Accueil du site > Evénements > Joburg 2002 par la presse internationale

Joburg 2002 par la presse internationale

2002080026

mardi 17 septembre 2002, par Emmanuelle Piron

Le sommet vient d’etre officiellement lancé. En grandes pompes : chorégraphie, folklore, percussions et grands symboles. Dans la presse, seules les photos de couverture conserveront quelques bribes d’émotion captés par les photographes, donneront une idée visuelle de la grandiloquente cérémonie d’ouverture.

Les organes de presse ont entamé leur couverture de l’événement en dressant un tableau des attentes, des multiples enjeux et des forces en présence du sommet de Johannesburg 2002, au regard du bilan des dix années écoulées depuis Rio 1992. Libération, en France, y consacre un numéro spécial de plus de 30 pages.
Le ton est unanimement à l’inquiétude, à la confusion, au pessimisme. Pour ceux qui ont envoyé des correspondants sur place, nombre d’entre eux n’ont retenu de la cérémonie que l’appel vibrant du président Thabo Mbeki pour que cesse « un système d’apartheid global » qui accroît les inégalités. « C’est un monde où une riche minorité jouit d’un niveau inégalé de consommation et de prospérité, tandis qu’une vaste majorité de pauvres subit dureté, souffrance et déshumanisation ». La corrélation entre les inégalités entre les pays et à l’intérieur des pays, la dégradation de la biosphère et l’appauvrissement des ressources naturelles avait été clairement mise en évidence à Rio. Aujourd’hui, elle n’est un mystère pour personne, pas même dans les médias américains, malgré le dédain affiché du gouvernement Bush à l’endroit du sommet.

Dialogue de sourds

Cette arrogance toute américaine touche au cœur le bloc Sud, où la pauvreté est reconnue comme « mère de toutes les dégradations », et où l’objectif numéro 1 est donc de lutter contre la pauvreté. Ce que Bush refuse absolument de reconnaître et qui explique en partie sa défection. Certains médias, surtout européens, prêtent à l’Europe un rôle de porte-à-faux entre les pays du sud et les Etats-Unis, ajoutant que l’Europe pousse à établir des objectifs et un calendrier précis, ce à quoi s’opposent les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et le Japon. Mais les journalistes du Sud ne s’en laissent pas conter, divisant les pays participants au sommet en deux grands blocs : l’Occident et les pays en développement.

Ou, comme le correspondant de l’Indian Express le résume ironiquement : d’un côté le « paquet de l’énergie », le Juscan (Japon, Etats-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), et « sa sympathisante l’Union Européenne », de l’autre le G77 qui représente les pays du sud et compte aujourd’hui non plus 77 mais 133 pays. Les uns protègent leurs économies et ne remettent pas, ou si peu, en question leurs modes de production et de consommation, les autres attendent une aide qui vient au compte-goutte, mal représentés par des dirigeants qui ont « bien moins de préoccupations pour leurs peuples que les occidentaux pour leurs multinationales ».

Recommandations ignorées, promesses non tenues

Le clivage s’exprime également dans le bilan des efforts multilatéraux des dernières années. Les journaux occidentaux déplorent la dégradation continuelle de l’environnement malgré les recommandations de l’Agenda 21, et plus particulièrement celles qui ont fait l’objet de textes spécifiques (conférence sur la désertification et la forêt, accords sur la biodiversité, protocole de Kyoto).
De leur côté les médias du Sud pointent l’engagement des pays industrialisés à Rio à assister le développement à hauteur de 125 milliards de dollars annuels, aujourd’hui tombés à 53 milliards. Ils rappellent également la vieille promesse d’accorder 0.7% du PNB à l’aide au développement jamais tenue par les pays du nord, à l’exception du Danemark, de la Norvège, de la Suède, des Pays-Bas et du Luxembourg. Enfin, ils mettent le sommet de Johannesburg en relation avec les pierres d’achoppement des récentes rencontres internationales : règles du jeu de l’OMC de la conférence de Doha non respectées par l’Europe et les Etats-Unis qui subventionnent leurs agriculteurs, aide conditionnée par la « bonne gouvernance » par les pays riches à la conférence de Monterrey sur le financement du développement.
Le quotidien kenyan The Daily Nation résume le problème vu depuis le bloc sud : « Comme les précédents, le sommet de Johannesburg sera confronté au tragique refus d’accorder assez de ressources et de volonté politique à l’obstacle le plus obstiné du développement : la pauvreté. »

P.-S.

Emmanuelle Piron - 26 août 2002

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0