Accueil du site > autres > Contribution au débat pour la reconstruction politique de l’abolitionnisme (...)

Contribution au débat pour la reconstruction politique de l’abolitionnisme féministe - II

jeudi 31 octobre 2002, par Dominique Foufelle

Lettre ouverte au Collectif national pour les droits des femmes (suite)

Deuxième paragraphe
Vous écrivez que "vous travaillez à des stratégies et des actions qui à la fois combattent l’exploitation et l’oppression que subissent les femmes en situation de prostitution et nous fassent avancer vers une société sans prostitution".
Là encore, quelques remarques :

6 - Sur la référence au "travail à des stratégies et des actions qui combattent [l’exploitation et l’oppression….]"
J’aurais souhaité, dans le cadre d’un projet politique abolitionniste féministe, que vous écriviez : "Nous combattons [le système prostitutionnel…]". Ou plutôt, plus justement encore : " Nous voulons la suppression, l’abolition du système prostitutionnel..."

7 - Sur "l’exploitation et l’oppression [subie par les femmes]"
Dans le cadre d’une analyse se référant au "système patriarcal", le terme employé aurait dû être celui de "domination" (masculine) - qui renvoie "au fait, à l’acte de dominer" - et non pas celui d’"oppression"- qui renvoie à "l’état de la personne ’opprimée".
Par ailleurs, vous ne pouvez mettre au même niveau - tout en les dissociant - "l’exploitation et l’oppression"…..[que subissent les femmes en situation de prostitution]. Car ces deux termes ne sont pas synonymes. Plus encore, l’emploi de l’un ou de l’autre est lourd de sens. Si l’"oppression" peut se référer au système patriarcal, le terme d’"exploitation" se réfère historiquement essentiellement à la critique du système capitaliste. Aussi, en employant, à l’équivalence, ces deux termes, vous ne pouvez dissocier théoriquement entre la vente de sa force de travail - auquel se réfère le concept d’"exploitation" et le principe d’un droit d’accès au sexe même de la personne que permet, seul, celui d’"oppression". Dès lors, en les assimilant, vous contribuez à leur banalisation et à terme, vous créez les conditions de la suppression de celui, qui, pour les défenseurs du système prostitutionnel, est rédhibitoire, à savoir "l’oppression".
Vous savez en outre que les tenants du système prostitutionnel - là encore, de manière théoriquement absurde et politiquement scandaleuse - refusent justement cette distinction entre "le corps" et "la force de travail". Plus encore, l’emploi du terme d’"exploitation" ne les gêne pas. Outre le fait que ce terme peut être entendu dans le sens de "mise en valeur", faire référence à l’"exploitation" des personnes prostituées est le passage théorique obligé pour faire disparaître et l’oppression et donc ipso facto les violences propres à l’oppression. Il permet alors de remplacer la réalité du système patriarcal fondé sur la domination d’un sexe sur l’autre, par la prise en compte des seules conditions dans lesquelles les personnes prostituées sont "exploitées". Dès lors, autour du même terme unifiant d’"exploitation", l’analogie entre l’exploitation sexuelle dans la prostitution et l’exploitation salariée dans le capitalisme peut être faite. Et, par ce glissement de termes, la prostitution peut devenir un "travail" comme un autre.
A cet égard , l’emploi de plus en plus fréquent du terme de "services sexuels" par les partisans de la légitimation du système prostitutionnel, doit être pensé comme une alternative. Il a en effet le mérite de permettre une assimilation aux "services domestiques" gratuits. Et sans doute aussi d’évacuer la question, si gênante, du droit d’usage des corps.

