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Elargissement du cadre d’analyse féministe de la violence domestique masculine...

...à travers l’étude de la violence dans les relations lesbiennes

jeudi 26 décembre 2002, par Dominique Foufelle

Etudier la violence domestique dans les relations lesbiennes se donne pour but de dépasser la seule compréhension de la violence ; elle se veut contribuer à notre compréhension des rapports sociaux de sexe en partant d’une interrogation du système hétérosocial et des inégalités dans la classe des femmes. Cette étude permet de réaffirmer clairement que le système de domination et de hiérarchie fonctionne au-delà des catégories de sexe, tout en mettant en évidence le caractère construit des sexes. Elle apporte aussi un angle de vue qui prend en compte les différences entre les femmes et nous sort de l’image de la femme non-violente que la société hétérosociale produit. Soit, c’est déconstruire et interroger le système qui produit la hiérarchisation entre hommes et femmes.

La violence domestique dans les relations hétérosexuelles est un phénomène de plus en plus étudié et les résultats d’analyse se diffusent peu à peu à l’ensemble de la population. Ce climat de sensibilisation ouvre la voie à de nouvelles interrogations et permet de porter notre regard sur la question de la violence dans les relations lesbiennes. Si la violence hétérosexuelle a longtemps été considérée comme un phénomène privé et marginal, elle est de plus en plus étudiée et reconnue officiellement (ENVEFF, 2000), et devient un problème collectif et une question publique. Avant, l’ampleur du phénomène n’était pas véritablement mesurée tant ce dernier était invisible et tabou ; si ce n’est par des féministes et universitaires qui l’avaient auparavant dénoncé. Alors que des avancées notables sont réalisées dans un cadre hétérosexuel, nous commençons tout juste à percevoir et à analyser la violence dans les relations lesbiennes. Je mettrai ici en avant les enjeux à s’approprier cette problématique, à partir d’un état des lieux sur cette question et d’une confrontation avec l’analyse féministe traditionnelle. Se dessinera alors ce que cette question dérange : le système hétérosocial.
Je m’appuierai sur une recherche de DEA pour développer ces axes ainsi que sur des études précédentes : " Pré-projet autour de l’élaboration d’un programme d’intervention auprès des lesbiennes actrices de violence ", GIVCL, Montréal, 2001 ; " La violence domestique dans les relations lesbiennes ", Equipe Simone-SAGESSE, 2001 ; et " Le modèle hétéronormatif : influences et résistances à travers les couples de femmes et les lesbiennes ", UTM, 2000.

