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Présidentielle française

Le " deuil " et le sursaut de la communauté africaine

, par Joëlle Palmieri

La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle secoue et inquiète la communauté africaine, décidée à mieux faire entendre sa voix dans le débat politique.

" Depuis dimanche soir, c’est une atmosphère de deuil qui plane dans le foyer. On n’en revient pas encore que Le Pen soit au second tour. C’est un choc difficile à encaisser ". T. Dramé, ressortissant malien, résume le sentiment général de ses compatriotes résidents d’un foyer situé Porte de la Villette, à Paris.
La " qualification " du candidat du Front National au deuxième tour, devant Lionel Jospin, a provoqué la stupeur, mais aussi soulevé une certaine crainte de l’avenir. " Je suis déstabilisé, témoigne A. C., franco-guinéen. Je me suis installé en France il y a 30 ans ; mes enfants sont nés ici ; tous mes repères sont là. Depuis dimanche, tout s’est écroulé. Tout ce que j’avais comme idée d’insertion, d’intégration, s’est effondré aussi. J’ai l’impression d’être redevenu un étranger… ".
Pour les Africains résidant en France comme pour les Français issus de l’immigration, le score élevé de l’extrême droite (19,20 % des votants en additionnant les voix pour le candidat du FN et celles en faveur de Bruno Mégret) signifie que son programme fondé sur le racisme, la xénophobie et l’intolérance, séduit désormais une frange importante de la population française : près de 5,5 millions de personnes sur 41 millions d’inscrits et 60 millions d’habitants). Directement ou indirectement, la présence du candidat FN au second tour, remet donc, et brutalement, la question de l’immigration au centre du débat politique, qu’elle n’a d’ailleurs jamais vraiment quitté.
Le malaise ressenti au lendemain du premier tour par les immigrés couvait déjà avant même le lancement officiel d’une campagne électorale que la plupart des candidats ont menée sur le thème de l’insécurité dans les banlieues. Un phénomène dont les jeunes Français issus de l’immigration sont, à tort ou à raison, tenus pour les principaux responsables. La France immigrée, souvent victime de discrimination, vit mal cette stigmatisation.

Prendre parti

Déterminée à faire entendre sa voix au plan politique, mais aussi à jouer un rôle plus actif, la communauté afro-antillaise avait convié le 6 avril les 16 candidats en lice à débattre du sujet. Seuls sept d’entre eux y avaient dépêché des représentants, confirmant d’une certaine manière, la marginalisation politique de la communauté noire et donc la nécessité d’y mettre fin.
Selon la Mission interministérielle pour le co-développement et les migrations internationales (Micomi) sur 41 millions d’inscrits, les Français originaires d’Afrique subsaharienne ou nés en France de parents africains représentent entre 1,2 et 1,5 million d’électeurs. Un poids relatif qui peut peser dans la balance soit en mettant la pression sur les hommes politiques, soit en s’investissant dans les partis. C’est cette dernière solution que préconise le franco-gabonais Jean-Félix Moulongi, responsable des relations internationales à Démocratie Libérale, le parti de Alain Madelin : " La reconnaissance politique ne tombera pas du ciel. Pour gagner leur représentation, les Africains qui ont posé leurs valises en France devront prendre parti, militer dans une formation politique. Peu importe laquelle, pourvu qu’elle soit celle de leur choix. ". A condition toutefois que les partis se montrent plus enclins qu’actuellement à faire de la place aux hommes politiques de " couleur " et à les investir comme candidats dans les compétitions électorales.

P.-S.

Mamadou Diop - Syfia France

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