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Homophobie...peur de soi même ?

jeudi 31 octobre 2002, par Josefina Gamboa

Le terme « homosexuel » est assez récent à en lire les écrits de Marie-Jo Bonnet : « En 1869, Karoly Maria Benkert, (...), emploie pour la première fois le mot « homosexuel » dans une lettre ouverte au ministre allemand de la Justice, Leonard, écrite dans le but de supprimer de la législation pénale le paragraphe 143 réprimant les relations sexuelles entre hommes » [1]. Auparavant, on utilisait des termes tels que « sodomite », « pédéraste », ou tout autre mot péjoratif désignant des relations considérés « contre nature ».

Quant aux femmes, ce sont les mots « tribadisme », « lesbianisme », qui ont qualifiés leurs relations des siècles durant. Jusqu’au XXème siècle, les lesbiennes ont bénéficié d’une certaine indulgence, on parlait davantage de « tendre amitié » pour évoquer les relations de deux femmes entre elles. Seuls la pénétration et le pénis ayant une valeur, les lesbiennes ont souvent échappé aux législations anti homosexuelles et d’une fa« on générale à une partie des préjugés discriminatoires de l’opinion commune ( même si des générations d’hommes de lettres, d’érudits, de médecins et plus récemment de psychiatres se sont évertués à condamner les plaisirs clitoridiens et à édicter des normes sexuelles). Cependant, il ne faut pas oublier qu’en tant que femmes, et comme toutes les autres, leur statut et leurs libertés étaient limités.
A la fin du XIXe, les psychiatres, bien occupés à mettre au jour la pathologie sexuelle, théorisent « l’homosexualité » et vont reprendre des termes issus de la médecine officielle, tombés en désuétude au fur et à mesure des recherches. Un exemple : le discours sur le « clitorisme », mis en place à la moitié du XVIIe, sera développé par le Dr. Fournier [2], mais abandonné le temps où les artisans de l’ordre moral quittèrent le terrain des maladies physiques pour trouver un nouveau débouché à leurs envies castratrices dans les maladies mentales.

Homosexualité, pedophilie

La totalité des ignominies, des théories élaborées (sans aucun doute, finalement par des frustrés, des fabricants de morales, des partisans du conditionnement humain ...) n’ont heureusement pas traversé les siècles jusqu’ à nous, les démonstrations scientifiques et le ridicule en ayant anéanti bon nombre !
Cependant, il est des convictions homophobes qui tiennent encore aujourd’hui et qui prennent racines, il y a plus de 2 000 ans. Je pense ici plus particulièrement à l’association homosexualité-pédophilie.
Cet amalgame tient ses origines de la Grèce antique où les jeunes (plutôt les nobles), considérés comme disciples, avaient un maître chargé de leur éducation. Les relations « éraste-éromènes » comportaient également l’apprentissage de la sexualité. Ceci-dit, une fois le jeune devenu mâture, plus question de revoir son maître. D’ailleurs, en Grèce, ce sont surtout les philosophes qui ont encensé l’homosexualité ( comme tremplin vers l’amour pur, dématérialisé), alors que pour le reste, elle était communément condamnée en dehors des relations initiatiques d’un éraste avec un éromène.
Il est fort à parier que ceux qui entretiennent l’amalgame aujourd’hui entre homosexualité et pédophilie (sous la grande catégorie du « contre Nature »), n’en connaissent même pas l’origine et ne peuvent pas non plus expliquer rationnellement pourquoi ils le véhiculent. On peut aussi se demander si ces homophobes-là ont un cerveau (ou s’ils en font usage) puisque 90% des affaires récentes de pédophilie ont concerné des hétérosexuels (conclusion ?).
Au passage, je ferais remarquer que pour bon nombre de gens « l’homosexuel pédophile » est forcément un homme, ce qui sous-entend que seuls les petits gar« ons sont victimes de pédophilie, ce qui, loin de la vérité, est en plus implicitement misogyne (les attouchements d’adultes sur petites filles n’auraient-ils aucune importance ?, ou seuls les petits gar« ons seraient-ils attirants ?)