Etat des lieux et des connaissances sur ce phénomène


Ce sujet tend, récemment, à sortir de l’ombre en brisant deux mythes : le stéréotype de socialisation de femme (les femmes sont non-violentes naturellement) et la vision idyllique des relations lesbiennes (ce sont des relations entre égales, hors de tout enjeu de pouvoir). Le tabou existe, son ultime but est de passer sous silence ce que la violence dans les relations lesbiennes tend à déranger. C’est ce non-dit qu’il est question de mettre en lumière.
Les premières études se sont attachées à mesurer les taux de violence ; elles font état de taux suspicieusement disparates : entre 11% de l’ensemble de l’échantillon (Chesley et al., 1992) et 59,8% (Bologna et al., 1987) pour ce qui est de la mesure des violences physiques ; et entre 17% (Loulan et Nelson, 1987) et 95% (Bologna et al., 1987) pour ce qui concerne les violences psychologiques. (Source : Françoise Guay, 1999). Outre les biais – parfois aberrants – dans les instruments de mesure et dans la constitution même des échantillonnages, nous pouvons attribuer ces disparités à un phénomène plus large : nous ne pouvons pas quantifier et constituer en échantillons représentatifs les lesbiennes car nous ne connaissons pas leurs caractéristiques socio-démographiques en raison de l’invisibilité sociale du lesbianisme. Ainsi, ces études quantitatives ne visent pas à mesurer objectivement un phénomène social, elles répondent à d’autres logiques. En effet, en quantifiant ce phénomène, ces études semblent vouloir légitimer ou invalider l’existence de celui-ci. Elles mettent ainsi en lumière les enjeux de cette question : les femmes sont-elles aussi violentes que les hommes ou seuls les hommes sont-ils violents ? Je reviendrai sur ce point.
D’autres études, menées outre-Atlantique (Chesley et al., 1992 ; Hammond, 1989 ; Renzetti, 1989 ; Renzetti & Miley, 1996 ; Ristock, 1991 ; Ristock, 1994), ont dépassé ce tabou et ce sont inscrites dans une approche qualitative. Elles mettent en évidence l’existence de la réalité de violence chez les lesbiennes et permettent ainsi de réinterroger les mécanismes de la violence dans un cadre analytique plus large. Par contre, ces premières approches restent encore insuffisantes pour proposer une compréhension exhaustive du phénomène et par-là même une aide adéquate aux lesbiennes tant victimes qu’actrices de violence. Néanmoins, l’apport majeur de ces travaux porte sur la déconstruction des mythes existants autour de cette forme de violence pour enfin pouvoir la penser. La tendance actuelle des actions et études s’arrête sur l’adoption du cadre féministe pour comprendre cette violence, en le complexifiant par l’introduction des concepts d’hétérosexisme et de lesbophobie (Irène Demczuk, 1995) ; mais ce qui est avant tout mis en lumière, c’est l’absence d’analyse du point de vue des lesbiennes actrices de violence. A ce jour, ces études sont orientées par un climat d’urgence et visent à proposer des services répondant à la réalité des lesbiennes victimes de violence ; soit, il s’agit de recherches/actions en vue de développer des outils d’intervention sociale. Des études axées spécifiquement sur le processus de violence et ses mécanismes font aujourd’hui considérablement défaut ; de même que l’interrogation de ce phénomène dans une analyse des rapports sociaux de sexe.
Notons pour conclure que les recherches sur ce phénomène sont encore à un stade premier et que plusieurs courants s’affrontent laissant transparaître de fort préjugés sur la réalité lesbienne. En règle générale, ces études ne cherchent pas – ou encore trop frileusement – à définir ce que cette violence traduit du système hétérosocial. Notons ainsi qu’un nombre non négligeable d’études réalisées est le fait de femmes hétérosexuelles, ce qui est principalement explicatif de l’axe d’étude couramment adopté : ces études ne se confrontent pas directement au système hétérosocial alors que ce dernier se met en scène dans ce phénomène. Pouvoir le mettre en exergue, c’est déjà pouvoir l’identifier comme construction sociale et donc remettre en question son influence dans la construction de la violence dans les relations lesbiennes, et par élargissement dans les relations hétérosexuelles. Il devient nécessaire de se réapproprier cette problématique. Cette recherche s’insère ainsi dans les pistes de recherches qu’ont tracées les premières études féministes menées sur cette question et sur la violence domestique masculine. C’est ainsi qu’il apparaît indispensable de confronter cette étude avec l’analyse de la violence domestique masculine dans un cadre hétérosexuel.

