE de faire pression sur notre gouvernement national pour qu’il garantisse la vie et les droits de ses citoyens et qu’il revienne au contrôle social et politique d’autorités légalement constituées à Barrancabermeja et dans la région.
NOUS DEMANDONS QUE LES ORGANISATIONS sociales, les syndicats, les groupes de femmes et les organisations qui travaillent pour les droits humains s’expriment auprès des autorités appropriées, en les incitant à prendre leur responsabilité concernant la vie de tous les habitants de Barrancabermeja et de la région de Magdalena Medio.

Nous confirmons à nouveau notre qualité de membre dans une société civile, comme constructeurs de vie, comme croyants dans la justice sociale et comme des hommes et des femmes qui ont foi dans la sécurité démocratique et l’état communautaire développés par l’intermédiaire d’institutions pour le bien commun de tous.
Nous voulons que nos paroles montrent que nous, les femmes, nous changeons les difficultés en défis, la douleur en espoir, la mort en vie. Femmes, amis, collègues, la tâche consiste à continuer, à lutter, à nous organiser pour transformer, pour construire le pays que nous voulons tous.
Nous, femmes, ne portons pas et n’élevons pas nos fils et nos filles pour la guerre.

Traduit de l’anglais en français par Edith Rubinstein

P.-S.

Organizacion Femenina Popular - Barrancabermeja - Magdalena Medio - Colombie - 18/10/03

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