Remarque sur la famille

Une bonne partie des préjugés homophobes contemporains ne datent pas d’aujourd’hui et sont le fruit d’intoxications culturelles et religieuses. J’emploie le terme culture au sens politique, les mots « culture judéo-chrétienne » signifiant simplement qu’au fondement d’une organisation socio-politique (en France, étatique), se trouvent certaines idées, sur lesquelles reposaient déjà des religions. L’exemple même est celui de la famille. Il a toujours était plus facile de contrôler mentalement et physiquement une population lorsqu’elle est répartie en petits groupes d’individus stables. A tous les assoiffés de pouvoir, la famille est apparue très tôt comme pilier de la conservation d’un ordre qui n’a pas mis longtemps, dans l’histoire de l’occident, à être établi. Devenus sacro-saints, les liens de sang sont encore primordiaux pour bien des occidentaux. Après des siècles de conditionnement moral, « a fonctionne encore aujourd’hui, même de fa« on laïque.
Lors des campagnes contre le PACS, une affiche d’un syndicat étudiant d’extrême droite [3] présentait une famille dans un panneau de circulation en triangle, sous-titrée « PACS, attention, famille en danger ». Au delà de la fausseté de cette affirmation, on peut se demander pourquoi il serait si grave de passer, par exemple, d’un mode privé (donc parcellaire) d’éducation des enfants à un mode collectif ? Mais, ne nous emballons pas, les partisans du PACS, comme de l’homo-parentalité n’en sont pas vraiment à se poser ce genre de question.
Bon, bref, si je trouve aberrant que tant de gens gobent les discours sur la « Famille », il n’en est pas moins qu’elle est tellement intégrée comme « fait naturel », que ce qui s’en écarte est atypique et des fois anormal. Les homosexuel-le-s sont donc des anormaux, pour l’instant.
Pour l’instant parce que, ne nous illusionnons pas, beaucoup d’homosexuel-le-s ne cherchent pas à construire autre chose, mais à rentrer dans la norme, à être considéré-e-s comme « normaux ». Et même si l’on peut penser le mariage entre homos et l’homoparentalité comme des avancées anti sexistes, c’est surtout la grande valeur de la Famille qui retrouvera son piédestal (d’avantage mise en danger par la mono-parentalité, par exemple). Les normes sexuelles en prendraient un coup, l’homophobie reculerait probablement dans certaines régions, sur certains aspects, mais le patriarcat n’en serait pas pour autant inquiété. M’enfin, aujourd’hui et ici, la Famille est monogamique et hétéro-normée ; l’homophobie latente de la culture judéo-chrétienne prend racine, en grande partie, dans cet état de fait inculqué dès le plus jeune âge et auquel se raccrochent maniaquement et inconsciemment des millions d’individus sur terre.
Ajoutez à cela une bonne « politique nataliste bureaucratique » [4] et l’on a toutes les chances d’assister longtemps encore à certaines manifestations d’homophobie.