8 - Sur la référence aux "femmes"
Aucune "stratégie" ni "action", aucune "analyse" même - dans ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs - ne peut simplement, ni même principalement, concerner les "femmes", quelle que soient leur "situation". Car à ne se focaliser que sur un sexe, il est impossible de poser les relations entre dominants et dominée-es, de penser les rapports de pouvoirs qui fondent le système comme de poser les responsabilités des dominants.
On ne peut pas plus penser, analyser, historiciser le système patriarcal, prostitutionnel, par la focalisation du regard sur "les femmes" que le système esclavagiste par les esclaves, le système capitaliste par les ouvriers, le système de l’apartheid par les Noirs, le système colonialiste par les colonisé-es.
Ainsi, à se focaliser sur les seules "femmes", vous ne traitez pas des conditions politiques qui produisent cette "catégorie".
Or, si depuis des siècles, de manière hégémonique écrasante dans le monde actuel, les hommes accaparent encore la quasi-totalité des pouvoirs politiques, symboliques, économiques…, si les femmes sont encore, de ce fait, désappropriées du pouvoir sur leurs sexes et sur leurs corps, nous devons donc nous référer à des analyses en termes de systèmes de dominations [25]. Que la seule référence "aux femmes" interdit.
Poser l’analyse du système prostitutionnel comme relevant d’un système de domination patriarcale est donc un préalable à toute analyse. Et dans ce cadre, l’analyse doit porter d’abord sur ceux qui créent les conditions qui "produisent" les structures économiques, politiques, légales, sociales, adéquates à la permanence de leur domination, ceux qui en sont responsables, qui en vivent, qui en tirent un profit, ceux pour lesquels il existe. Or, vous n’intégrez dans votre analyse, ni les hommes, ni les Etats, et - en ce qui concerne plus précisément le système prostitutionnel - ni des proxénètes, des clients. Aucun de ces termes n’est prononcé.
Je me permet ici de rappeler que l’analyse d’un système de domination n’est pas binaire. Alors que nous savons que des hommes sont aussi prostitués par et pour d’autres hommes, des femmes peuvent être, aussi, mères maquerelles [26], clientes d’hommes prostituées. Tandis que des hommes et des femmes peuvent être policier-ères, magistrat-es, ministres. Affirmer ces évidences, n’invalide pas, pour autant, la réalité du système de domination : l’analyse doit seulement être complexifiée.
J’aurais donc pour ma part préféré lire au lieu et place de : "Nous travaillons à des stratégies et des actions qui à la fois combattent l’exploitation et l’oppression que subissent les femmes en situation de prostitution" lire : "Nous voulons nous battre pour la création d’un monde libéré de toute domination masculine et donc de tout rapport marchand prostitutionnel".

9 - Sur l’expression : "personne en situation de prostitution"
Je considère qu’elle est dangereuse car elle permet - notamment devant des tribunaux - la création d’une nouvelle jurisprudence qui définirait sélectivement le terme de "situation", terme qui par ailleurs se rapproche dangereusement de celui de "statut". Et qui, donc, ferait encore un peu plus disparaître la définition même de la qualité de "victime" du système prostitutionnel, à savoir la personne prostituée elle-même.

