Accueil du site > Evénements > Sida : parler et réseauter

G8 2003 - Contre-sommet

Sida : parler et réseauter

samedi 31 mai 2003, par Emmanuelle Piron

Christine Kafandu représente une association de soutien aux malades du sida au Burkina Faso. Formations, informations, améliorations des modes de nutrition, mise en réseau continental sont au programme dans ce pays sans aucune politique publique de santé.

Venue du Burkina Faso pour rencontrer l’Agence nationale de recherche du sida (Anrs) à Paris, Christine Kafandu est au Spam à Annemasse. Sa contribution à la table ronde « Sida et solidarité Nord/Sud » semble avoir laissé l’audience sans voix : « je n’ai pas de problème avec les religions. Même les prêtres mettent des préservatifs ici ! ». Le ton était effectivement donné. Avec une assurance sage, la militante burkinabé, représentant à la fois l’Association espoir pour demain (Aed) et Reves+ (Responsabilité, espoir, vie et solidarité), vient faire connaître la situation du sida dans son pays, « se faire entendre, parler des femmes ». Les statistiques de 2000 révèlent 7,17% d’habitants infectés par le VIH sur une population totale de 11 millions. En 2001, l’étendue du fléau s’est réduite pour atteindre 5,6%. Mais, comme partout ailleurs, ce sont les femmes, en particulier les femmes enceintes, qui sont les plus atteintes : 7,52% repérées dans un site « sentinelle » - village sous veille - parce qu’elles n’ont « pas de pouvoir de négociation concernant le port du préservatif. Seul l’homme décide du type de rapport qu’il veut avoir ». Ensuite, il n’existe pas de politique nationale de soin. Elle commence à peine à poindre le nez. Pas d’anti-rétroviraux, pas de nivapirine…

Aider les malades

Aussi, Reves+ entend améliorer les conditions de vie des personnes atteintes du sida. La panoplie de ses activités : soutien psycho-social à travers des groupes de parole, des visites à domicile, à l’hôpital, des témoignages à visage découvert afin d’aider les personnes à surmonter le choc de la maladie. Autre initiative originale : jardinage. Pourquoi donc ? pour améliorer la nutrition des personnes infectées. Les groupes de parole sont mixtes car « ils permettent la confrontation entre hommes et femmes ». Mais, il est aussi nécessaire de préserver des espaces non mixtes car « dans notre société, quand l’homme parle, les femmes ne peuvent pas parler », insiste la responsable associative. Ces espaces sont appelés « cellules féminines » et concernent les problèmes spécifiques des femmes. Les résultats constatés auprès de la population sont globalement positifs et les retours encourageants. « Les gens acceptent maintenant les malades dans les familles, un véritable changement de comportement », ce qui semble représenter une grande avancée depuis la création de l’association en 1997.

Entretenir des partenariats

Pour lutter efficacement contre la pandémie, l’association burkinabé organise des échanges d’expérience avec des homologues au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Togo et plus récemment en Guinée. Des formations bilatérales sont mises en place : « le Mali est plus en avance donc il vient nous enseigner, alors que la Guinée vient apprendre chez nous », explique Christine Kafandu. Avec la France également. Notamment grâce à des partenariats avec Act-up, Solidarité sida… Des solidarités s’expriment en termes de formations et d’informations mais aussi dans l’accès aux préservatifs qui sont envoyés gratuitement par les Ong. Encore faut-il savoir que dans ce pays, les contraceptifs sont disponibles dans toutes les boutiques mais au prix de 50F CFA (7 centimes d’euros), de quoi bien manger, voire « être bien rassasié ! », ironise Christine Kafandu. Alors même si le G8 n’invite pas les pays africains, la militante pour une santé juste et équitable ne désespère pas, en particulier grâce au Spam, que « son message soit pris en compte » et d’ajouter « Pouvoir soutenir des personnes en grande difficulté apporte un énorme soulagement ». Quand allons-nous tou-tes être soulagé-es ?

P.-S.

Joelle Palmieri, 31 mai 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0