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Au revoir

mardi 30 septembre 2003, par Dominique Foufelle

Notre Humeur du mois d’août, De Cantat à Benasayag, et inversement, a suscité de très nombreuses réactions. Toutes polémiques, certaines injurieuses. Cette avalanche nous ramène à une question fondamentale : pourquoi tant de flamme (parfois, de haine) quand on touche à la sphère "privée " ? Que nous dénonçions l’OMC, très bien – mais les violences faites aux femmes, ça coince. Raison de plus pour persévérer. Vous pouvez lire l’ensemble des échanges sur le site. Nous avons voulu publier une réponse, parce qu’elle se distingue par sa force et sa dignité.

Au revoir, Sohanne Denziane, brûlée vive dans un local de poubelles à Vitry-sur-Seine par son "copain" : c’était en octobre dernier et elle avait 17 ans. Zahra Kazemi, battue à mort par des policiers pendant un interrogatoire en prison : c’était au début de l’été à Téhéran, Zahra était journaliste (coups suivis d’hémorragie cérébrale). Marie Trintignant battue à mort par son "compagnon" dans un hôtel de Vilnius (idem).

Le premier crime est, selon un triste mot de l’actuel gouvernement, "d’en-bas". Le deuxième est loin et "politique". Le troisième est tout en haut, où sont les rois et les reines. Mais si les rois tuent les reines, alors, plus question de rêver ? Non, il faudrait penser, mais comment ? Avec quels mots ? Car la pensée reste interdite devant ces "faits divers", qui nous indignent quand ils ne nous terrassent pas. Ne faudrait-il pas revenir sur cette définition infâme des "faits divers", séparés les uns des autres, et pourtant si fréquents, si répétitifs, si sinistrement semblables dans la presse, "faits privés" devant lesquels certains ont osé réclamer le silence, mais qui devraient bel et bien (si j’ose dire) constituer une rubrique politique dans tous les quotidiens, et pas seulement de France, avec des exposés des faits, des analyses, des critiques, des études, etc., afin, peut-être, d’entrevoir (optimiste) des solutions, des changements, des prises de conscience, une éducation possible au respect de l’autre, de tout autre (y compris des femmes dans l’espèce humaine) etc., ou simplement (pessimiste) afin d’essayer de comprendre "l’impossible", autant dire l’insupportable, l’inacceptable qui a lieu ici (72 fois par an au moins). Alors, je redis leurs noms de femmes, le nom que ces trois femmes-là ont porté dans l’espèce humaine (la nôtre à tous ?) : Sohanne Denziane, Zahra Kazemi, Marie Trintignant - pour les saluer. Elles désiraient autre chose de la vie. Chacune l’avait affirmé et montré. Est-ce pour cela qu’une femme, que chacune de ces trois femmes, que des femmes sont, dans ce pays (une tous les cinq jours en France, dont personne ne prend la peine ou ne juge nécessaire de connaître ou de faire savoir le nom de personne humaine), et partout, tuées à mains nues ou à main armée ?

P.-S.

Raymonde Coudert – septembre 2003

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