10 - Sur l’expression : "avancer vers une société sans prostitution où la sexualité , sous toutes ses formes, serait vécue dans la liberté, le bonheur , l’égalité"
Là encore, cette formulation doit être déconstruite.
a) "vivre" […] la sexualité sous toutes ses formes"[…..]
Au-delà de la maladresse - pour le moins - de la formulation, les limites posées à la sexualité de chacun-e dans un projet abolitionniste doivent être explicitement posées : par le rappel au droit, par l’intégration des critiques féministes en la matière et sans jamais oublier que la codification par le droit de la domination masculine est toujours le référent juridique et politique de la France de l’an 2002.
Par ailleurs, faire référence au "vécu" - qui renvoie à la subjectivité de chacun-e - est antinomique avec le principe même du Droit qui lui est censé poser des principes valables pour tous et toutes ; notamment concernant les limites et les interdits posées aux relations sexuelles entre les êtres. b) "dans la liberté, le bonheur, l’égalité"
Les débats autour de ces termes sont aussi vieux que l’histoire de l’humanité et sont donc porteurs d’une multiplicité d’interprétations ; ils ne peuvent donc être utilisés pour définir notre avenir.
Mais ce qui est sûr, c’est que les hommes et les femmes n’en ont pas la même perception de ces termes. Tant s’en faut. Pendant des siècles, et c’est encore vrai aujourd’hui, ce qui était défini comme relevant du "bonheur" et de la "liberté" des hommes n’était aussi rendu possible que par le malheur et le sacrifice des femmes. Notamment des femmes prostituées. c) Sur : "la sexualité"
Je ne sais pas ce que signifie : "la sexualité".
Peut-on en effet dissocier la personne de "sa" sexualité ? Je ne le pense pas.
Peut-on isoler la sexualité d’une personne de son rapport aux autres, à l’autre, au monde ? Sûrement pas.
Je me demande donc si le simple fait de parler de "sexualité", en soi, ne serait pas la première des manifestations de la déshumanisation que nous dénonçons concernant le système prostitutionnel. Car cela pourrait signifier que la sexualité serait "extérieure" à l’individu-e, que l’on pourrait faire abstraction de la personne elle-même, et donc de son rapport à l’autre, aux autres, eux aussi, alors, déshumanisés.
La critique féministe des impositions sexuelles masculines dominantes implique donc sans doute de remettre en cause l’usage sans plus de précautions du mot : sexualité. Celui-ci n’interdit-il pas - ou a tout le moins, ne rend-t-il pas extrêmement difficile la pensée préalable de la construction des liens entre les personnes sexuées, l’histoire et le monde ?
Celui-ce permet-il de comprendre comment et pourquoi une différence biologique - la différence de sexes - a justifié des assignations différenciées, politiquement construites, à chacun d’entre eux ?
Celui-ci permet-il de s’interroger sur la place à accorder au sexe des hommes comme arme de la violence patriarcale ?
Celui-ci permet-il de justement historiciser la si récente et si fragile revendication des femmes au plaisir sexuel ? Je ne le pense pas.

Quant à l’expression que vous employez "nous faire avancer" [vers une société sans prostitution"], le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’engage pas à pas grand-chose, pour ne pas dire à rien, qu’elle est bien frileuse et que nous sommes loin de la revendication de "changer le monde".

Troisième paragraphe
Vous écrivez : "De plus, nous estimons que le système prostitutionnel n’est pas un monde à part, que les femmes prostituées peuvent être toutes les femmes, et que la "question de la prostitution" a été trop longtemps laissée en marge des luttes féministes, antisexistes et des mouvements sociaux : or cette exploitation dans la prostitution est liée par de multiples liens à la précarité et à la pauvreté des femmes, à la violence contre les femmes et les enfants, aux représentations et à l’éducation sexistes, à la situation faite aux migrantes sans papiers, à la mondialisation capitaliste et au néolibéralisme qui fait de tout une marchandise".

11 - Sur l’expression "l’exploitation dans la prostitution"
Je refuse, dans la suite du raisonnement (évoqué & 7) que cette expression , ici seule employée, soit utilisée pour analyser le système prostitutionnel. Se référer théoriquement à la seule exploitation - fut-elle explicitée comme "sexuelle" - c’est en effet, s’interdire toute critique fondamentale du système prostitutionnel lui-même . Le fait que vous écriviez même : l’exploitation "dans la prostitution" est clair : il ne s’agit pas d’une critique du système lui-même .

12 - Sur la phrase :"la question de la prostitution a trop longtemps été laissée en marge des luttes féministes, anti-sexistes et des mouvements sociaux"
Il n’est historiquement pas juste - il est même grave - d’écrire ceci. Vous opérez ainsi un déni de l’histoire ancestrale de l’abolitionnisme, dont les femmes ont été les personnages les plus marquants. En outre, la question pourtant politiquement fondamentale des liens théoriques, historiques au sein de l’abolitionnisme entre les féministes et les courants, notamment religieux, conservateurs [27] ne peut dès lors être traitée, ni donc dépassée.
En faisant par ailleurs une analogie entre les "luttes féministes" et les autres "mouvements sociaux", vous participez à la négation de la spécificité, de la diversité et des bouleversements, notamment politiques et théoriques, si fondamentaux pour nos sociétés, des féministes.
Plus encore, vous isolez les "luttes féministes" non seulement des "mouvements sociaux" mais aussi des "luttes anti-sexistes". Vous désappropriez ainsi le mouvement féministe de l’anti-sexisme, tout en ouvrant la voie à la possibilité politique d’un anti-sexisme qui ne soit pas féministe.

