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G8 2003 - Contre-sommet

La lutte est une

samedi 31 mai 2003, par Anne

Deux indigènes mexicains de San Salvador Atenco, invités par la Cnt, témoignent du succès de leur lutte. Avec elle, ils affirment des valeurs de diversité et d’ouverture, sans frontière aucune, qui tranche avec certaines formes de sectarisme ambiantes de ce contre-sommet. Petit leçon de choses.

Dans le cadre du plan Pueblo Panama lancé en 2000, le gouvernement mexicain avait pris la décision de créer un nouvel aéroport international, doublé d’un complexe touristique jouxtant un centre commercial, incluant les projets des Français Auchan et Carrefour, sur les terres des paysans de San Salvador Atenco, non loin de Mexico. Manque de bol, cette vitrine d’investisseurs sont tombés sur un énorme os : la résistance des indigènes, propriétaires de plein droit des lieux depuis des années !

La décision était prise d’exproprier trois villages de paysans moyennant un faible dédommagement. La mobilisation fut à la hauteur de l’agression. Les paysans décidèrent de filer le gouverneur d’Etat jusqu’à son Palais pour qu’il cède. Ils étaient trois cents équipés de machettes, leur outil de travail - aujourd’hui devenu symbole de leur lutte -, pour accuser un refus unilatéral de négociation. C’est donc par milliers qu’ils sont descendus sur la capitale pour démontrer leur détermination. « On aurait dit Zapata qui revenait », témoigne avec enthousiasme Saùl, un des acteurs de ce mouvement. Mais, la police s’est interposée. Des affrontements sérieux ont eu lieu, six dirigeants ont été arrêtés, la société civile mexicaine s’est largement mobilisée en solidarité. Les expropriés ont alors demandé la « libération de leurs camarades » en prenant en otage le procureur, le capitaine de police et quatre autres représentants de l’ordre. Puis, ils ont bloqué l’autoroute, empêchant toute circulation vers la métropole. Résultat : le gouvernement fédéral a été contraint à suspendre le projet d’aéroport, mais 300 paysans sont aujourd’hui sous mandat d’arrêt et risquent un emprisonnement sous huitaine.

Chercher l’unité

Martha Perez et Saùl, invités par la Cnt française (Confédération nationale du travail), sont venus témoigner. Entraînés dans un tour de l’Hexagone, les deux paysans affichent détermination et dignité. « Nous sommes venus pour que les gens du monde sachent ce qui se passe au Mexique », affirme Martha. « Il existe une pression gouvernementale que nous contestons. On recherche l’unité, parce qu’elle renverse les frontières, les langues, la couleur de la peau ». Bouleversant. « On a une responsabilité, celle de défendre nos terres, nos ressources naturelles, la souveraineté alimentaire, notre identité, la vie-même ». Terrassant. « La lutte est une ». Conquérant. Convainquant. Séduisant. Emouvant.

Martha Perez sait ce qu’elle vient faire aux Spam, Vaaag, Vig et autres lieux de débat, ici à Annemasse : « Nous apprenons beaucoup en venant ici. Certes, il existe des différences, mais, on n’a pas vu ici de mouvements discriminants. A chaque fois, on rencontre beaucoup de solidarité, même si tout le monde ne parle pas espagnol ».

Des saigneurs avertis

Vicente Fox, président du Mexique, venu défendre l’Alca (Accord de libre-échange des Amériques) au G8, se voit alors adresser un message sans détour : « Notre dignité se place au-dessus des intérêts économiques que tu défends. Notre dignité, notre décision de défendre nos terres, est forte. Nous allons vaincre le néo-libéralisme. Attends-toi à ce que les peuples défendent leur terre, celle de San Salvador Atenco. Nous ne sommes pas ignorants. Nous comprenons ce que tu manigances. Nous sommes en train de nous organiser et nous gagnerons. »

P.-S.

Joëlle Palmiéri - 30 mai 2003

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