La pre-orientation sexuelle

De manière générale, la démarche que met en avant Daniel Borillo [5] consiste à ne pas stigmatiser l’homophobie comme anomalie sociale horrible et monstrueuse, mais bien plutôt à démontrer la place qu’elle détient dans l’organisation de la société actuelle.
Il l’identifie donc tout d’abord comme relevant structurellement du sexisme. Se référant aux travaux du sociologue Daniel Welzer-Lang [6], il écrit :"l’homophobie générale n’est qu’une manifestation du sexisme, c’est-à-dire de la discrimination des personnes en fonction de leur sexe (mâle/femelle), et plus particulièrement de leur genre (féminin/masculin). […] Et lorsqu’on lance « pédé ! », on dénonce le plus souvent un non-respect des attributs masculins « naturels », plutôt qu’on ne songe à la véritable orientation sexuelle de la personne ». Les diktats genrés de la société moderne, qui obligent les gar« ons et les filles à construire leur identité en rapport avec les stéréotypes masculins et féminins, sont donc mobilisés à nouveau pour discriminer toute personne qui s’écarte du « droit chemin ».
Mais au-delà de ce rapport aux comportements, c’est aussi la sexualité en elle-même que questionne Borillo. Pour lui, l’homophobie se construit grâce au statut de normalité conféré à l’hétérosexualité. On sait aujourd’hui le caractère profondément construit et donc relatif de la sexualité humaine (même dans des mises en situation érotiques, les enfants sauvages ne possèdent pas de désir sexuel [7], et pourtant, l’hétérosexualité apparaît toujours comme allant de soi. Ainsi, la porte est ouverte à toutes les théories différentialistes qui, sous couvert de considérer l’homosexualité comme simplement déviante, justifient alors tous les traitements spécifiques et inégalitaires, y compris en Droit.
L’hétérosexualité masculine (réciproquement féminine), au même titre que les comportements considérés comme virils (réciproquement féminins), sont donc deux facettes d’un même stéréotype social : le « vrai » homme (la « vraie » femme). Le rejet des personnes échappant à cette catégorisation (homosexuel-le-s, hommes éffeminés ou femmes masculines…) permet donc de se rassurer sur sa propre « normalité ». Pour citer Daniel Borillo : « le stéréotype joue un rôle psychologique majeur, puisqu’il permet d’apaiser l’angoisse identitaire de se voir un jour déserter son statut ou de se faire rejeter par son groupe d’appartenance, surtout lorsque celui-ci apparaît comme le modèle à suivre ». C’est donc en opposition à des a-typiques, à des a-normaux, que la personnalité masculine peut se construire. Dit autrement, c’est dans le rejet de l’homosexuel que le genre masculin se constitue. Selon C. Gentaz : « l’homophobie, en raison de sa fonction sociopsychique, préserve, tel un condom, les hétérosexuels de la féminité en empêchant toute forme d’intrusion masculine extérieure : c’est une douanière du genre masculin. Nous pourrions dès lors supposer que l’homophobie est constitutive de la psychogenèse de tout individu masculin ».
Voici donc la thèse principale de l’auteur exposée. L’homophobie n’est pas une anomalie de la société moderne, mais un de ses piliers. Ni excroissance monstrueuse, ni phobie irrationnelle, la peur et le rejet de l’homosexualité sont des principes organisateurs de la personnalité des individus, dans le plus pur respect des genres sexués préétablis.
On conditionne les enfants à devenir ces hommes et femmes par un ensemble d’attentes, d’exigences, d’attitudes, de cadeaux, de remarques, d’apprentissage manuels et intellectuels différenciés selon le sexe de l’enfant que l’on a devant soi [8]. Il ne s’agit pas d’une simple répartition dans l’organisation de la vie en général, mais de confiner les femmes dans des rôles d’infériorité et de soumission à l’égard du « sexe fort ». Un enjeu majeur à la clé ... le pouvoir sur autrui, celui qui permet de disposer d’un ou de plusieurs êtres humains pour son plaisir, pour satisfaire son orgueil (sentiment très gourmand et exigent si on ne le refuse pas) en s’affirmant supérieur, puisqu’au dessus d’autres individus. Pour que « a marche bien et longtemps, il faut que l’ensemble des hommes acceptent d’incarner, de valoriser et d’imposer à l’ensemble des femmes leur domination. De la même fa« on, il faut que tout un chacun soit persuadé que la marche de la vie, c’est faire des enfants, c’est trouver quelqu’un-e- avec qui réaliser cela.
Chaque individu qui refuse d’être englouti dans ces ensembles ou dont les comportements dérogent à ceux sensés découler « naturellement » de cette grande division entre hommes et femmes, déstabilise, met en péril « l’ordre naturel des choses ». Alors, avant que les enfants aient pu réfléchir à leur attirance, leurs sentiments les uns envers les autres, on se charge de leur fixer des cadres à l’amour. Thatcher, qui pensait que l’homosexualité se propage quand on en parle, avait interdit qu’il en soit fait mention dans les manuels scolaires. Mais regardons en France, pas besoin de décret, je n’ai trouvé aucune histoire d’amour entre deux personnes du même sexe dans les manuels scolaires [9].
Je partage avec George Orwell l’idée selon laquelle il faut commencer par supprimer les mots qui s’y réfèrent lorsqu’on veut faire disparaître quelque chose (une idée, un sentiment ... voire même quelqu’un) [10]. Et, par conséquent, il est homophobe de nier certains sentiments, certaines relations humaines en ne les mettant pas en scène, en ne permettant pas de mettre des mots dessus. De plus, c’est bien souvent lorsque l’on ne peut (ou ne veut) pas mettre de mots raisonnés sur des choses que l’on sent, que l’on voit (...), que se forment des gènes, des peurs, voire des phobies. Les peurs de l’homophobe sont « apprises au berceau, réitérées durant l’enfance, envers ce qu’on dit étrange, non conforme, « monstrueux » [11].
Alors, à quand l’homosexualité « inscrite dans les manuels scolaires avec la même clarté que les relations hétérosexuelles » ? [12]. C’est sûr, pas tant que, chez une majorité d’adultes, le pénis sera une valeur, sainte et sûre, qu’être pénétré-e- sera l’apanage de l’inférieur(e), que la sodomie sera prise pour la pratique la plus fréquente des homos et que les actes sexuels sans pénétration seront considérés comme une forme de sexualité incomplète.
Le concept de « pré-orientation sexuelle »n’est donc pas vide de sens. Et, pour ceux et celles qui n’attendront pas d’être marié-e-s, d’avoir des enfants, pour s’apercevoir, se révéler leurs homosexualités, rien, du côté de la découverte, de l’affirmation de soi, ne sera facile. L’adolescent-e- homosexuel-le trouvera rarement dans le cadre scolaire des situations dans lesquelles se projeter, des personnages auxquels s’identifier alors que l’on sait que toute personnalité se forge dans l’imitation et l’identification à des semblables. Très peu de mots également sur le million d’homosexuel-le-s mort-e-s dans les camps de concentration... pas de mémoire collective, de passé à s’approprier pour s’inscrire dans et construire le présent, pas d’Histoire.