13-Sur les "liens" entre cette "exploitation dans la prostitution" et "la précarité et la pauvreté des femmes, la violence contre les femmes et les enfants, aux représentations et à l’éducation sexistes, la situation faite aux migrants sans papiers, à la mondialisation capitaliste et au néolibéralisme qui fait de tout une marchandise".
Même si les termes employés à l’ONU ne sont pas tous les vôtres - la référence à "la mondialisation capitaliste et au néolibéralisme qui fait de tout une marchandise" n’en fait pas partie - nombre de ces expressions se retrouvent dans les documents de l’ONU [28] qui a usé et abusé de ces analogies fondées sur de seuls - pseudo - constats, mêlant indistinctement causes et effets.
Sans principe de référence premier, sans hiérarchies de valeurs et d’analyse, aucune analyse ne peut être faite, aucune contradiction ne peut être posée.
a) Sur le lien entre "l’exploitation dans la prostitution" et la "précarité et la pauvreté des femmes".
Je voudrais attirer votre attention du grand danger des liens entre "système prostitutionnel" et "précarité et pauvreté". Expliquer la prostitution par la pauvreté, et/ou par la nature du contrat de travail et/ou du mode de vie, c’est l’expliquer par l’économique et c’est la raison qui explique pourquoi cette analyse est dominante à l’ONU. Cette pseudo explication légitime le discours libéral : L’ "Enrichissez-vous !" de Guizot peut s’avérer être proposé comme une solution à la question-de-la-prostitution. J’ai même souvent entendu poser les liens entre "prostitution" et la création d’entreprises par les femmes.
La "précarité", "la pauvreté" ne sont pas des "causes", mais, au mieux, des conséquences de multiples facteurs. Le seul emploi de ces termes évacue en outre la question du "Pourquoi" ?
* Pourquoi seraient-ce les femmes pauvres et/ou précaires et non les hommes pauvres et/ou précaires qui deviendraient, dans l’immense majorité des cas, des personnes prostituées ?
* Pourquoi, avec quel argent, des hommes vivant dans des sociétés dites pauvres peuvent acheter l’"accès" aux corps des femmes dites "prostituées" ?
* Pourquoi, avec quel argent, des hommes peuvent d’acheter, échanger, violer des femmes afin de les mettre sur "le trottoir" ou dans des bordels ?
* Pourquoi une femme est-elle rémunérée pour être pénétrée par des sexes d’hommes et pourquoi ne l’est-elle pas pour élever ses enfants ?
* Pourquoi une femme gagne-t-elle plus d’argent à être avilie par des hommes qu’à travailler, lutter pour l’avenir d’un monde libéré du règne du patriarcat et de la marchandise ?
Je me permets de donner ici un début de réponse. Parce que le système patriarcal :
* est le seul système qui unit les hommes du monde entier.
* a légitimé - ou a cru pouvoir le faire - le système prostitutionnel par la rémunération marchande, faute d’avoir pu théoriquement justifier sa violence intrinsèque. A cet égard , on ne dira jamais assez que les femmes - par définition même - ne perçoivent qu’une infime part des revenus de l’échange dont elles sont les objets.
* a naturalisé la maternité pour mieux contrôler les conditions de sa reproduction, tout en assignant d’autres êtres humains à avoir - sous couvert de plaisir - pour principale fonction de réassurer les hommes dans leur bon droit à dominer les femmes. Sans souci donc de l’avilissement auquel il les soumet quotidiennement.