Mise en parallèle avec la violence domestique masculine

Apports du cadre d’analyse féministe traditionnel
L’analyse féministe offre une ouverture considérable à l’analyse de la violence dans les relations lesbiennes ; car contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, elle n’exclut pas la réalité des femmes actrices de violences en affirmant que la violence domestique est masculine. Au contraire, exclure cette possibilité, ce serait entrer dans le mythe actuel de la violence masculine. Dans le cadre d’analyse féministe, nous ne pouvons ni affirmer que seuls les hommes seraient violents, ni que les femmes le seraient tout autant. Pour pouvoir ainsi intégrer et penser dans nos analyses la violence dans les relations lesbiennes, il faut mettre l’accent sur la distinction entre genre et sexe. C’est ainsi que Daniel Welzer-Lang nous montre que (à propos de la violence de femmes envers des hommes) : " Les femmes violentes que nous avons présentées sont le masculin, le pouvoir dans leur couple, là où les hommes battus représentent le féminin. Les violences qu’elles utilisent tant dans leur symbolique, les formes et leur définition sont des violences masculines domestiques. Le binôme de la violence, la double définition de la violence masculine domestique et le mythe qui les légitime s’appliquent dans l’ensemble des violences étudiées, quelles que soient les catégories sociales des dominants et des dominé-e-s : hommes, femmes, enfants. Le mythe de la violence masculine domestique est indépendant du sexe biologique de la personne violente. Mais ne parler que des hommes violents et nier ainsi les femmes violentes, correspond à une des formes actuelles du mythe. Cela accrédite la thèse sur la naturalité de la violence des hommes et évite de présenter la violence masculine domestique comme un phénomène social. " (Daniel Welzer-Lang, 1996 : 283)
Si la violence domestique masculine est d’ordinaire le fait des hommes, c’est avant tout parce qu’il y a une quasi-parfaite adéquation entre sexe et genre, mais avant d’être le fait d’hommes, la violence domestique est masculine. Ainsi, bien loin de mettre en question la violence masculine domestique, la mise en évidence de la violence dans les relations lesbiennes met en lumière la logique même du système : la violence est masculine, quel que soit le sexe biologique de la personne ; et les rapports sociaux de sexe ne sont pas des rapports figés et immuables mais des rapports construits. Cette perspective permet de déconstruire la naturalité des sexes. Ne pas rendre compte de la violence dans les relations lesbiennes, c’est soutenir la naturalité de la violence des hommes. C’est occulter le système qui la construit et la soutient.
Malgré tout, la violence dans les relations lesbiennes reste trop souvent impensable. Cela tient à la définition de la féminité dans notre culture : les femmes ne seraient pas violentes naturellement. Nous verrons plus loin de quoi participe ce mythe.
A ce jour, les connaissances sur ce sujet bénéficient des recherches faites sur la violence dans les relations hétérosexuelles, mais l’analyse n’y est pas pour autant symétrique. Ce sont ces points de convergences qui serviront de base à la compréhension de ce phénomène. Tout d’abord, les recherches menées font état d’un cycle de la violence qui serait fort semblable à celui rencontré dans les relations hétérosexuelles. Je ne détaillerai pas ici ce point, mais on peut rappeler synthétiquement son processus : la première étape illustre le quotidien du couple et la montée de la violence ; la deuxième équivaut à l’expression de la violence ; la troisième étape se traduit par la rémission ; et enfin la quatrième est qualifiée de lune de miel. La spirale de la violence poursuit aussi le même parcours : la violence se fait de plus en plus souvent et de plus en plus forte dans les formes. On parle en terme de paliers qui marquent l’aggravation de la violence. Enfin, on peut relever des convergences dans les conséquences (anxiété, dépression, insomnie, douleur physique, honte, baisse de l’estime de soi, isolement, auto-contrôle…) et sur les difficultés à sortir de cette relation ; avec néanmoins des variantes liées à des facteurs spécifiques aux lesbiennes (outing, lesbophobie intériorisée, situation de placard) qui complexifient ces conséquences et les raisons de la difficulté à sortir de la relation.
Je m’attarderai par contre sur les formes de la violence (violences psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, verbales, contre les animaux ou les objets, contre les enfants, contre soi-même,…), qui se retrouveraient dans les relations lesbiennes violentes – avec toutefois des variantes : il semblerait que les lesbiennes font davantage état de violences psychologiques que de violences physiques. Ce qui n’exclut pas que les relations violentes lesbiennes peuvent être tout aussi violentes physiquement que les relations hétérosexuelles. Par ailleurs, en ce qui concerne la violence économique, un fait quelque peu déroutant apparaît dans plusieurs études : les lesbiennes victimes de violences, qui composent les échantillons, seraient d’une classe plus privilégiée sociologiquement et économiquement que leur partenaire, contrairement à ce qui se passe dans les relations hétérosexuelles où l’homme acteur de violence s’appuierait sur son statut social et économique pour asseoir sa violence. Ce fait nous permet d’invalider ou du moins de sous-estimer le poids des rapports de classe, d’âge, de culture ou encore d’ethnie. En effet, alors que l’on aurait pu penser que les rapports de domination dans un cadre lesbien ne seraient pas dus à un rapport de domination d’un genre sur l’autre, mais à des rapports de domination d’ordre ethnique, culturel, social ou économique, ce fait met en évidence qu’une telle analyse serait fausse. Néanmoins, lors d’une discussion avec Françoise Guay qui a fait une recension des écrits sur ce phénomène, celle-ci souligne que ces entretiens ont été réalisés dans un climat peu propice au dévoilement et que les premières lesbiennes qui ont alors accepté de répondre aux recherches étaient probablement mieux dotées socialement et économiquement – un phénomène observable dans de nombreuses recherches.
Le cadre d’analyse féministe de la violence dans les relations hétérosexuelles nous permet ainsi de soulever des zones d’ombres dans la compréhension de la violence dans les relations lesbiennes, tout comme il se présente à nous avec ses propres limites. Car s’il existe des convergences dans le modèle d’analyse, on ne peut pas dire que ce modèle soit suffisant pour rendre compte de la violence domestique dans les relations lesbiennes. Enfin ce modèle d’analyse n’est pas suffisant parce qu’être lesbienne dans une société hétérosociale n’est pas exempt de conséquences. Attachons-nous donc à identifier ces limites et engageons-nous dans les pistes vers lesquelles ce cadre d’analyse nous porte.

