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La Constituante émancipatoire des femmes colombiennes : notre pacte pour la Paix

Imaginez plus de trois cents femmes…

jeudi 26 décembre 2002, par Dominique Foufelle

Plus de trois cents femmes de toutes les classes sociales, ethnies, religions, affinités politiques, se sont réunies du 25 au 29 novembre 2002, à l’université publique de Bogota, Colombie. Leur objectif commun : lutter contre toutes les violences et pour la paix.

Imaginez plus de trois cents femmes de France de toutes les classes sociales, de toutes les ethnies et minorités (blanches, noires, métis,etc.), riches ou pauvres (les pauvres étant en majorité), membres ou non d’un parti politique ou d’une religion, venant de toutes les régions de France, réunies au Sénat au Palais du Luxembourg pour se constituer en « Assemblée constituante émancipatoire des femmes dans le but d’établir un pacte pour la paix » en bannissant toutes les violences et injustices qui frappent les femmes. Imaginez qu’en présence du Président du Sénat, assisté de quelques députés, ces femmes prennent la parole pour exiger le respect non seulement de leurs droits humains à l’intérieur de l’hexagone mais aussi le respect des droits humains des femmes des pays victimes, entre autres facteurs, de notre politique de vente d’armes tous azimuts, qu’elles revendiquent, en tant que mouvement de femmes, leur reconnaissance d’actrices politiques à part entière dans tous les organismes intérieurs (chambres des représentants, ministères, etc.) et internationaux (FMI, BM, etc.) où se négocient et se prennent des décisions. Imaginez aussi que les 300 femmes signent chacune à son tour, dans la salle du Sénat, l’acte de formation de cette Constituante des femmes ainsi que la plateforme de revendications et de stratégies pour éradiquer les violences à leur égard et rétablir la paix dans le monde, après quatre jours de réflexions et de délibérations passionnées dans le cadre de la Sorbonne. Imaginez enfin que le Président du Sénat français et ses deux collègues écoutent avec respect les discours des femmes ; que le Président, qui se fait applaudir quand il envisage des changements de lois mais huer quand il fait allusion au « rôle de la femme au foyer », descende de son piédestal avec ses collègues pour signer à son tour et sans restriction la Constituante des femmes et leur plateforme de revendications.
La réalité dépasse la fiction et l’incroyable scénario décrit ci-dessus s’est réalisé sous mes yeux dans la salle du Sénat de Bogota, où mutatis mutandis, le mouvement des femmes colombiennes pour la paix s’est érigé en « Constituante des femmes pour la paix » dans un pays ravagé par une guerre civile cruelle, entretenue de l’extérieur. Cette performance fut possible, grâce aux militantes féministes colombiennes qui ont compris que le courage, le dévouement, la ténacité, l’indépendance d’esprit et la planification permettent mieux que le vedettariat de réussir à motiver les femmes de tous les milieux et des minorités à participer aux initiatives les plus audacieuses en vue d’abolir les violences civiles et militaires qui les frappent.
Merci aux féministes pacifistes de toute la Colombie de nous donner cette leçon de courage et d’intelligence. La meilleure solidarité que nous pouvons témoigner aux Colombiennes et autres femmes des pays en guerre est à notre tour de nous organiser en actrices politiques pour dire à nos dirigeant-es que nous ne voulons plus que nos ventes d’armes servent à décupler la barbarie à leur égard.

P.-S.

Andrée Michel – 7 décembre 2002

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