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Destruction massive des utopies

mercredi 29 janvier 2003, par Joëlle Palmieri, Pénélopes

Elimination des armes de destruction massive. C’est bien ce que sont en train de réussir les Etats-Unis d’Amérique. Et pas besoin d’aller bombarder l’Irak pour ça. L’opération a déjà commencé et est en train d’aboutir en Europe, en premier lieu, et puis à Porto Alegre, qui réunit des mouvements du monde entier.

Elimination des armes de destruction massive. C’est bien ce que sont en train de réussir les Etats-Unis d’Amérique. Et pas besoin d’aller bombarder l’Irak pour ça. L’opération a déjà commencé et est en train d’aboutir en Europe, en premier lieu, et puis à Porto Alegre, qui réunit des mouvements du monde entier. Mais de quelles armes parle-t-elle ? La libre expression, l’autodétermination des peuples, l’autonomie, sont bel et bien des armes de destruction massive du point de vue du pays le plus riche du monde. Ce que les Etats-Unis ont réussi c’est tout simplement nous aligner sur leur agenda et asseoir leur hégémonie. Ce sont désormais eux qui décident de l’actualité, des sujets qui font discussion, des efforts économiques à déployer, des peuples à menacer et/ou à protéger… Qu’on le veuille ou non, pendant que les Etats, les mouvements, les gens se soucient de la guerre à venir, et ce depuis six mois ou plus, ils ne font rien d’autre. En particulier, l’Europe en voie d’élargissement, et donc d’enrichissement, place ses efforts diplomatiques et les autres (économiques, politiques, sociaux…) dans la question de l’évacuation du tyran Hussein. Cynisme ? Peut-être, mais il est quand-même frappant d’entendre Collin Powels parler de Conseil de sécurité des Etats-Unis pour invoquer celui des Nations-Unies. Un lapsus ? Pas sûr. Une affirmation. Il n’y a pas si longtemps, pendant le Sommet de la Terre, fin août à Johannesburg en Afrique du Sud, la démarche était flagrante. Les Etats-Unis passaient outre les recommandations de l’Onu pour imposer leurs propres impératifs économiques, au point que beaucoup d’Ongs s’engageaient à soutenir l’institution internationale, créée au lendemain de la IIe guerre mondiale. Et puis, ce Forum social mondial dédié à cette question de la guerre, avec une mobilisation sans relâche pour empêcher les Turcs d’accueillir les bases militaires américaines, les Israéliens d’en profiter pour gagner du terrain, les autres d’entamer leurs dépenses militaires au détriment de celles de santé, d’éducation, de nutrition… Mobilisation fort honorable, juste et indispensable. Et pourtant une question me mord le bout de la langue ? Cette situation est-elle nouvelle ? Ces actions ne participent-elles pas de la lutte globale contre le libéralisme ? Alors, pourquoi maintenant ? Pourquoi pas l’année dernière ? et la précédente ? Je me souviens d’un entretien avec Michel Warshavsky, lors de la 2e édition du Forum social mondial, qui ne comprenait pas, lui qui luttait depuis des années pour une paix négociée au Proche-orient, pourquoi les questions de la guerre, et de la paix, n’étaient pas abordées. Décontenancé qu’il était. Pantois même. Et ce n’était pas le seul…Alors ? Paranoïa ou réalisme ? Dépit ou lucidité ? Ne serions-nous pas pris au piège, arrêté-es dans nos constructions d’alternatives ? Réduit-es à la défensive ? Je vous laisse juges.

P.-S.

Joelle Palmieri - 27 janvier 2003

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