Les limites du cadre conceptuel traditionnel
La violence, d’un point de vue féministe, est définie comme étant la traduction d’un contrôle et d’un pouvoir que l’un exerce sur l’autre. On retrouve diverses définitions que l’on peut résumer à celle-ci : " Elle (la violence) sert à maintenir et à renforcer les privilèges masculins accordés individuellement et collectivement aux hommes dans l’espace domestique et dans l’espace public : le pouvoir mâle " (Daniel Welzer-Lang, 1996 : 90), et " Les constructions sociales du masculin et du féminin, produisant l’oppression des femmes et l’aliénation des hommes sont porteuses de violences. L’analyse des rapports sociaux de sexe nous montre qu’il n’y a pas de symétrie entre la position de sexe des hommes et des femmes " (Daniel Welzer-Lang, 1996 : 297).
Cette définition – comme toutes celles qui appartiennent au courant féministe – est liée à la domination masculine. Lorsque nous prenons connaissance de la manière dont est définie la violence dans les relations lesbiennes, nous retrouvons des points communs mais aussi des différences : " Une lesbienne est violentée quand elle se met à craindre sa partenaire, lorsqu’elle modifie son comportement à cause des abus subis ou par peur d’abus futurs, lorsqu’elle développe une conscience particulière ou adopte des types de comportements destinés à éviter la violence et ce, à l’encontre de ses propres désirs et préférences. Le pouvoir et le contrôle peuvent s’établir sans agression physique, par le biais d’agressions psychologiques ou verbales ". (Centre de Santé des Femmes de Montréal, 1995 : P.9)
Ainsi, tout comme dans les relations hétérosexuelles, il s’agit aussi de pouvoir et de contrôle que l’une exerce sur l’autre. Néanmoins, les explications et les causes de celles-ci ne sont pas directement transposables dans les mêmes termes, car : " les lesbiennes qui violentent leur partenaire cherchent à établir et à renforcer leur pouvoir sur celle-ci " (comme les hommes dans une relation hétérosexuelle). Par contre : " Par ce pouvoir et le contrôle qui l’accompagne, elles tentent de satisfaire leurs besoins personnels sans aucun égard pour les besoins et les désirs de l’autre " . (Centre de Santé des Femmes de Montréal, 1995 : 15)
A la différence de la violence masculine qui est légitimée par un système social de domination, la violence des lesbiennes ne s’inscrit pas dans un tel cadre, elle n’est pas légitimée socialement. Le rapport de pouvoir structurel, l’inégalité entre hommes et les femmes n’existe pas entre deux lesbiennes qui sont avant tout socialement des femmes. La violence entre lesbiennes n’a donc pas pour but l’affirmation, le maintien et le renforcement du pouvoir d’un groupe social sur un autre. C’est une domination qui n’est pas reconnue par l’idéologie patriarcale. C’est ce que souligne Irène Demczuk : " D’un point de vue social, il importe de souligner que la violence entre lesbiennes n’est pas une violence systémique : elle est un moyen d’assurer le contrôle personnel d’une individue sur sa partenaire. Elle n’est pas soutenue et renforcée par le mariage et la famille, la dépendance économique, la division sexuelle du travail, l’inégalité salariale statutaire entre les sexes et un système judiciaire plus tolérant envers l’agresseur. Elle n’est pas encouragée directement par la télévision, le cinéma, la pornographie. La violence des hommes envers les femmes, si ". (Irène Demczuk, 1993 : 6)
Enfin, le cadre d’analyse féministe traditionnel ne prend pas en compte la réalité des lesbiennes. Nous pouvons en décrire trois caractéristiques pour comprendre l’importance de leur rôle et pour mettre à jour les limites de l’analyse féministe faite dans un cadre hétérosexuel :
Le outing (rendre publique l’homosexualité de quelqu’un.e). Une lesbienne dans une relation de violence peut percevoir ou présupposer cette menace de la part de sa partenaire actrice de violence, et cette menace peut être exprimée comme telle lorsqu’elle tente d’obtenir de l’aide ou de s’enfuir de cette relation. Le outing est fortement lié à la lesbophobie et cette dernière tend alors à s’inscrire dans le quotidien, toujours prête à surgir, elle est latente. Elle tend à rythmer – consciemment ou inconsciemment – le quotidien de nombreuses lesbiennes qui sont obligées de jongler et de négocier avec ce qu’elles peuvent dire ou ne pas montrer. Insidieusement et quotidiennement, évoluer dans ce cadre conduit à oublier les restrictions que l’on peut poser sur nos vies.
