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Charité bien ordonnée

jeudi 26 décembre 2002, par Dominique Foufelle

Samedi 7 décembre, 9h. Une citoyenne et un citoyen sont postés à la grille de la Communale. « C’est 1euro 50 le carton ! », me lancent-ils quand je la franchis. Zut ! j’avais oublié. Stupéfaction, désapprobation. Comment ai-je pu oublier la mobilisation annuelle sacrée, la collecte du Téléthon ? Ces cartons à 1euro 50, portant les noms d’enfants s’envoleront dans les airs, accrochés à des ballons. Comment peut-on rester insensible à une si charmante image ? Essayez de dire qu’il reste 363 jours pour sensibiliser nos enfants à la solidarité et pas mal d’autres causes qui méritent qu’on se bouge ; qu’il vous semble que vous avez déjà donné pour la recherche en payant vos impôts et que vous préféreriez qu’on pompe dans le budget de la défense que dans votre porte-monnaie.

Samedi 7 décembre, 9h. Une citoyenne et un citoyen sont postés à la grille de la Communale. « C’est 1euro 50 le carton ! », me lancent-ils quand je la franchis. Zut ! j’avais oublié. Stupéfaction, désapprobation. Comment ai-je pu oublier la mobilisation annuelle sacrée, la collecte du Téléthon ? Ces cartons à 1euro 50, portant les noms d’enfants s’envoleront dans les airs, accrochés à des ballons. Comment peut-on rester insensible à une si charmante image ? Essayez de dire qu’il reste 363 jours pour sensibiliser nos enfants à la solidarité et pas mal d’autres causes qui méritent qu’on se bouge ; qu’il vous semble que vous avez déjà donné pour la recherche en payant vos impôts et que vous préféreriez qu’on pompe dans le budget de la défense que dans votre porte-monnaie. Vous passerez pour un monstre, non seulement égoïste, mais rabat-joie. Car c’est si doux de vibrer ensemble, à l’unisson des « stars » venues expliquer devant les caméras combien justement, c’est beau. Ça vous soude les citoyen-nes d’une commune, de déployer des efforts pour récolter plus de sous que les voisines ! Aucun risque à mobiliser contre l’injustice de la maladie, car qui en accuser, sinon « pas de chance ». Les militant-es de la lutte contre le Sida n’ont pas su exploiter le filon : elles-ils ont insinué que l’Etat n’assumait pas ses responsabilités. Là, ça devient politique, donc nettement moins médiatisable. La télévision publique ne va tout de même pas inciter les citoyens à se poser des questions du genre : et si on abandonnait le nouveau porte-avions au profit de la recherche médicale ? Par exemple. Ça, c’est la question de base, d’où peuvent en découler bien d’autres… Pourquoi l’Etat me sucre-t-il de plus en plus de services publics ? Mais qu’est-ce qu’il fait avec les sous que je lui donne chaque année, alors ? Et pourquoi on ne me demande jamais mon avis sur la façon de les utiliser ? De fil en aiguille, on en arrive vite à la démocratie participative. Pas bon. Mieux vaut fournir aux citoyen-nes une occasion de se donner l’impression d’agir. Sans bouleverser l’ordre du monde. Juste pour s’occuper en attendant la guerre.

P.-S.

Dominique Foufelle

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