Accueil du site > Evénements > Jeunes filles en otages

Jeunes filles en otages

samedi 31 mai 2003, par Dominique Foufelle

De quoi se préoccupe au juste l’Etat en relançant "l’affaire du voile" ? De la liberté des musulmanes ? On s’en étonne : les gouvernements français ne se sont guère mobilisés pour prévenir et endiguer la montée des intégrismes au nom de l’égalité des sexes, pourtant inscrite dans nos lois. Tandis que les autorités laïques et religieuses parlementent entre hommes, la menace d’une exclusion totale pèse sur des centaines de jeunes filles.

Interdire le port du voile islamique à l’école, on en cause, et très sérieusement. Nul doute que la question sera centrale dans la mission d’information "sur la question des signes religieux à l’école" qui vient d’être créée et sera présidée par Jean-Louis Debré. Que s’agirait-il de défendre ainsi ? La laïcité. Un principe auquel les féministes sont particulièrement attachées, certes. Mais rappelons que l’égalité des sexes est elle aussi inscrite dans notre constitution. Or, voilà un terme que les législateurs ne prononcent pas. Comme si ce symbole de soumission qu’est le voile ne les choquait pas tant que ça, au fond. La laïcité, rappellent-ils, laisse chacun libre de faire ce qu’il veut chez soi – y compris d’asservir "ses" femelles, alors ?
Tandis qu’on reste dans l’abstrait, le "principe", pour les jeunes musulmanes, c’est de leur quotidien et de leur avenir qu’il s’agit. L’Etat qui s’engage dans une épreuve de force défendrait-t-il jusqu’au bout leur droit à l’éducation ? Ou laisserait-t-il finalement les familles choisir entre le voile et l’école ? En principe, bien sûr, il ne sera pas question de faire l’impasse sur l’école obligatoire pour toutes et tous. Mais quels moyens seraient employés pour imposer le respect de la loi ? On ne nous le dit pas. Emettons néanmoins l’hypothèse plausible du chantage aux allocations : qui supporterait les conséquences d’une réduction du budget familial ? Les femmes d’abord, les mères et leurs auxiliaires de filles. Il est totalement absurde d’espérer que les mâles chatouillés dans leur orgueil s’inclineraient. Et de quel moyen plus immédiat disposent-ils pour défendre leur dignité, que d’imposer leur pouvoir aux femmes ? Les jeunes filles paieront les premières le prix de la répression.
Comment l’Etat préfère-t-il ses citoyennes ? Instruites, actives dans la société civile, tisseuses du lien social ? Alors qu’il agisse pour stopper la paupérisation galopante, qu’il soutienne les associations qui luttent contre l’exclusion, pour l’échange entre les cultures et pour le respect des droits des femmes. Cloîtrées, réduites au silence ? Alors qu’il persiste dans sa politique répressive, multiplie les provocations et les humiliations, et creuse encore davantage le fossé entre les Français " de souche " et celles et ceux qu’il avait accueilli-es en leur nom.

Prises de position


La "question du voile", complexe et délicate s’il en est, suscite des commentaires d’associations féministes et/ou de défense de la laïcité. Nous en relayons quelques unes…
Les auteures de Laïcardes puisque féministes dénoncent sous une " bien-pensance " qui sacralise le droit à la différence un racisme d’un nouveau type, nourri de la culpabilité post-coloniale : les " autres " nous seraient-ils à ce point inférieurs qu’on ne puisse exiger d’eux et pour eux le respect des principes républicains que nous défendons pour nous-mêmes ? Elles se prononcent pour l’interdiction du port du voile dans les lieux d’enseignement et de vie commune.
Interdiction que les auteurs de Oui à la laïcité ! / Non aux lois d’exception ! - rappelant que le respect de la laïcité incombe aux autorités, non aux élèves-, considèrent comme " la pire des solutions ", parce que provoquant l’exclusion de jeunes filles d’un système scolaire justement susceptible de favoriser leur émancipation, et parce que s’inscrivant dans une surenchère punitive. Ils refusent de se laisser enfermer dans un faux débat qui masque les vrais problèmes sociaux.
Sans intervenir sur le sujet du voile, le communiqué du Comité Laïcité République prend position sur L’enseignement du fait religieux et pointe les inquiétudes que soulèvent les préconisations du rapport Debray. Il rappelle que le " déficit culturel " constaté chez les jeunes ne se borne pas à l’aspect religieux, mais couvre aussi les luttes sociales et les grands principes civiques. Il propose " la restauration des humanités ", discipline qui englobe aussi l’enseignement de l’histoire, de l’art et de la philosophie des religions – toutes et non seulement les trois grandes monothéistes.

P.-S.

Dominique Foufelle - mai 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0