La situation du placard. Si le outing est lié au placard, la situation même de placard entre en jeu dans la construction de la violence. Etre au placard signifie que les lesbiennes concernées ne font pas état de leur sexualité et du mode de vie qui en découle. Ne pas faire état de cela ou le dissimuler mène, par des stratégies d’évitement de toute relation et de toute situation discréditantes, à l’isolement. Gardons à l’esprit que c’est la société lesbophobe qui est responsable du fait que certaines préfèrent taire ce qu’elles vivent. Le couple lui-même peut s’inscrire dans ce processus de repli sur soi (au niveau familial et/ou amical et/ou professionnel…) car " l’être deux " peut apporter l’illusion de se protéger des agressions extérieures. Ceci peut conduire le couple à l’isolement et/ou à une fusion très forte qui favorisent les relations de contrôle, d’oppression, d’appropriation et de perte d’ individualité. Ainsi, si le couple amène dans ces cas-là à se protéger de la violence extérieure, cette dernière peut apparaître à l’intérieur même du couple.
La lesbophobie intériorisée a deux conséquences sur cette violence. L’une renseigne sur les difficultés à sortir de la relation violente et l’autre est explicative de la violence. La lesbophobie pré-existe aux lesbiennes et produit des images négatives des lesbiennes, qu’elles ont intériorisées avant de se dire ou de se découvrir comme telles. Ces images peuvent empêcher toute identification positive et pousser à adopter le plus possible des comportements hétéronormés, tout comme certaines peuvent s’interdire de vivre une vie de couple en rejetant toute idée de vivre pleinement et librement leur relation. Aussi, la lesbophobie intériorisée explique l’invisibilité des lesbiennes qui ont peur du regard des autres parce que ce regard est aussi le leur (la stigmatisation leur a pré-existé). Il devient alors difficile dans ces conditions de chercher de l’aide quand on est dans une relation violente, il y a une crainte du jugement de l’autre - qui est aussi avant tout le leur. Enfin, elle peut empêcher toute forme d’identification positive car elle produit des modèles caricaturaux et insultants pour se penser – tant au niveau de sa sexualité et de son affectivité que dans l’ensemble des relations avec autrui ; ce dont on imagine fort bien les conséquences néfastes. La lesbophobie intériorisée peut aller jusqu’à une haine de soi, elle tend à s’inscrire dans les corps. Elle est aussi une façon de penser sa partenaire sous des cadres lesbophobe, hétéronormatif et sexiste.
Bien que ces conditions sociales du lesbianisme entrent dans l’analyse de la violence et qu’elles structurent la domination, ces conditions ne sont pas explicatives.

Suite de l’article

Vanessa Watremez est doctorante en sociologie à l’Université de Toulouse le Mirail, rattachée au laboratoire de recherche de l’Equipe Simone/Sagesse. C’est en DESS " Politiques sociales et rapports sociaux de sexe " qu’elle s’est intéressée à la problématique de la violence dans les relations lesbiennes. Dans le cadre de celui-ci, elle est allée approfondir ses recherches à Montréal au sein du GIVCL (Groupe d’Intervention en Violence Conjugale chez les Lesbiennes). Depuis, elle travaille avec ce groupe à la mise en place du premier groupe d’intervention francophone auprès des lesbiennes actrices de violence. Parallèlement, elle a organisé des débats (13ème festival de Cineffable à Paris…), animé des formations (CRDIF de Poitou-charentes…) et réalisé des brochures de sensibilisation sur cette question en France. Elle participe également à l’organisation de l’atelier "Lesbianisme/Féminisme" dans le cadre du 3ème colloque international des recherches féministes francophones (Toulouse, 2002).

P.-S.

Vanessa Watremez

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