Accueil du site > Evénements > Rino : Contre la spéculation immobilière

G8 2003 - Contre-sommet

Rino : Contre la spéculation immobilière

samedi 31 mai 2003, par Anne

Des artistes forment cette population de 65 personnes en marche pour l’obtention de la loi du bail associatif. La lutte pour le logement bon marché se combine avec la culture, et l’envie de développer l’individu dans un contexte communautaire. Elle oppose au G8, un affichage riche en créativité.

Rino est un espace culturel qui dispose aussi d’un bar-boîte. Bien que le temps qui passe n’ait laissé que l’image d’un rhinocéros, représenté par la corne rouge qui marque le bâtiment principal, le sigle évoque surtout le retour des habitants dans les immeubles non habités. Deux immenses édifices, où 65 personnes partagent un jardin, un projet et une lutte.
Rino est né il y a quatorze ans, lorsqu’un groupe d’artistes décide de s’installer dans ce lieu où il ne reste qu’un couple de locataires. « Au début ça a été dur avec eux, mais après on a fini par s’allier, car sans nous, ils auraient été évacués », explique Catherine, 40 ans, qui habite dans le squatt depuis déjà 6 ans. Le litige avec le propriétaire est toujours au tribunal.
La population du Rino est majoritairement constituée d’artistes : peintres, performeurs, actrices. Mais la convivialité du lieu a aussi tenté deux élus de la ville, un fonctionnaire de l’ONU, et des gens comme Catherine, qui est passionnée d’art et qui travaille comme professeur d’anglais pour adultes à l’Université Populaire.
Les appartements sont individuels, beaux, spacieux. Rien ne fait penser à un squatt français... sauf la lutte pour garder le lieu.
La Cave Douce propose de la musique expérimentale tous les soirs, et a déjà servi de lieu d’expositions artistiques. « Nous voulons communiquer avec l’extérieur. Nous ne voulons pas que les gens délirent sur ce que l’on fait dans cet espace, notre espace public. Nous avons organisé trois expos, et on était épaté de voir une foule arriver des quartiers bourgeois comme Carouge », rigole Laetitia, plasticienne de 35 ans.

Détruire le profit par le bail associatif

Mais le Rino est avant tout une association, avec des réunions informelles et des assemblées, où l’on débat des besoins de maintenance aussi bien que du litige et du projet politique. Depuis 1989, Rino se bat pour le droit au logement bon marché, sous la forme du bail associatif, projet qui vise à retrouver les bonnes stratégies pour lutter contre le système. Car pour les nouvelles « familles » il y a besoin d’un nouveau contrat.
Les prix dans l’immobilier genevois rendent l’achat impensable et la location difficile pour les moins favorisés. « Le 30% des logements genevois sont aujourd’hui occupés par des coopératives productrices, qui ont réussi à acheter par association de capital. Nous nous battons pour que la spéculation et le profit dans l’immobilier perdent leur sens et cessent d’exister », continue Catherine.

Quand la liberté est cuite

A l’occasion du G8 à Evian, les habitant-e-s de Rino se sont pressé-es pour agir ensemble. Ils ont distribué leurs propres tracts dans les diverses manifestations et hébergent à présent une quinzaine de militants étrangers.
Enfin, la population du Rino a travaillé pour produire deux immenses tableaux, qui sont désormais affichés sur la façade de l’immeuble afin de manifester leur positionnement par rapport à cette rencontre de chefs d’Etat.
Au « Sommet-con, con-sommer, contre-sume » inventés par Laetitia, s’ajoute une colombe de la paix grillée sur une pile de Freedom Fries. « C’est marrant l’histoire du changement de nom des frites aux Etats-Unis, car certains n’ont pas compris que freedom fries veut littéralement dire que la liberté est en train de frire », déchiffre la professeur d’anglais.
L’affichage commence enfin. Un jour de résistance, comme les autres, au coeur de Genève.

P.-S.

Josefina Gamboa - 31 Mai 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0