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La liberté retrouvée

mercredi 30 avril 2003, par Sheila

Georgette, une femme de campagne, a su développer des multiples centres d’intérêt pour mener une vie tournée vers les autres sur le plan familial, religieux, social et politique. Elle est active, sportive, élégante et sa vie ses 20 dernières années ne ressemblent à rien à sa vie d’avant.

Je demande à ma voisine Georgette, de la Côte d’Or, de décrire sa semaine jour par jour. Georgette me reçoit dans sa cuisine confortable et accueillante dans sa maison qui date du XVIIe siècle, la maison dans laquelle son mari a été élevé. Des journaux sur la table, plantes sur la fenêtre, paquets de graines prêts à semer. Un poêle moderne mais à bois d’un côté et radiateur de l’autre chauffent cette maison de campagne très rurale modeste.
Cette semaine n’est pas pourtant typique. C’est la semaine sainte, et Georgette est un pilier de l’église catholique de la région. Lundi était un jour "normal". Elle s’occupait de choses courantes, la lessive et le repassage pour elle et pour son fils. Il n’a pas le temps en ce moment de faire pour lui-même et elle est contente de pouvoir l’aider. Il n’habite pas loin. Il est gendarme, à la tête de plusieurs brigades. La vie de gendarme n’est pas facile. À part le travail lui-même, la désorganisation, la mauvaise gestion, le travail irrationnel, la mauvaise utilisation du temps de gendarmes, et l’arbitraire alourdissent la charge. Néanmoins, si tous les gendarmes étaient comme lui, il y aurait moins de problèmes !
Avant d’aller le soir à 20 h à la gymnastique dans un village voisin, Georgette aura fait à tour de rôle ou tout à la fois du jardinage, de la couture, et encore du repassage, selon son humeur, le temps, ou l’heure.

Rythmée par la foi

Un autre jour Georgette prend sa voiture et va plus loin, à la petite ville médiévale, à 15 km, pour faire de l’acqua gym, une nouveauté pour cette femme mince et élégante. Elle revient et accueille le curé à déjeuner. Si son fils est disponible ou un voisin, ils sont bien sûr les bienvenus. Ni elle ni le curé n’a grand appétit ni attache trop d’importance à la nourriture. C’est la discussion qui intéresse Georgette. Tout est abordable : les idées politiques, religieuses, personnelles. Le curé prend les nouvelles des gens qui sont malades, qui sont dans le besoin, ou chez qui quelque chose de bien est arrivé. Cette semaine ils parlaient des 17 cierges pascals à remettre en état, pour les 17 églises dans le secteur paroissial. Et ses idées politiques ? De quel côté le placerait-elle ? En bien l’écoutant, et depuis de nombreuses années, il serait, selon Georgette, probablement de gauche. Mais ça ne se dit pas.
Jeudi était la cène, célébrée dans un autre village haut perché, à 10 km de chez elle. Mais avant et dans encore un autre village, à 7 km, un autre cours de gym. Et vendredi était le chemin de croix qu’une centaine de personnes ont fait, un parcours de 4 km. La veillée pascale avait lieu dans un autre des 17 villages. Georgette a confectionné les préparations florales pour toutes ces cérémonies. Les arrangements floraux sont presque sa passion ? elle en a plusieurs ! ? ayant appris l’art floral en liturgie pour les églises en cinq stages pendant 20 ans. Les fleurs à l’église demandent des connaissances et un respect particuliers pour les couleurs, formes et lieux. Cela n’a rien à voir avec d’autres types d’arrangements floral.

