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G8 2003 - Contre-sommet

Médias de masse : quel contre-G8 vont-ils couvrir ?

samedi 31 mai 2003, par Anne

Vitrines cassées, manifs festives, ou conférences institutionnelles ? Les promotteurs d’alternatives appliquées, solidaires, autogérées, populaires ne veulent pas toujours partager leur débat politique avec ces médias manipulés qui… atteignent tout le monde. Mais comment développer, sans moyens, la sensibilisation pour le renforcement des luttes ?

Parmi les différentes activités englobées par ce qu’on appelle le contre-sommet, on ne retrouve pas seulement le Sommet pour un autre monde, ensemble de plénières avec des partenaires du Sud sur des thématiques centrales à trait plutôt institutionnel, semblables aux conférences organisées par les mouvements sociaux côté suisse, mais aussi une infinité de débats sur des questions aussi riches que diverses, aux couleurs populaires et solidaires, qui se déroulent principalement dans les villages autogérés.
Au sein du VAAAG (Village anticapitaliste alternatif anti-guerres), qui compte accueillir une population de 2.000 personnes qui devront partager l’expérience d’une autogestion collective, les luttes d’ici et d’ailleurs sont exposées, échangées, débattues. Les résistances et les projets de société sont au centre de la discussion villagoise.
Mais quand les médias de masse arrivent, la réaction est unanime. "Peut-on faire une prise de vue du débat ?" Des regards méfiants, des commentaires par le bas. "Vous êtes qui ?". Peu importe, la réponse sera non. Que ce soit des images ou du discours, aux villages alternatifs il faut poser la question avant de faire un seul pas.
Certains expliquent qu’au sein du village il y a des réfugiés politiques, des sans-papiers, et donc… il faut comprendre. A Gênes, la police avait kidnappé des cassettes vidéo afin d’identifier des "suspects". Mais ceux et celles qui ne veulent pas être filmés semblent accepter souvent de se mettre à l’écart du gros plan.
D’autre part, les militants ont bien compris que le monopole est roi surtout dans le domaine des télécommunications, et donc, rejeter les médias de masse répond à un engagement de rupture avec le système.

Quand ils envahissent tout

Pour Vincent, habitant du ZAAG (Zone autogérée à Genève), tout dépend de l’attitude. Car ce qui peut l’énerver, ce sont les journalistes irrespectueux. "L’autre jour, j’ai demandé à un journaliste de ne pas filmer, et cinq minutes plus tard, il reprenait par le bois de l’autre côté. Ils arrivent avec les caméras allumées sur l’épaule, et ça c’est insupportable". Selon ce jeune genevois, les médias traditionnels ne respectent pas l’humanité.
En fait, l’histoire de l’accueil des médias est un sujet recurrent dans les assemblées des villages, français ou suisses. Dans le ZAAG, la décision a été prise de parler en nom propre, et l’acceptation du journaliste dépend surtout de son aptitude à l’approche. Au VAAAG, une charte est bien expliquée aux visiteurs, et le rejet des médias dans le débats est fréquent. L’important : toujours poser la question.
Selon Marc, de France 3, le fantasme des médias manipulés et mandatés par des intérêts économiques est un piège sans fin. "J’ai décidé moi-même de venir ici, et j’ai choisi mes sujets de reportage. Il est vrai que certains médias ne peuvent pas faire passer certains sujets ou interviewer quelques groupes éonomiques, mais pour nous, chaîne financée à 80% par l’Etat, avec un complément pub, il n’y a pas d’obligation. Si on est là, c’est parce qu’on le sent."
Dans ce contexte, au fur et à mesure que le contre-sommet avance, les médias "non-alternatifs" s’en prennent aux médias alternatifs... et le débat entre les deux troupes promet d’avoir lieu dans les prochaines heures.

Faire passer le message… à qui ?

Ainsi, on devine la couverture médiatique qui suivra : manifestations festives, quelques dégats, et des conférences au trait formel. Plus difficilement, la diversité des résistances solidaires et populaires.
Si le rejet systématique des médias traditionnels semble tout à fait légitime, la question qui reste à se poser est celle de la stratégie. Si l’autogestion peut nécessiter une certaine intimité, les échanges d’idées, la multiplication d’alternatives à la mondialisation libérale et la construction des projets de société restent assez souvent intra-muros.
Les ONGs et les mouvements sociaux plus "institutionnalisés" ont bien acheminé le besoin de diffuser, de sensibiliser, de faire passer le message ailleurs, justement où la sensibilité sociale ou les réseaux sont moins développés. Souvent aidés financièrement, ils peuvent se permettre de lancer des campagnes propres, sans compter sur les médias ou le volontariat.
Chez les militants de l’alternative en mouvement, la sensibilisation reste "de proximité". Le besoin de se protéger des poursuites, évitables et peu probables, mais surtout la volonté de manifester son refus des représentants des monopoles, semblent dépasser l’envie de communiquer et d’atteindre les moins privilégié-es, qui ne peuvent pas participer au débat, par manque de sensibilisation ou de moyens.
Compréhensible, sans doute… mais est-ce la bonne stratégie pour multiplier les forces du mouvement ? Bien que les médias de masse soient souvent considérés dangereux ou indignes, l’envie de rester ségrégué, replié, afin de garder l’indépendance, ne conduit pas toujours au renforcement du mouvement, ni à la convergence des luttes, et encore moins, à la tolérance de la différence.

P.-S.

Josefina Gamboa - 31 mai 2003

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