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Africaines : créativité contre discriminations

vendredi 31 janvier 2003, par Joëlle Palmieri

Continent de contraste, l’Afrique jongle avec la survie. Conflits, pauvreté, exclusion font le quotidien de ses habitant-es, et en particulier des Africaines. Alors l’horreur se confronte avec l’imagination sans limites de ces femmes, qui, de l’éducation à l’initiative économique, en assurent le futur.

Afrique. Un continent où seulement 0,9% des investissements internationaux se font, où les guerres sont légions, où le post-colonialisme continue ses ravages. Un continent aussi où tout – éducation, santé, nutrition, environnement, développement – repose sur le travail, rémunéré ou non, des femmes. Un continent où les formes les plus barbares de violences domestiques, étatiques, urbaines restent tolérées. Un continent où les femmes se battent au quotidien. Alors, entre pessimisme et optimisme, ce petit tour d’horizon tangue. Car enfin, si on prend l’exemple du Nepad, cet accord de libre échange version africaine, ne rencontre-t-il pas la résistance souterraine de femmes, aux prises avec l’initiative économique, qui inventent ainsi leur propre plan d’ajustement structurel ? En Tanzanie, par exemple, des femmes prennent en main la lutte contre la pauvreté. Ou encore au Sahel, des femmes utilisent les ressources naturelles pour assurer la survie quotidienne. Ou bien encore, au Sénégal, où elles ont créé des mutuelles non pas pour s’accorder des micro-crédits, qui sont en fait des formes de micro-endettement, mais surtout pour drainer tous les domaines les concernant de la santé, en passant par l’éducation, la nutrition et le commerce. Pour ne citer qu’un exemple, Teranga, à Kaolak au Sénégal, brille par sa cohérence dans tous les projets de l’association qui l’a portée, l’Association pour la promotion de la femme sénégalaise. Reste que le trajet est long pour sortir de toutes les formes de discriminations dont les Africaines font l’objet. Au Sénégal-même, à Touba, ville religieuse, alors qu’elles sont les principales actrices du développement local, les femmes n’ont aucun droit. Au Kenya, le viol reste impuni. Au Congo, la guerre essaime sans fin des crimes des plus inimaginables. En Afrique du Sud, héritière de l’apartheid, les femmes subissent trois formes de domination : classe, race, sexe. Reste que dans ce pays, des femmes se sont mises en quête de leur mémoire. Comme d’autres, elles rendent visibles leurs luttes comme leurs situations, dans une imagination et une créativité débordantes. Parmi elles, les femmes « sans » qui s’organisent. Ou encore les Marocaines qui se mettent en marche pour faire valoir leurs droits. Une bonne leçon de lucidité, mais surtout de solidarité. Pratiques sans quoi, l’Afrique serait déjà enfoui sous la mer, sous le regard méprisant des pays du Nord.

P.-S.

Joelle Palmieri – 30 janvier 2003

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