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G8 2003 - Contre-sommet

Alternatives libertaires latino-américaines

samedi 31 mai 2003, par Dominique Foufelle

Trois représentants d’organisations libertaires - l’Organisation socialiste libertaire (OSL) pour l’Argentine, le Front anarchiste uruguayen (FAU) pour l’Uruguay et le Front Anarchiste Gaucho (FAG) pour le Brésil - sont venues présenter leurs actions sous le chapiteau du Claaac (Convergence des luttes antiautoritaires et anticapitalistes).

Dans chacun de leur pays mais aussi avec leurs partenaires internationaux, ces mouvements libertaires s’organisent pour proposer des alternatives au modèle capitaliste.
Aujourd’hui au Brésil, 82% de la population vit dans les grandes villes ou dans les quartiers périphériques. Parmi eux, 50 millions vivent en-dessous du seuil de pauvreté, 90 millions sont pauvres et 32 millions analphabètes. Le Front Anarchiste Gaucho, créé en 1995, concentre en partie son action à réunir ces personnes marginalisées afin qu’elles retrouvent leurs droits sociaux. Cela se fait par la mise en place d’espaces sociaux. Dans l’un d’entre eux, dans la région du Rio Grande del Sur, des étudiants anarchistes forment des habitants à la lecture et à l’écriture afin qu’à leur tour, ils deviennent formateurs. Cet espace était un lieu de rencontres et de discussions et a poursuivi son action jusqu’en novembre 2000 où un incendie criminel l’a totalement détruit. Dès lors en signe de prostestation, le F.A.G a lancé une marche de 80 km jusqu à Porto Alegre avec des chomeurs, des militants, des étudiants et a obtenu un nouvel espace.

Argentine : entreprises autogérées


En Argentine, OSL s est créée en 1996 afin de mettre en place une résistance populaire et se divise aujourd hui en plusieurs fronts d action dont un front syndical, un front féministe et un front anti-répression. Le front anti-répression s’est mobilisé en réponse à l’action violente de la police. Depuis 17 ans, il y a eu 1300 exécutions policières, 60 enfants ont été assassinés par "les escadrons de la mort" et chaque jour en moyenne, sont dénoncés trois actes de torture dans les commissariats. Le travail du front consiste notamment à apporter une aide matière juridique aux jeunes. Ils soutiennent les familles dont un des membres a été assassiné en les aidant à organiser des manifestations. Afin d illustrer cette répression, la représentante d’OSL a cité le cas d’une militante Susana Abalo qui, deux jours avant les élections, alors qu’elle était dans un fauteuil roulant, a été séquestrée, torturée à coup de décharges électriques et violée par des groupes militaires. Grace à des réseaux de solidarité mexicaine et espagnole, elle est aujourd hui à l’abri et son cas est pris en charge par la Cour Internationale des Droits de l Homme. Dans une logique d’alternatives sociales, l’OSL soutient des projets d’autogestion dont des coopératives et des entreprises autogérées. Après la crise de décembre 2001, la plupart des patrons ont abandonné les entreprises et pour ne pas sombrer dans la misère, les employé-es se sont réappropriré-es leur outil de travail. Aujourd’hui, voyant leur réussite, les patrons cherchent à les récupérer et il s’agit alors de les protéger de toute action de la justice. Les patrons ont raison de s’inquiéter, car ces entreprises sont réellement productrives. Et la fabrique de céramique autogérée Zanon en est un bel exemple. Cette usine a fait le choix, lors de sa mise en place, de choisir de produire des céramiques illustrées par des dessins des indiens de Patagonie symbolisant leur lutte . Aujourd’hui la plupart des entreprises de céramique reprennent leur idée.

Uruguay : lutter contre la pauvreté


En Uruguay, le mouvement libertaire, héritier des idées de Proudhon notamment, s’est formé en 1956 en FAU. Leur action a subi de nombreuses répressions (tortures et emprisonnements des militants) dès 1973, date du coup d Etat jusqu’à 1983. Dès la mise en place de la démocratie "bourgeoise", le mouvement s’est reconstruit en dirigeant leur action sur quatre fronts, le front syndical, le front étudiant, l’intervention dans les quartiers et la mise en place d’une radio libertaire. Aujourd’hui en Uruguay, 750 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté et 28% de la population est au chômage. Pour qu’un véritable changement social s’oppère, le FAU lance des actions d’occupation des terres et soutient des projets d’autogestion comme des cantines populaires luttant par la même contre la faim.

Soutenir des alternatives au capitalisme


Ces organisations collaborent entre elles à des projets alternatifs comme la création d’une imprimerie commune au Brésil, à l’Uruguay et au Chili afin de publier des livres notamment anarchistes en espagnol et en portugais. Les mouvements libertaires européens et ces organisations latino-américaines échangent pour soutenir des alternatives au capitalisme.

P.-S.

Sophie Caussanel - 30 mai 2003

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