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Appel à la création d’un réseau international LGBT anti-globalisation

jeudi 26 décembre 2002, par Dominique Foufelle

A l’initiative de plusieurs associations lesbiennes, gay, bi ou trans, un réseau international LGBT anti-globalisation est en train de se former. Parties du constat que les féministes et les anti-racistes sont clairement présents dans les mouvements anti-globalisation, ce qui n’est pas le cas des gays et des lesbiennes, ces associations ont décidé de se retrouver à Florence en novembre 2002, à l’occasion du Forum social européen (FSE), et invitaient les autres associations LGBT d’Europe à les y rejoindre, notamment lors d’un séminaire organisé dans le cadre du FSE. L’objectif premier de ce réseau est de populariser les idées anti-globalisation dans les milieux LGBT et vice-versa. Une représentante de l’Inter associative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT) assistait au séminaire florentin en tant qu’observatrice.

Suite à cet appel un constat flagrant peut être fait : même si les femmes en général sont perpétuellement présentes dans la "lutte" anti-mondialisation néo-libérale, les Lesbiennes, comme toutes les femmes radicales, ne sont pas représentées en coalition dans ce mouvement...

Les Femmes/Lesbiennes engagées dans le mouvement anti-mondialisation néo-libérale


En effet on ne peut pas dire qu’il existe véritablement en Europe un réseau idéologique anti-globaliste chez les lesbiennes, bi, gays, transsexuels ou hétérosexuelles, ou alors, très éparpillé dans quelques pays comme le Portugal, l’Espagne (le mouvement des "femmes libres" qui durant la révolution espagnole, fut un exemple classique des femmes anarchistes qui s’organisaient pour défendre leurs libertés fondamentales et créer une société basée sur la liberté des femmes et l’égalité) l’Allemagne, ou le Danemark. Pourtant depuis un certain moment, toutes ces femmes, de plus en plus assidues, cherchent à s’affirmer en tant que tel et à obtenir une représentation propre dans ce mouvement anti-mondialisation néo-libéral...
Par exemple, la Maison des femmes de Copenhague a organisé, je cite : "un espace aux féministes radicales, transsexuels, bi, et/ou hétérosexuelles au centre des activités anti-impérialistes qui auront lieu durant le sommet de Copenhague entre le 13 et le 15 décembre 2002." Leur tâche anti-impérialiste, inclut à la fois la critique de l’impérialisme, et du patriarcat ; car elles reconnaissent le militantisme comme la forme la plus naturelle d’expression dans le mouvement radical de gauche. Elles n’utilisent pas ce terme neutre de "globalisation" pour décrire ces structures impérialistes, car elles veulent dire qu’il faut constamment s’y attaquer, et qu’elles ne croient pas que leur lutte contre l’impérialisme prendra fin par la conclusion du sommet de Copenhague. Pour ces raisons, elles ne souhaitent pas faire partie des mouvements qui sont destinés aux mâles, ni aux masses en général. Leur souhait est de débattre et de montrer comment elles mènent cette lutte anti-impérialiste de leurs places de lesbiennes, transsexuels, bi et hétérosexuelles, et comment elles doivent coordonner au mieux leur combat afin de mettre en exergue les structures sociales d’oppression. Elles vont organiser un espace international d’échange d’idées et d’actions anti-impérialiste en rapport avec le prochain sommet de Copenhague. Cet espace sera ouvert entre le 12 et le 15 décembre dans la Maison des Femmes [1]
Cela ne date pas d’hier ; depuis des lustres, il existe chez les femmes comme chez les lesbiennes un tradition anti-patriarcat mais aussi, fait souvent oublié, anti-capitaliste qui les soudent ; malheureusement ce ne fut pas l’une de leurs plus importantes priorités et elles ont plutôt opté dans un premier temps pour un combat contre le patriarcat, "flambeau" de toutes les Féministes qu’elles soient lesbiennes ou pas... Aujourd’hui, à cause des bouleversements mondiaux, et des différentes révoltes au quotidien des alter-mondialistes où qu’ils soient, certaines s’organisent en groupes ou associations afin de populariser lors d’événements plus ou moins ludiques, une idéologie alternative et en adéquation avec la "nouvelle vague" anti-mondialisation néo-libérale... Comme ce fut le cas cet été à Hunsruck, où le groupe "Greenham common" a réuni quelques milliers de femmes dans un camping sauvage, autour de musiques variées et diverses.
Malheureusement pour toutes, qu’elles soient regroupées ou qu’elles combattent au quotidien, le mouvement gay de ces dernières années s’est focalisé sur des revendications, et des convictions plus en rapport avec leur besoin de reconnaissance et de droits juridiques ; on pourrait dire dans la recherche d’un certain confort social et même s’ils se sentent concernés par la "pensée" alter-mondialiste, ce n’est pas vraiment leur première préoccupation.

