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Du côté des jeunes filles

mercredi 29 janvier 2003, par Dominique Foufelle, Pénélopes

Le camping de la jeunesse à Porto Alegre rassemble quelque 20.000 personnes. Auto-organisation plus efficace que l’an passé, ambiance festive, débats tous azimuts… Oui, mais, à l’intérieur de cette sympathique communauté provisoire, des jeunes filles subissent des violences.

Eric Chassagnon, 27 ans, voyage depuis deux mois en Amérique latine avec sa "copine". Il a entendu parler du FSM au Chili, par une Allemande qui s’y trouvait dans le cadre d’échanges culturels. Il est venu au camping de la jeunesse à Porto Alegre et s’est immédiatement proposé pour aider à l’accueil des visiteur-ses.

Environ 20.000, estime-t-il, venu-es majoritairement du Brésil, puis du reste de l’Amérique latine, du Canada ou des Etats-Unis, beaucoup plus rarement d’Europe. Certain-es avec leur organisation, d’autres individuellement. En faisant remplir le questionnaire d’inscription, Eric s’est étonné d’y voir figurer une case "ethnie", où doit être cochée une des options : noir, blanc ou métis. "Personnellement, je ne la remplis pas. Je ne sais pas si les données du questionnaire seront utilisées, par qui ni à quoi. En tout cas, il y a matière, car il est long. Chose curieuse, on n’y demande pas l’organisation à laquelle les jeunes appartiennent, indication qui ne figure que sur la carte. Ça aurait pourtant été plus intéressant que la couleur de peau !"

Beaucoup de débats se tiennent à l’intérieur du camping, spontanés et informels pour la plupart. "C’est difficile de trouver le groupe qui va t’intéresser, déplore Eric, parce qu’on ne sait pas ce qui se passe." Les panneaux d’affichage mis à disposition n’obtiennent guère de succès. "Malgré tout, je pense que ça débouche sur des actions. Par exemple, un Espagnol a réussi à créer une "maison du troc". La variété est immense, incluant des initiatives inattendues : la veille, des chamams de Sibérie avaient invité quelque 300 personnes à marcher sur des cendres chaudes. Ces personnes rassemblées, "avant tout pour faire la fête, comme dans un festival", Eric les qualifie de "para-politiques". C’est-à-dire ? "Un concept à creuser" admet-il. Ils étaient nombreux, rapporte-t-il, à partir rejoindre la manifestation du 23, mais beaucoup plus à aller écouter le discours de Lula.

Toujours est-il que plusieurs, liés à l’organisation générale du FSM, sont venus à l’avance, tracer des "rues" à l’intérieur du parc pour éviter que les cordes des tentes ne s’enchevêtrent comme l’année passée, construire des bâtiments communs. Un système de "chefs de secteur" a été mis au point ; les-dits surveillent d’éventuelles infiltrations malveillantes. "Personne n’a envie de se faire piquer ses affaires, alors tout le monde garde un œil sur toutes les tentes. Malgré cela, des vols ont été signalés." Des "facilitateurs" volontaires s’efforcent de résoudre les problèmes et de guider les nouveaux venus. Bref, une organisation plus efficace, qui facilite les relations humaines plus qu’elle ne nuit à leur spontanéité. La police circule, en voiture ou à cheval, pas massivement, et assez raisonnable pour fermer les yeux sur la consommation des "pétards" dont le fumet embaume l’atmosphère. "Je n’ai pas eu de problèmes avec eux, pas de contact non plus. Mais je trouve idiot qu’ils portent des pistolets dans un camping de jeunes."

Et voilà la relève !

Et les filles, là-dedans ? "Elles sont nombreuses, assure Eric. Elles sont plus actives que les mecs, elles revendiquent plus. C’est bien ! Un groupe de féministes est parti pour la manif avec une superbe banderole. Elles étaient nombreuses." Tout baigne, alors, parmi la jeunesse ? L’égalité règne ?

Myriam Nobre apporte un autre son de cloche. Membre de la Marche mondiale des femmes (et par ailleurs, du réseau Remte, femmes pour une autre économie), elle a participé à l’atelier proposé par ce mouvement : "Le féminisme et la nouvelle génération politique." Après avoir exprimé leur colère face aux images dégradantes diffusées par la publicité, les jeunes participantes (une centaine) en sont venues aux relations femmes/hommes dans les organisations estudiantines. Il y a encore d’énormes progrès à faire, estiment-elles unanimement. La parole leur est souvent confisquée par les garçons, qui s’arrogent les postes de représentation. Si bien que beaucoup qui jugeaient le féminisme "dépassé" ont révisé leur position. Les menaces planant sur les droits sexuels et reproductifs, notamment les pressions réactionnaires exercées à l’ONU par les Etats-Unis de Bush, leur ont confirmé la nécessité de renouer avec le féminisme, malgré les incompréhensions qui les opposent parfois aux "vieilles" militantes.

A la fin du débat, une jeune fille a témoigné de violences à l’intérieur du camping de la jeunesse ; des tentatives de viol ont été commises. Les participantes ont décidé de réagir. Elles étaient déjà convenues d’un rendez-vous le lendemain, pour un travail sur le sexisme dans la publicité. Dans cet atelier, elles ont détourné des affiches, leur infligeant un traitement pictural de choc. Puis elles sont parties en cortège à travers le camp, où elles ont manifesté leur révolte contre les violences. Intervention remarquée qui, on l’espère, aura contribué à réveiller les consciences, celles des jeunes filles, et celles des jeunes hommes.

P.-S.

Dominique Foufelle - 26 janvier 2003

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