Ce sont donc certaines des raisons qui expliquent l’absolue nécessité d’empêcher la prise de parole des féministes. Car elles seules mettent à nu les fondements patriarcaux de la Démocratie, de la République et des si bien nommés "Droits de l’homme". Les attaques incessantes, haineuses contre les féministes en France qui s’aggravent tous les jours - et le silence justificateur qui les accompagne - resteront à jamais une honte pour ce pays [29].
En tout état de cause, établir des liens entre pauvreté et prostitution, c’est évacuer la question de la domination politique patriarcale et économique marchande sur les sexes et sur les corps. C’est s’interdire de dénoncer le fait que la croissance des pays riches - la nôtre - se fait "sur le dos" des femmes des pays pauvres, en tout état de cause, moins riches que le nôtre [30].
b) Sur le lien entre "l’exploitation dans la prostitution" et les "représentations et l’éducation sexiste"
Outre le fait que le sexisme en lui-même n’est pas cité, la nature de ces liens n’est pas explicitée. En outre, la pornographie n’est même pas évoquée.
c) Sur le lien entre "l’exploitation de la prostitution" et "la violence contre les femmes et les enfants"
Outre l’usage, déjà critiqué, du mot "violence", au singulier, cette formulation pose comme évident le lien entre "femmes" et "enfants". En les englobant dans une communauté de statut, faute d’analyse plus poussée, on risque fort de les intégrer à une communauté de destin. En effet, si un lien peut être fait entre "les femmes et les enfants", cela ne peut l’être que dans le cadre d’une analyse sur le pouvoir des pères de familles sur eux dans le cadre de la famille patriarcale [31]. En outre, seule une analyse féministe peut permettre de comprendre qu’au sein de la catégorie "enfants", seuls les garçons acquièrent à leur majorité un statut de citoyen. Quant aux filles, devenues femmes, elles restent régies au long de leur vie par les modalités de contrôle étatique et masculin des différents droits d’usage de leurs sexes, de leurs corps, et donc de leur identité.
d) Sur le lien entre : "l’exploitation dans la prostitution" et " la situation faite aux migrantes sans papiers"
Poser ce lien, en soi, se contente d’attirer l’attention sur l’existence d’un problème, non défini par ailleurs. Il isole, en outre, la question du statut des "migrantes sans papiers" de celles des hommes migrants sans papiers, sans spécifier où réside la différence. Il ne spécifie pas non plus au sein de la catégorie "migrantes sans papiers" ce qui serait spécifique - ou non - aux "migrantes sans papiers" prostituées et/ou assignées à l’être.
Il ne traite pas non plus de la question si fondamentale des liens entre les migrations et la mobilité de la force de travail, qu’une fraction importante du capitalisme demande.
Il ne pose pas non plus la question des liens entre les dites migrations et les politiques qui traient de "la traite" et/ou du "trafic des êtres humains".
e) Sur "la mondialisation capitaliste et au néo-libéralisme qui fait de tout une marchandise"
Je suis sur ce constat d’accord avec vous. Mais alors, il me semble qu’il faille en tirer clairement les conclusions : exiger de tous les partis, associations, syndicats critiques de la mondialisation libérale de poser au premier rang de leur programme - car elle est la plus fondamentale - la critique de la mise sur le marché des sexes et des corps et leur transformation en "marchandise".

