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Du social a l’economique

mercredi 4 septembre 2002, par Joëlle Palmieri

A Cape Town, au sud de l’Afrique du sud, TCOE, Ong de soutien aux projets economiques, met tout en oeuvre pour favoriser le developpement de projets agricoles, piscicoles ou artisanaux a l’initiative des plus exclus, femmes, jeunes, chomeurs. Les facteurs de reussite sont lisibles : dans un contexte liberal et post-apartheid, les petites associations reussissent a perenniser leur activite.

“Trust for community outreach and education” (TCOE), Ong nationale nee il y a vingt ans a Cape Town dans le sud de l’Afrique du sud, gere six bureaux regionaux. Armee de 70 employes, l’organisation s’adresse specifiquement aux femmes, aux chomeurs et aux jeunes – tous exclus. Elle apporte soutien, financement, acces a l’information a tous les groupes de base. A ces fins, l’organisation publie differents supports dont une revue trimestrielle “Community News” qui relate les differentes activites dans les regions, des documents pedagogiques et des rapports sur les politiques locales. Tcoe a egalement pour mission d’identifier les besoins afin d’ameliorer le niveau de vie des communautes, l’idee etant de les accompagner jusqu’a ce qu’ils soient totalement independants.
Une de ses filiales, Masifundise, est particulierement concentree sur le soutien des pecheurs et des agriculteurs, qui sont pour l’essentiel des femmes. Durant le Sommet de la Terre, ces derniers jours, la petite Ong – seulement quatre permanents – portait a Shareworld (rassemblement des sans terre) les revendications des pecheurs, qui souffrent de la politique implacable des quotas de l’industrie de la peche et n’ont pas acces aux permis d’exercer.

Des initiatives economiques a perenniser

Meme s’il existe un programme gouvernemental appele “The poverty elevation program” qui aide les femmes a monter leurs petits commerces, l’Ong doit prendre le relais pour aider les communautes a poursuivre leurs initiatives economiques, et a donc acceder au marche et a l’information. Les femmes se reunissent ainsi pour mutualiser leurs moyens et se regroupent en association. Masifundise accompagne en particulier un projet agricole du nom de “garlic project” (culture de l’ail), porte par 12 femmes qui chacune ont verse 20 rands au depart. Le demarrage de l’activite ayant coute 10.000 rands, les excedents seront integralement verses de facon equitable a l’ensemble des 12 entrepreneuses. La tradition de tontine, appele “gooi-gooi” ici, est monnaie courante en Afrique du sud. Les femmes mettent donc en commun leurs ressources pour lancer d’autres projets.
De fait, comme le souligne Jackie Suvole, en charge du programme femmes de la petite Ong, “le gouvernement n’a pas l’expertise necessaire pour soutenir ce type d’initiatives. Il a besoin des savoir-faire des communautes elles-memes”. Aussi les femmes s’organisent pour assurer leur propre entree d’argent.
Les associations se distinguent dans ce pays – comme dans beaucoup d’autres - des cooperatives par leur incapacite a deposer un capital de depart. Les cooperatives restent effectivement tres liees a l’activite de marche et au commerce. Le role de Tcoe reside dans la possibilite de faire rejoindre les deux types de mouvements afin que les cooperatives puissent un jour soutenir les associations.

Le difficile heritage de l’apartheid

Depuis 1998, il existe dans ce pays un nouveau type de gouvernement local avec une politique specifique de developpement local (“Local economic development”, Led). Avec le programme de developpement integre (“Integrating development program”, Idp) auquel les differentes communautes sont invitees a “participer”, Tcoe compte developper des outils de communication pour promouvoir cette economie, et des outils de formation (comptabilite, administration, organisation du travail...) pour qu’elles soient autonomes. C’est ainsi des milliers de personnes, chiffre difficile a preciser a cause de la variete et de la dispersion des differents groupes, qui beneficient du soutien de l’Ong. Tissage de perles ou de fibres, poterie, petit commerce, completent la panoplie des activites couvertes par les femmes. L’idee est egalement d’informer les exclus sur leurs droits, en particulier a l’acces a ce type de programmes, l’apartheid ayant laisse dans ce domaine – l’acces aux droits – une zone d’ombre et d’alienation qu’il est extremement difficile de renverser. “Les populations pauvres, toutes noires, ont l’habitude d’etre dependantes des autres pour demarrer quelque chose”, explique Luvuyo Solomon de Masifundise.
Pendant l’apartheid, il etait egalement impossible de financer des organizations comme Tcoe. Tous les fonds provenaient a l’origine d’organisations chretiennes rejointes assez rapidement par sept autres organismes. Puis l’argent collecte etait distribue dans les differentes regions.

Des resultants probants

A l’evidence, toute cette economie procede d’un long chemin vers l’independance, les associations oscillant entre ameliorations et obstacles. Tcoe continue sans fin de les aider a identifier leurs propres capacites, a construire leurs propres competences.
Tout le projet reside dans l’articulation de l’economique, du social et des droits afin d’etablir une sorte de plateforme commune. Comme le souligne Luvuyo, “au debut les communautes ne pouvaient pas se debrouiller seules. Aujourd’hui, elles sont en mesure de reunir des fonds, de negocier avec l’administration locale, de planifier et de gerer leur activite, d’organiser leurs reunions afin de prendre des decisions en commun. Elles on developpe une conscience du collectif”. Tout facteur de reussite qui assure la perennite de leurs entreprises.
Reste neanmoins que “pour tous ces exclus, la porte d’entree est l’argent et la nourriture”, explique Vivian Stoffels, en charge du developpement economique. “Et c’est seulement apres, que peuvent commencer d’autres relations, d’autres prises de conscience, toute forme d’appropriation de l’outil de travail”, insiste-t-il.
Depuis les 10 dernieres annees, la “globalisation a amene l’alienation de toutes ces initiatives”, explique Jackie. “Aucun programme d’education populaire contre le liberalisme n’a demarre ici parce la priorite est focalisee sur l’acces aux droits et sur la securite alimentaire”, insiste-t-elle. Toute reflexion sur les alternatives economiques a disparu depuis les annees 80. Mais, Jackie espere. Elle conclut dans un sourire : “une autre facon de pensee est possible”.

P.-S.

Joelle Palmieri – 2 septembre 2002

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