Un mouvement en devenir


Malgré tout, en arrière-plan de ces demandes d’ordre "privées", nous voyons ces derniers temps qu’il y a des lieux et des mouvements où la "conception" que tout est imbriqué et qu’il y a des choses à changer dans l’ordre mondial se retrouve clairement, par exemple à Copenhague mais aussi lors du "Pinkandgreen" à Gand, Belgique, où l’approche de l’anti-patriarcat, la notion de genre et de parité était fortement présente, en effet le "People Global Action" y était sans aucun doute source d’inspiration.
C’est en quelque sorte, le réseau à l’origine de "l’anti-mondialisation" ; c’est lui , en effet qui coordonné les actions de la "Battle of Seattle" en 1999 [2] ; c’est, on peut le dire, une coalition internationale anarchiste. Mais ce genre d’actions ne se retrouvent malheureusement pas partout, ce qui fait que toutes celles qui voudraient s’engager ne le peuvent pas encore dans leurs pays, et ont beaucoup de mal même aujourd’hui à l’ère du web et des cellulaires à faire passer l’information.
Par contre dans certains pays, comme chez les femmes néerlandaises, les revendications se précisent, et de plus en plus d’événements les incluent dans leurs programmes [3]. Ces "groupuscules" arrivent quand même à affirmer leurs engagements et à militer sans contrefaçon contre la mondialisation néo-libérale ; je pense essentiellement au mouvement Queers qui s’implique régulièrement dans la recherche du bien fondé, en particulier en ce moment, vu les événements mondiaux.
Les médias/les sites alternatifs sont leur moyen de communication. On y retrouve des articles et des discours contre la guerre à l’heure actuelle, notamment celui de Leslie Feinberg, qui répond à Washington dans "Agissez maintenant pour stopper la guerre et détruire le racisme", et explique pourquoi la guerre contre l’Iraq n’est pas une solution pour les queers, mais une preuve flagrante du racisme et de la xénophobie omniprésents dans le monde actuel [4].
En attendant la collusion européenne des femmes et des lesbiennes dans ce combat, d’autres réseaux beaucoup plus importants existent déjà aux États-Unis, en Australie, et au Brésil. On peut dire qu’ils font régulièrement parler d’eux ; je pense notamment aux queers et au "vegans" qui sont représentés dans les plus grandes manifestations de leur pays ( Brésil, Australie…) [5]

Radicales ? Pourquoi pas ?

Là ou le bât blesse, c’est que même si la lutte anti-patriarcat est la "notion" commune à toutes, les implications politiques ne sont pas les mêmes pour toutes. Peut-être est-ce en effet l’une des raisons pour lesquelles c’est si difficile en Europe ? - mais si c’est le cas, c’est incompréhensible. Effectivement on peut dire que le mouvement alter-mondialiste européen est essentiellement dominé par l’extrême gauche traditionnelle, alors qu’ailleurs tous les autres courants politiques sont représentés chez les queer ou vegans. Pourquoi pendant que certaines vivent dans "l’opulence" et ne se bougent pas, d’autres sont beaucoup plus actives, plus nombreuses et pourtant meurent à cause de leur implication dans la lutte syndicale ?
Les Etats-Unis ont aussi ouvert la voie à l’Europe avec cette nouvelle notion "d’écoféminisme", plaçant l’exploitation de la femme comme exploitation de toutes les fonctions naturelles. Cette pensée est représentée essentiellement là-bas par Starhawk, fervente écoféministe activiste, qui prône les énergies terrestres et cosmiques pour l’amélioration des conflits mondiaux, lutte pour la notion de genre depuis bien longtemps, et en ce moment contre la guerre en Iraq [6]
Si l’on veut que l’implication des femmes dans le mouvement alter-mondialiste soit plus "puissant" [7], il faudrait avoir une autre conception des choses - et pourquoi ne pas créer une coalition plus forte et plus structurée, certaines diraient "les gouines rouges", comme la couleur de l’anarchie, un groupe basé sur l’annihilation de la notion de genre, qui bâtirait des liens plus solides entre capitalisme, patriarcat et exploitation pour mieux les détruire, bien entendu la notion d’écoféminisme serait aussi à maintenir en montrant bien la place de l’exploitation de la femme dans un contexte plus large de "mécanisation et d’abus" de toutes fonctions naturelles.
S’il y avait un appel à faire, il faudrait y souligner que la longue expérience des combats de femmes en tant que tel, où bien entendu les lesbiennes n’ont jamais été absentes mais au contraire un fort soutien dans l’ombre, est et pourrait encore plus être un apport utile dans les réunions de "gauche", la recherche de ces femmes depuis des siècles n’est pas une connaissance négligeable et il faudrait en faire état plus souvent.

