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De Tulkarem à la Riviera : la longue marche vers la paix

mardi 30 septembre 2003, par Joëlle Palmieri

Les Femmes en Noir, très actives dans tous les pays en conflit et en particulier en Palestine, organisent conférences, occupations de terrain, manifestations pour dénoncer la politique de Sharon, le mur de la honte et l’occupation des territoires palestiniens. Tour d’horizon d’une militante.

Alors qu’aujourd’hui, 6 septembre 2003, un groupe de femmes israéliennes et palestiniennes s’étreignaient et s’embrassaient en dehors de Tulkarem, le gouvernement israélien déversait 3 bombes de 250 kgr sur un building à appartements à Gaza, essayant (sans succès) de tuer 10 dirigeants du Hamas qui s’y réunissaient. " Nous avons simplement essayé de leur adresser un message " a dit cette nuit le commentateur TV israélien aux infos, à traduire par :. " Nous avons tenté de les tuer, mais nous avons raté notre coup ". Entre-temps, Abu Mazen a démissionné et les Israéliens ont commencé le "compte à rebours" au sujet de la vie d’Arafat, pour citer d’autres débats TV. Les Israéliens vont-ils finalement le tuer ou non ? Tous sont d’accord pour dire que ce n’est qu’une question de temps.
Ce genre de bavardages sur les assassinats extra-légaux - rien que cette année, Israël a assassiné 110 Palestiniens, au cours desquels ils tuèrent en plus 73 passants malchanceux - se déroulent dans un pays qui n’a pas la peine de mort. Mais c’est une pure question technique.

Une meilleure histoire pour Tulkarem

Tulkarem est une ville palestinienne de Cisjordanie, juste de l’autre côté de la Ligne verte (frontière de 1967) et une des victimes de l’infamant mur de séparation actuellement en construction. Cet horrible mur a déjà piégé 12.000 personnes entre le mur et la Ligne verte, les isolant de leurs communautés, et a volé des terres, des oliviers et des sources d’eau à des dizaines de milliers d’autres personnes. Nous y sommes allées aujourd’hui pour réclamer qu’on mette fin à la construction du mur et qu’Israël quitte par la même occasion les territoires.
Nous étions 500 femmes - la moitié du côté palestinien du checkpoint de Tulkarem, et l’autre moitié de l’autre côté (j’ai presque écrit de "côté israélien", mais le checkpoint est en réalité à l’intérieur des territoires occupés). De chaque côté un grand nombre indéterminé de "femmes internationales" celles qui viennent d’autres pays pour nous aider à obtenir la paix au Moyen-Orient.
La manifestation avait été organisée par la Coalition des Femmes pour la paix, du côté israélien et les femmes de la branche de Tulkarem du Parti du Peuple, du côté palestinien. Nous avons aussi été rejointes par des contingents multi-nationaux du CPT et les Accompagnateurs Oecuméniques - des Chrétiens qui oeuvrent pour la paix en Palestine ; Code Pink - l’organisation de protestation de femmes établie aux Etats-Unis, et des femmes individuelles (et quelques hommes). Des bus étaient venus de partout en Israël.
Au checkpoint, nous pouvions voir le groupe du côté palestinien, à une distance d’à peu près 50 mètres. Des deux côtés, on portait des calicots appelant à mettre fin à la construction du mur et à la cause première du conflit - l’occupation. Tandis que nous nous approchions du checkpoint, nous avons été repoussées par un groupe de soldats, visiblement irrités de notre présence et de nos calicots. Quelques secondes avant de les atteindre, ils se mirent à pousser certaines personnes de notre groupe et à les frapper - visant les hommes mais en attrapant aussi des femmes qui cherchaient à se mêler à eux. Leurs officiers s’amenèrent rapidement et mirent fin aux coups mais un moment plus tard nous avons vu exploser près du côté palestinien une bombonne de gaz lacrymogène. Nous avons été soulagées de constater que les Palestiniennes ne s’étaient pas dispersées, et on n’entendit plus d’autres envois. Les femmes demeurèrent fermement en place, bien visibles au-delà du domaine militaire.
De notre côté, un groupe de femmes désignées d’avance s’approcha des officiers pour négocier notre passage. Les choses s’étaient enflammées trop vite, et nos négociatrices s’exprimaient avec calme, expliquant que notre rencontre avec les femmes palestiniennes poursuivait des intentions pacifiques. Il semble bien que l’existence de 10 grandes boîtes en carton que nous avions apportées pour les femmes - des fournitures scolaires pour les enfants palestiniens - ait étayé notre cause. Après avoir parlé et reparlé, après nous avoir fait attendre sous un soleil de plomb, les officiers, satisfaits d’avoir pu montrer qu’ils avaient le contrôle de nos mouvements, ont permis à 30 d’entre-nous de traverser le checkpoint et de rencontrer les Palestiniennes.
J’ai été l’une des privilégiées à traverser et quand nous avons atteint l’autre côté, nous nous sommes étreintes et embrassées, bien que la plupart d’entre nous ne se connaissaient pas. Des mégaphones sur piles permirent des petits discours de chaque côté : "Nous partageons votre haine du mur, votre désir d’en finir avec l’occupation et de lancer une ère de paix" et "Vous êtes la bienvenue dans notre ville, nous vous remercions pour vos présents à nos enfants, nous nous considérons comme des sœurs dans la lutte pour la paix", suivi de quelques mesures de flûte et de quelques essais de chants sans grand succès. Nous étions toutes un peu intimidées par la première explosion d’émotion.
Je surveillais l’empilement des cartons à l’intérieur et sur le toit d’une petite voiture délabrée qui se dirigea vers la ville où j’imaginais de petites mains impatientes arrachant l’emballage plastique et découvrant à l’intérieur un cartable coloré, rempli de cahiers, de crayons, de crayons de couleur, d’une gomme, d’un taille-crayon et d’une latte. Et peut-être que leurs parents leur liraient la lettre insérée dans chaque cartable : "Nous, femmes israéliennes, nous vous envoyons ceci avec nos meilleurs vœux de succès scolaires et l’espoir sincère que vos études ne seront pas interrompues par des balles ou des tanks."
Puis nous sommes rentrées à la maison et nous avons écouté les nouvelles, préparées par des gens qui passent leur temps à planifier des rencontres d’un autre genre.

A la Riviera italienne

Cela a fait du bien de pouvoir recharger les accus au Congrès international des Femmes en Noir qui s’est tenu à Marina di Massa, Italie, où 400 femmes de douzaines de pays ont partagé leur douleur et leurs stratégies. Malgré la chaleur et une intense humidité, il n’y avait rien de mou durant les quatre jours de sessions des militantes pacifistes. En plus des contingents de tous les pays européens (y compris un bus plein de 50 femmes venues des Balkans), des femmes se débrouillèrent pour venir d’Iraq, d’Afghanistan, de Colombie, de Palestine et d’autres pays touchés par la guerre. Deux manifestations ont couronné l’événement, l’une devant une base de l’armée états-unienne en Italie où les soldats se concentrèrent avec ferveur sur leur jeu de football pour éviter de regarder les panneaux anti-guerre en dehors de la grille. Et l’autre dans la station balnéaire de Viareggio, pour rappeler aux vacanciers que les crèmes solaires n’empêchent que quelques problèmes de surgir. Ils ne semblaient pas intéressés.

P.-S.

Gila Svirsky – Jerusalem - Coalition of Women for Peace

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