Le rapport au plaisir, au corps

Comment donc accepter qu’on procure à autrui ou qu’autrui se procure le plaisir que soi-même, on se refuse ?
Je crois en effet qu’un des noeuds de l’homophobie se trouve dans la frustration sexuelle, dans la limitation des plaisirs et, d’une fa« on générale, dans la conception restrictive et brimante du corps. A voir la profusion des régimes amincissants, des journaux de mode(s), des accessoires d’"esthétique », on se rend bien compte que le corps n’est toujours pas sorti de ses chaînes, qu’il s’agit encore d’avantage de répondre présent-e-s à l’appel de toutes les valeurs normées et normatives que de chercher à mieux connaître son corps et la richesse des plaisirs qu’il peut offrir.
Du fait même que les homos ne procréent pas, il y a de grandes chances qu’ils et elles fassent l’amour dans un honnête but de plaisir..., non mais, vous vous rendez compte ? Alors que Jésus, lui, atteint sa gloire, rejoint Dieu lorsqu’il est troué, meurtri dans sa chair (propre), de simples âmes s’abaissent à trouver du plaisir dans ce corps vil, sale, matériel, et surtout bien vivant (tout est dit).
Si je pense que cela a à voir avec la haine vouées aux homosexualités, je ne dis pas pour autant que les homosexuel-le-s sont exempt-e-s de la répression sexuelle ambiante ni de l’enfermement du corps dans des schémas. La preuve pour moi est visible dans la bi-phobie [13] si répandue dans « le milieu ».

La lesbophobie

(Une question que je me pose encore et qui a sans doute orienté mes recherches sur ce thème est de savoir si l’on peut être militante homosexuelle sans être féministe.)
La lesbophobie est une catégorie de l’homophobie, qui, comme la gay-phobie, comporte des particularités. Par exemple, il faisait meilleur vivre lesbienne il y a quelques siècle qu’aujourd’hui, mais, parallèlement, il fait meilleur être femme aujourd’hui qu’il y a cent ans. Et les deux ne sont pas dissociables quand on envisage l’homosexualité des femmes. Homosexuelles, hétérosexuelles, bon nombre de femmes furent brûlées, torturées, violées du même fait d’une misogynie parfois sanguinaire, en tout cas séculaire. Accuser une femmes de s’être « travesti en homme » a pu conduire à son exécution ou son emprisonnement. Sachant que se travestir en homme signifiant « revêtir le costume masculin », ce sont toutes les femmes qui étaient concernées, quelles que soient leurs sexualités [14].
Parallèlement, je le disais plus haut, les lesbiennes en tant que telles ont beaucoup moins fait les frais de leur orientation sexuelle que les gays. Là encore, rien de surprenant, c’est vrai, qu’est-ce que peuvent faire deux femmes ensemble ? Rien... pas grand chose, enfin, rien de bien méchant quoi ?! Comment contredire cela. Cela fait à peine trente ans que le plaisir des femmes entre en ligne de compte dans les discours sur les relations hétérosexuelles, qu’on parle ouvertement et simplement (quoique...) de ce fameux clitoris ! Qu’est-ce que le cunilingus ? Une caresse ? Un acte sexuel ? Je répondrais : un acte symboliquement et moralement moins chargé que la fellation.
La négation de toute sexualité propre aux femmes a beaucoup contribué à ce qu’on les tiennent à l’écart des ratonnades, des rafles. Certes, elles dérogent à leur rôle de procréatrice, mais en même temps elles participent d’elles-mêmes à mettre un terme à ce fléau communément nommé femme [15]. Et puis, finalement, elles peuvent être utiles aux hommes, au regard des différents types de productions pornographiques. Ceci-dit, tout n’est pas rose pour les lesbiennes et elles ne sont pas non plus épargnées en tant que simples objets de fantasmes masculins. Avec la stigmatisation de la « camionneuse », nombre d’hommes se sentent attaqués dans leur virilité (ou « croyance en leur supériorité »), et répondent par la violence ; tu veux jouer à l’homme, tu vas voir !