Un laboratoire pour de nouveaux rapports sociaux


En cela le concept même des relations sociales est à repenser, et à améliorer ; en sachant que les relations sociales établies dans la résistance sont l’engrais des relations sociales du futur, on y apprend et on y crée des habitudes et des règles plus sûres et plus fondées.
C’est là, dans ce contexte actif et "révolutionnaire" qu’il faut dénoncer les discriminations, les hiérarchies, les traquer et les faire disparaître pour le bien être de toutes et tous.
J’aurais pu citer Bakounine : "Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres, de sorte que plus nombreux sont les personnes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient la mienne.", mais il y a tant de femmes qui ont dit la même chose bien avant ; la Communarde Louise Michel, Voltairine de Cleyre et l’infatigable championne de la liberté des femmes Emma Goldman dans "Anarchism and Other Essays" ; Mary Wollstonecraft (auteur de A Vindication of the Rights of Woman)...
Emma Goldman : "Son développement, sa liberté et son indépendance doivent venir d’elle et passer par elle. Tout d’abord en s’affirmant comme une personne, et non pas comme un jouet sexuel. Ensuite, en refusant à quiconque le droit de disposer de son corps, en refusant de porter des enfants sauf si elle les désire, en refusant d’être une servante de Dieu, de l’État, de la société, de son mari, de sa famille… en rendant sa vie plus simple, mais plus profonde et plus riche. C’est-à-dire en essayant d’apprendre le sens et la substance de la vie dans toute sa complexité et en se libérant de la peur de l’opinion et de l’opprobre public. "

P.-S.

Véronique Crépin - novembre 2002

Notes

[1] Contacter : Women house - Gothersgade 37 - 1123 Kbh - Copenhague. womenshouse@yahoo.com et www.direkteaktion.dk/antiimperialism/.

[2] Voir : http://www.observer.co.uk/global/story/0,10786,525093,00.html.

[3] Par exemple, Journée Lesbienne à Gand : un programme varié, composé de débats et colloques ; musiques ; danses ; ateliers. Infos : Anke Hintjens, Woordvoerster Federatie Werkgroepen Homoseksualiteit Kammerstraat 22 9000 Gent 09/223 69 29. anke.hintjens@fwh.be et www.fwh.be.

[4] Article sur indymedia Belgique. Voir aussi sur http://www.transgenderwarrior.org une coalition queer qui a pris place dans l’anarchie néerlandaise ( http://www.anarchie.be/infomania/programma.php?thema=4). Pour ce qui est du mouvement queer en lui-même, une très bonne référence : Judith Butler, "The gender trouble" sur http://www.colorado.edu/English/ENGL2012Klages/butler.html.

[5] Voir par exemple l’article "Gouines et vegans" à Sydney, Australie : http://sydney.indymedia.org/front.php3?article_id=22779.

[6] Voir son site alternatif : http://www.starhawk.org/.

[7] Bien qu’il se développe de plus en plus : les exemples en sont nombreux sur le site : http://www.infoshop.org/fr/afem_kiosk.html - dont celui d’une jeune anarchiste de 15 ans aux EU qui portait un t-shirt contre la guerre en Afghanistan et qui s’est fait renvoyer en voulant créer au sein de son école une ligue anarchiste...

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