Dans le temps

Quel métier aurait-elle choisi si elle en avait la possibilité ? Dans le temps ? elle est née, il y a 74 ans dans une famille de petits agriculteurs dans la Côte d’Or, il n’y avait pas beaucoup de choix, et ce n’était pas pire pour les filles que pour les garçons de ce point de vue. L’argent manquait pour envoyer les enfants au lycée lointain. On s’arrêtait l’école assez tôt. Tout est très différent maintenant. Georgette aurait aimé tenir un magasin de fleurs, ou de livres et de pouvoir lire tout le temps, ou être infirmière, ou si elle habitait en ville, elle aurait aimé conduire des transports en commun. Ou peut-être faire la couture.
En tout cas, elle ne s’ennuie jamais. Quand elle ne veut plus faire son ménage ni celui des autres ? elle en fait un peu chez des autres, surtout pour rendre service, ni s’occuper de son jardin bien aimé, elle prend sa voiture et visite une exposition de vieilles dentelles, de machines agricoles, d’art contemporain. Ou bien elle rend visite à un ou une malade ou à quelqu’un qui est seul. Ses enfants l’encouragent à tout faire. Mais du coup ils ne savent jamais où elle se trouve à n’importe quel moment de la journée.
Veuve depuis 20 ans, elle était un peu prisonnière dans une vie bordée par les confins de sa région. Bien que sa vie d’enfante fût heureuse ? elle a une s ?ur très proche, née dans la même année qu’elle ? la vie était dure. Les cousins parisiens et d’ailleurs pouvaient se dorer au soleil l’été tandis qu’elles devaient travailler tous les jours. Les fermes étaient petites, avec par exemple 10 vaches, 2 chevaux, quelques hectares cultivables. Ils louaient d’autres terres et faisaient travailler des commis. Tout le monde travaillait beaucoup avec les bras et à la main. Naturellement, la basse-cour et le jardin potager étaient le fief des femmes, sans parler de toute la maison à gérer, toute la nourriture à assurer, tout le produit des jardins à conserver pour l’hiver, toute la couture et linge à faire et j’en passe.
La rencontre avec son futur mari a eu lieu à l’occasion d’une des nombreuses fêtes qui jalonnaient la vie de campagne le dimanche : au cinéma, à la messe, aux fêtes patronales ou aux bals des pompiers. Elle adore danser et pratique cette activité sous toutes ses formes chaque fois qu’elle en a l’occasion. Elle est venue dans cette maison donc à 22 ans quand la vie de campagne était encore plus difficile qu’aujourd’hui. Ils finissaient par avoir 50 hectares à eux et en louaient 40. Mais on ne peut pas tenir une ferme seule et à la mort de son mari, elle a dû se battre au tribunal paritaire des agriculteurs pour résilier les baux établis pour 9 ans.

La libération

Cette libération lui permettait de se lancer et de s’intéresser à toutes ces choses. Elle avait appris à conduire et sa voiture est vraiment le moteur de sa nouvelle vie ! D’abord, cependant, elle a pris le train, pour la première fois en 1984, en dehors de son département, ayant gagné un voyage à Lourdes. La mer était une merveille, une révélation. Et presque 20 plus tard Georgette a passé 3 semaines en Corse, où elle ne s’ennuyait jamais de la mer. Entre ces 2 voyages, elle a refait Lourdes plusieurs fois, en se rendant utile partout car tellement de gens en ont besoin. Et elle est venue à Paris deux fois. Elle adorait les magasins, les marchés, et les musées, mais cette grande ville fait un peu peur quand on n’a pas l’habitude des masses de gens et de voitures partout.
Les voyages petits et grands continuent, bien que Georgette sache et dise qu’on peut voyager de multiples manières. Par les livres et les magazines, par exemple. Elle est abonnée ou lit régulièrement Modes et Travaux, la Vie, Pleine Vie, Femme Actuelle, Avantages, et le journal local, le Bien Public. Dans chacun elle trouve des patrons pour la couture et des rubriques qui l’intéressent. Le livre de base par excellence est son grand dictionnaire de la langue française ! Sur son chevet en ce moment est Dieu face à la science de Claude Allègre (Fayard) et Même Si, de P. Imberdis et X. Perrin, chez Droguet et Ardant.
Sa foi forte lui apporte de la sérénité et du calme, mais elle conçoit parfaitement que l’on soit sans religion ou croyant dans une autre, quelle qu’elle soit, pourvu que l’on y enseigne et pratique la tolérance et la paix. Ses trois enfants et six petits-enfants vont rarement à l’église mais ce qui importe pour Georgette est la communauté, la famille, et une vie droite (mais de gauche !) dehors.

Engagement local

Justement, en dehors Georgette est aussi active politiquement que religieusement. Conseillère municipale depuis longtemps elle assiste à de nombreuses réunions municipales et sectorielles. Elle s’intéresse à toutes les nouveautés sociales, et adhère aux idées du développement durable, de l’agriculture bio, de la défense de l’environnement, etc. Elle veut qu’on préserve et puisse proposer des logements sociaux,. Quand aux résidents secondaires, elle reconnaît leur apport financier, social, et de protection et de développement de l’habitat dans leurs résidences secondaires, à la différence de beaucoup de gens de la compagne qui sont hostiles ou confus à l’égard de ces nouveaux habitants.
Georgette n’est toujours pas décidée sur quel métier elle aurait aimé faire ni où elle ira dans les 5 minutes qui suivent si elle n’a pas une réunion importante. Aux beaux jours, elle prendra son vélo ou sa voiture rouge et elle vit sa vie.

P.-S.

Sheila Malavany-Chevallier - 24 avril 2003

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