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La violence contre les femmes vue à travers le discours cinématographique

jeudi 26 décembre 2002, par Yanina

Dans le cadre du congrès "Médias et Violence de genre" qui s’est déroulé à Seville en octobre 2002, des femmes cinéastes abordèrent la question du discours cinématographique... devant un public presque exclusivement féminin.

Dénonçant les clichés et la fréquence de la violence qui est montrée dans les films, violence exercée par des hommes sur des femmes mais aussi par des femmes sur des hommes, Josefina Molina, créatrice de films souligne le lien entre le cinéma et la société. Si les films se veulent souvent le reflet d’une réalité sociale, ils sont aussi porteurs d’une mise en scène de cette société, qui a un impact certain sur le public.
Or, contrairement aux idées reçues, on ne « naît » pas violent : les médecins ont montré que seul 20 % d’un comportement violent est imputable à des causes génétiques. Il y a donc un processus d’accoutumance à la violence dont le cinéma peut être porteur, ce dont on ne peut être que convaincu quand on songe à l’importance du public- souvent jeune et donc d’autant plus influençable- touché par la télévision. Hors, la télévision nous offre quotidiennement le spectacle de cette violence, violence-fiction dans les films mais violence réelle au journal télévisé. Ainsi, sont à la fois dénoncés et banalisés des actes de violence envers les femmes, allant parfois jusqu’à l’assassinat (l’an dernier 60 femmes sont mortes sous les coups de leur mari, mais aussi 11 hommes sous ceux de leur femme).

Un "sujet" occulté

Cette violence est en réalité l’expression d’un déséquilibre, de l’exercice du pouvoir d’un individu sur un autre. A titre d’exemple, on peut détailler le dernier film de Pedro Almodovar, Parle avec elle. Bien que Josefina Molina en fasse les louanges, elle explique qu’il a également provoqué chez elle un certain malaise : la femme y est présentée comme un être délicat et passif, qu’il faut violer pour que la vie continue d’être, dans un acte d’amour aussi fou que sublime. Ainsi, le film paraît dire que seule une femme-légume peut inspirer la passion.
Pour deuxième illustration de son propos, la cinéaste a proposé une projection du court métrage Amores que matan, aussi original que saisissant. Le problème y est évoqué par l’autre bout, celui de l’agresseur. Il évoque la fiction d’un centre de réhabilitation dans lequel des hommes à comportement violent viendraient trouver une aide pour résoudre leur problème (Pour ne donner qu’un chiffre on rappellera que 2 millions de femmes sont battues par leur conjoint dans la seule Espagne).
Les agresseurs ne sont cependant pas les victimes ajoute Pilar Tavora, une autre créatrice cinématographique. La société a tendance à trouver des excuses aux hommes coupables de violence envers leur femme, et à nier cette souffrance en même temps qu’elle l’explique. De nombreuses femmes sont victimes, au sein de la cellule familiale, de violences infligées par leur père, un frère, ou un oncle, sans que personne n’en sache jamais rien. Et que malgré le fait que ce type de situation soit très répandu, il n’est que très peu évoqué, comme si notre société voulait l’occulter. Seules les femmes ou presque se sentent concernées par le sujet, et un bref regard sur l’assistance force bien chacun des auditeurs à reconnaître que ce jour là encore, le public est essentiellement féminin.
Un autre exemple, Mujeres rotas, film de Pilar Tavora sur les violences sexuelles au sein de la famille. Basé sur des témoignages de victimes, ce documentaire fut l’une des expériences les plus fortes qui lui aient été donné à vivre : le film relevait presque de la fiction tant les récits des victimes étaient poignants et inimaginables pour des gens qui n’avaient pas vécu de souffrances pareilles. Hors ce film ne trouva pas de producteur (le monde des producteurs est essentiellement masculin) prêt à investir pour sa diffusion. Ce n’est qu’au bout d’un an qu’une chaîne de diffusion accepta de le diffuser, sans aucune publicité, à 1h30 du matin, et à une date qui correspondait à une fête de la femme et c’est ainsi que la répercussion de ce travail sur la société fut pour ainsi dire nulle.
Pour conclure, Virginia Guarinos, professeur à l’université de communication et d’audiovisuel souligne l’importance de la television d’autant plus que les femmes espagnoles sortent assez peu de leur pays, et que par conséquent la seule image extérieure qu’elles puissent avoir de leur condition est celle transmise par les moyens de communication. Hors si ces derniers se font les reflets quotidiens de scènes de violence, cette violence n’est que rarement exercée à l’encontre des femmes, comme si ces dernières n’étaient jamais concernées. En fait tout se passe comme si en ce domaine les femmes appartenaient à un univers hors de l’histoire : la violence qui nous est donnée à voir n’est pas une affaire de sexe. Et quand la violence envers (ou commises par) les femmes est effectivement évoquée, c’est sous la forme de sous entendus. Les schémas narratifs sont encore marqués par le patriaract, les canons préétablis sont masculins. Seuls de modèles de femmes nous sont proposés : la femme sublime ou la femme humiliée ; la femme parfaite, objet du fantasme des hommes ou la femme dépreciée. Or le cinéma est considéré avant tout par le public comme un divertissement, le cinéma donne à voir et requiert une attitude passive du spectateur , bien qu’il existe une catégories de films-témoignages.
Et pour retomber sur nos pieds, reprenons l’exemple des films de Pedro Almodovar : loin d’en vouloir à celui qui commet de violences envers les femmes, il nous ferait presque rire.

P.-S.

Séverine Schrameck

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