Collectivement contre l’homophobie

A quand cette fameuse « révolution sexuelle » dont j’ai ouïe dire qu’elle s’était déjà produite ? Je reste persuadée qu’on coupera certains ponts avec l’homophobie en faisant reculer la répression sexuelle, en émancipant le corps de ses carcans, en donnant un sens neuf aux mots « libération sexuelle ». Lutter contre l’homophobie, c’est d’abord, je pense, refuser de penser l’homosexualité, et d’en débattre, dans des termes de « inné-acquis », « naturel-contre nature ». Tout simplement parce que ce qui est « naturel » est finalement acquis puisque change selon les modes, les politiques... et surtout parce que le débat qui cherche à élucider les « causes » des homosexualités nous détourne de la question de savoir comment bien vivre ce que nous voulons être, et au quotidien.
Je pense qu’il faut également être présent-e- à chaque occasion où le concept de « visibilité » se trouvera manifesté concrètement. Sortir du silence, du placard et ce, collectivement.
Par ailleurs, je me demande s’il faut (comme c’est déjà le cas) lutter pour la reconnaissance des homos comme groupe social. D’un côté les homosexuel-le-s, transexuel-le-s pousuivi-e-s dans un pays du fait de leur orientation sexuelle, ne peuvent pas prétendre à l’asile politique de ce fait même qu’ « homo » n’est pas un groupe social. Mais de l’autre côté, c’est un vrai lobby qui se met en place (que l’on a pu observer lors des débats sur le PACS) avec tout ce que cela implique : participation à un système politique pourri, défense d’intérêts économiques et commerciaux, promotion d’une culture propre, enfermement de la population dans des catégories... Tout pour faire pâlir mon sens de l’universalisme.
Lutter contre l’homophobie, c’est aussi à la racine, refuser tout discours enfermant les hommes ou les femmes dans des stéréotypes, refuser qu’il soit dégradant d’appartenir au sexe féminin, et finalement peut-être se décharger d’un coup de boule à chaque « femmelette », « enculé » etc., qui vient nous squatter l’encéphale par les oreilles. Pour ne pas conclure, je m’arrêterais sur une citation de Jacques Fortin : « Notre lutte contre l’oppression, pour les alliances nécessaires et possibles avec les femmes, dont la cause ébranle si fort l’ordre établi des genres, avec les exploités dont le combat attaque l’ordre établi des classes, nous mène, hors des sentiers battus, sur la voie inexplorée de modes de vie émancipés, encore inédits. » [16].

P.-S.

Texte paru dans le journal No Pasaran n°81 - novembre 2001

Notes

[1] Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes, ed. Odile Jacob, coll. Opus sept 1995, p.284 : Le mot « homosexuel(le) » fait sa 1ère apparition dans le supplément du Nouveau Larousse illustré aux alentours de 1900.

[2] « Le clitorisme est cet acte au moyen duquel les femmes suppléent, par une sorte d’artifice, au plaisir que la nature réserve aux seules approches amoureuses des deux sexes . » Dictionnaire des sciences médicales par une société de médecins et de chirurgiens, Paris, ed. Panckouke, 1812-1822, Dr. Fournier, article « Clitorisme »

[3] l’UNI

[4] Jacques Fortin, Homosexualités, l’adieu aux normes,ed. Textuel, coll. La discorde, 2000, p. 35

[5] (5) : Daniel Borillo, Que sais-je ? L’homophobie, ed. PUF, 2000

[6] ibid. p.87

[7] Mémoires de singes et paroles d’hommes, Boris Cyrulnik, Points Seuil

[8] Pour décortiquer plus en profondeur les processus de construction des genres masculins et féminins, je vous invite à lire l’article sur ce même sujet dans le No Pasaran 75, mars 2000

[9] Je n’affirme pas pour autant avec certitude qu’il n’en existe pas puisque je n’ai pas lu la totalité des manuels existants et qu’il y en a un paquet !

[10] cf. le fameux roman 1984

[11] Jacques Fortin, cf. plus haut, p.69.

[12] idem p.41

[13] je précise : « biphobie » = peur, haine des bisexuel-le-s.

[14] Bonaparte interdit aux femmes le port du costume masculin. Ce n’est qu’en 1886 que commence une campagne de la Ligue pour l’Affranchissement des Femmes contre ce fait et cette loi

[15] cf. Fran« oise d’Eaubonne, Le sexocide des sorcières, n°47 de l’Esprit frappeur, 1999

[16] cf.(4), p.9

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