4 ème paragraphe
C’est donc sur ces "bases" politiques que les personnes étaient invitées à la réunion du 24 septembre.
Vous écrivez en effet : "C’est pourquoi nous invitons à une réunion toutes celles et tous ceux, en accord avec les bases définies ci-dessus, engagées dans divers mouvements et associations, pour mettre en commun et confronter nos réflexions et prendre ensemble des initiatives. Il serait important de savoir notamment comment chacun et chacune, chaque mouvement et association, dans le cadre de ses préoccupations particulières, peut appréhender ce sujet et l’inclure dans ses activités".

14 - Sur les conditions de l’invitation à la réunion du 24 septembre
À la lecture des formulations sus employées : "préoccupations particulières, "appréhender ce sujet", "inclure dans ses activités", celles-ci me sont apparues comme relevant d’une réelle euphémisation de la gravité des questions politiques devant être abordées, comme d’une sous-estimation de l’importance des enjeux posés par les divers choix politiques en la matière.
Ces formulations pourraient aussi signifier que, sur les nouvelles bases que vous avez posées, les débats, les prises de position qui ont fracturé certains partis, groupes, associations pourraient être considérés comme clos. La possibilité pour certain-es d’éviter de traiter les débats de fond qui les ont traversés et qui les traversent toujours pouvait peut ainsi leur être offerte. Je pense plus particulièrement aux Vert-es, compte tenu de la gravité des oppositions publiques en leur sein, même si ceux-ci n’ont pas le monopole de ces si radicales oppositions internes.
J’ai noté en outre qu’il n’est question que de "savoir" ce que chacun fait.
La question politique essentielle ici posée de savoir quelle est la valeur de l’engagement d’un ou d’une membre du Collectif droits des femmes par rapport à celui du parti et/ou de l’association qu’il ou elle est censé représenter, doit être posée et résolue. Une Verte, une socialiste, un membre d’Attac, d’Amnesty, une libertaire engage-t-elle ou non son parti et ou son association en adhérant à la politique du Collectif ? Si la réponse est négative, quelle est-elle alors ?
Il ne faudrait pas en tout cas que la position du Collectif puisse permettre de faire l’économie de prises de positions et/ou contribuer à masquer les oppositions internes.
En tout état de cause, le projet tel que présenté aux partis, aux mouvements, syndicats, aux associations, comme aux individu-es, ne leur demandait ni de se remettre en cause, ni de comprendre les raisons de leur silence et/ou de leurs oppositions, ni même ne semblait en prévoir l’éventualité. Aucun bouleversement des structures, ni de l’idéologie qui les animait jusqu’alors ne semblait devoir être mis à l’ordre du jour. Et aucune question des raisons de leur silence - alors que ces politiques sont progressivement appliquées depuis plus de quinze ans - n’était non plus posée.
Dernier point : une position abolitionniste féministe ne peut en aucun cas être le plus petit dénominateur commun de diverses positions.

Suite de l’article

Notes

[25] La différence -et elle est de taille - dans l’analyse de ces divers systèmes de domination est qu’un seul relève encore, pour l’immense majorité de la population de la planète, encore et toujours, de l’évidence (du bon droit des hommes à dominer) : le système patriarcal. Il est ainsi "le plus vieux système d’oppression au monde ". J’emprunte cette formulation, qu’elle avait employé concernant "la prostitution", à Annie Segura Alquier.

[26] Il faut ici dire que pour la loi française, avant 1946, seules des femmes avaient le droit d’être patronnes de bordels. Les hommes en étaient formellement exclus.

[27] Cette diversité composite des courants s’étant rejoints au sein de l’abolitionnisme se manifeste notamment dans le passage suivant du préambule de la convention de 1949 : "La prostitution et le mal qui l’accompagne à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution [...] mettent en danger le bien être de l’individu, de la famille et de la communauté". (Souligné par moi)

[28] ONU, dont les féministes oublient si souvent qu’elle est une institution représentant les gouvernements. A leur décharge, elles ne sont pas les seules.

[29] Le sous-titre du courrier des lecteurs (sic) du Monde Télévision en date du 12 octobre : "Alonso au bûcher" - pour présenter un texte qui relevait d’une analyse des propos d’Isabelle Alonso - est une incitation au meurtre, dont Le Monde est moralement, politiquement pénalement responsable. C’est, dans le contexte d’attaques de presse incessantes concernant la Présidente des Chiennes de garde , faire d’elle une cible, nommément citée, jetée à la vindicte populaire.

[30] Il n’est pas fréquent, dans les analyses tentant d’expliquer la haine de l’Occident et les attentats actuels qui en sont l’expression et la manifestation, de s’interroger, sur l’"usage" que les hommes des pays riches, "chez eux" comme partout ailleurs dans le monde, font des femmes des pays dominés. Et pourtant…

[31] Cf., l’article 16, & 3 de la déclaration dite "universelle" des droits de l’homme : "La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’Etat".

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0