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Badinter, Iacub, Lebras et l’antiféminisme

samedi 31 mai 2003, par Dominique Foufelle

Bonjour,

J’ai été très choquée de découvrir l’ensemble d’articles que votre rédaction a rédigés autour du nouvel ouvrage d’Elisabeth Badinter "Fausse Route".
Je trouve bien peu crédibles, mais d’un impact dévastateur, ces effets de manchette lapidaires du type "Féminisme : le ’J’accuse’ d’Elisabeth Badinter", "L’homme n’est pas l’ennemi à abattre".
Au cours de l’interview qu’elle vous a accordée, Elisabeth Badinter accuse les féministes de tout et de n’importe quoi, tout en s’étant bien gardée de faire quoi que ce soit pour nous aider à lutter. Bien au contraire. Que dit-elle aujourd’hui ? Que le féminisme "gonfle" les chiffres des violences faites aux femmes, que les féministes ont en fait pour intention de séparer les femmes des hommes, d’élever des barrières entre les sexes, que le féminisme devient "puritain" parce qu’il est vigilant aux violences sexuelles et sexistes. C’est le discours le plus bassement misogyne et le plus ouvertement antiféministe que servent les détracteurs du féminisme depuis des années. Comment peut-elle encore se considérer comme féministe ?
Marcela Iacub et Hervé Le Bras se permettent, eux, d’accuser de partialité la première et seule enquête française à disposition en matière de violences faites aux femmes : l’enquête ENVEFF. Rappelons que cette évaluation faisait partie des recommandations formulées à Pékin en 1995, et que la France était (est toujours puisque 96% des plaintes de femmes victimes sont classées "sans suite" par les Parquets) passablement en retard en matière de traitement des violences des hommes sur les femmes.
Marcela Iacub et Hervé Le Bras reprochent à l’équipe de Maryse Jaspard d’avoir évalué les violences domestiques contre les femmes en ne distinguant pas les insultes des pressions psychologiques ni des agressions physiques. Il faut donc comprendre que pour que ces deux privilégiés s’émeuvent du sort d’une femme brimée par son compagnon, il faut que celle-ci arbore au moins un nez cassé, un œil au beurre noir, enfin que sais-je ? qu’il y ait du sang, quoi.
Alors que les spécialistes des violences masculines domestiques savent pertinemment qu’un homme qui se permet de mépriser sa compagne, de l’insulter, de lui manquer de respect, deviendra probablement son agresseur.
Alors qu’on sait que des années d’insultes brisent autant que des coups. Alors qu’on sait, en prime, que toutes les femmes ne parlent pas.
Marcela Iacub et Hervé Le Bras devraient prendre la peine de lire l’excellent "Harcèlement moral" de Marie-France Hirigoyen.
Comment dès lors peut-on soutenir qu’une enquête de l’envergure et de la qualité de l’enquête ENVEFF n’est pas fiable ?
Surtout, comment se fait-il que des personnalités aussi peu crédibles que Marcela Iacub et Hervé Le Bras soient précisément celles que vous choisissez de consulter pour ce numéro de votre magazine qui se livre là à un véritable procès du féminisme ?
Il va de soi qu’il est de votre devoir d’accorder un droit de réponse aux féministes.

P.-S.

Elodie Marrel, Malvira – avril 2003

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