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Roumanie

Victimes d’enjeux inconnus

mardi 1er avril 2003, par Dominique Foufelle

Particulièrement désorganisé et inefficace, l’Etat roumain a en outre négligé d’informer la population sur les enjeux de l’entrée dans l’Europe élargie. Au risque de favoriser la nostalgie pour le " bon vieux temps ", celui de la dictature communiste ou celui qui l’a précédé de la dictature nationaliste.

La transition est le processus qui ne nous touche le plus, dans le domaine des mœurs, de l’économie, de la politique… notre vie toute entière. Au cours d’une période de 60 ans, moins que le temps d’une vie, on est passé en Roumanie du capitalisme au communisme, et puis retour du capitalisme. Les onze dernières années ont éprouvé le peuple roumain, car il fallait s’ajuster aux critères européens – il fallait le faire parfaitement et rapidement ! Ce processus touche profondément tout le monde. Par exemple, des chercheurs ont démontré que durant les dix dernières années, le nombre de névroses a considérablement augmenté.
Parce qu’il fallait le faire à toute vitesse, le changement structurel n’a pas été bien organisé. Il n’était pas, et n’est toujours pas, préparé pour le long terme, mais " à petits pas ". En outre, les partis politiques accusent leurs prédécesseurs de n’avoir rien fait pour changer le système. Voilà pourquoi le processus ne fonctionne pas et n’est jamais achevé.

Citoyen-nes laissé-es dans l’ignorance

La libéralisation entamée en 1990 a provoqué, entre autres, un conflit profond entre les générations. La nostalgie pour le " bon vieux temps " se rencontre chez les personnes âgées, femmes comme hommes. Les jeunes ne se souviennent pas de l’époque de Ceaucescu. Alors, il s’en trouve pour être nostalgiques d’une époque qu’ils n ’ont jamais connue – c’est ainsi que s’expliquent les résultats des dernières élections : des trentenaires ont voté pour le parti d’extrême-droite Romania Mare, dont le chef défendait l’époque du totalitarisme.
Le processus de privatisation n’est pas transparent. Le " club des hommes vieux " pousse à la privatisation. On dit qu’elle a enrichi des gens. Des contrats sont réévalués ; les syndicats mettent la pression sur le chômage. Voilà une question compréhensible : la privatisation et la transition vers le capitalisme est un processus douloureux.
Mais comment des investisseurs peuvent-ils venir placer des fonds si ce qu’ils achètent aujourd’hui disparaît demain et s’ils perdent de l’argent ?
Jusqu’en 1989, on trouvait tellement peu de choses dans nos magasins ! Maintenant, il y a de tout ! Est-ce grâce à la mondialisation ? C’est une façon de voir les choses. Malheureusement, le sens du mot " mondialisation " ne nous est pas bien expliqué, à nous gens ordinaires. Il en va de même avec l’élargissement. Comment les personnes âgées pourraient-elles évaluer si l’élargissement de l’Europe est positif ou négatif, quand le sens du mot et la nature du processus n’est pas déterminé. Nous avons tous besoin d’information sur ces questions, non seulement les citadins des pays en demande, mais aussi les habitants des villages éloignés.
En Roumanie, tous ces processus, la transition, la restructuration, la libéralisation, la privatisation, la mondialisation, etc., ont tous un rapport avec la baisse des naissances, le chômage, le manque de confiance en l’avenir…
Les femmes en Roumanie sont encore plus affectées que dans d’autres pays. Elles sont la cible de discriminations en raison de leur âge, leur situation sociale ou maritale. Même s’il existe une loi pour la parité, je ne sais pas comment elle fonctionne.
Depuis 1990, j’essaie de m’adapter aux demandes. En plus d’avoir deux travails pour faire vivre ma famille, il faut que j’apprenne des mots comme harmonisation de la législation, bourse, libre-échange, etc. Ce ne sont pas que des mots, mais des éléments à connaître pour organiser sa vie. En essayant surtout d’être positive – les changements que nous, citoyen-nes d’un pays candidat à l’Europe élargie, devont subir, constituent un challenge.
Nous n’avons pas un jour de repos, et nos vies ne sont pas simples.

P.-S.

Mihaela Rabu
Document communiqué par WIDE (Network Women In Development Europe)
Traduction : Liz Renton et Dominique Foufelle

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