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La pédophilie prend de l’ampleur à Pointe - Noire

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Louis Okamba

Ravagé par les conflits armés, le Congo est incapable de protéger les mineurs en détresse, et pas davantage de poursuivre les pédophiles en nombre croissant. Et pendant ce temps-là, le virus du Sida se propage allègrement.


Pointe - Noire, ville portuaire et capitale économique du Congo, connaît ces deux dernières années une montée de la pédophilie dont le niveau d’accroissement inquiète déjà les hautes autorités municipales. ’’Nous sommes conscients de l’existence du fléau qui a pris des allures inquiétantes depuis l’arrivée il y a deux ans de nombreux déplacés en provenance des régions voisines. Nous sommes en train de mettre au point un plan de lutte afin de limiter sa progression’’, affirme Luc Francois Makosso, le maire de Pointe - Noire.
Ce sont en majorité les jeunes garçons, et dans une moindre mesure les jeunes filles de 7 à 15 ans qui sont victimes de ce phénomène. Plusieurs de ces enfants sont souvent orphelins ou non accompagnés. La pédophilie constitue pour ces enfants un moyen de survie dans une ville qui a vu sa population doubler en moins de deux ans, passant de 500.000 à 1.000.000 d’habitants du fait de l’arrivée massive des populations en provenance des provinces voisines. Ces provinces sont le théâtre d’affrontements entre les miliciens de l’ancien régime du président déchu, Pascal Lissouba, et les forces gouvernementales.
Jean-Jacques Moukyama Mbeli, le directeur du service socioculturel de la mairie de Pointe - Noire renchérit : ’’J’habite au carrefour de trois grandes boîtes de nuit du centre ville et je suis mieux placé pour le dire. Tous les jours, je vois des enfants de 7 a 15 ans furtivement embarqués dans des voitures, par des blancs en majorité’’, dit-il.
Parmi ces jeunes victimes, figure Alexis Likibi, 14 ans, cheveux ras, yeux noirs, lèvres grasses dans un faciès nilotique hérité de parents métisses, tous tués dans les affrontements. Comme tant d’autres mineurs de sexe masculin de son âge ou moins âgés que lui, tous arrivés à la prostitution ’’par la force des choses’’, Alexis opère autour d’importantes boîtes de nuit du centre ville a l’affût d’une clientèle expatriée, faite essentiellement de blancs de diverses nationalités.
Ce samedi à 21 heures locales, Alexis et son ami Christian, se sont positionnés dans les alentours des night-clubs où ils espèrent trouver des blancs. ’’Nous évitons de nous faire remarquer par la police, nos clients nous repèrent facilement et nous embarquent aussitôt dans leurs voitures. Certains nous amènent carrément chez eux, d’autres préfèrent tout faire dans la voiture’’, confie Alexis.
Comme Alexis, Christian, 12 ans, aux yeux éprouvés par l’insomnie, était au départ hébergé dans un centre d’accueil. Ils ont dû quitter ce centre pour échapper à des viols et brimades qui sont l’œuvre de quelques adultes de ce centre. ’’C’est par la force des choses que j’ai été amené à faire ce que je fais aujourd’hui. Je suis donc tombé dans la pédophilie pour subvenir à mes besoins. Il m’arrive parfois de gagner 5.000 francs par jour’’, dit Christian, qui n’a pas voulu livrer son nom de famille. ’’Il arrive souvent que ces gens nous donnent seulement 300 ou 500 F par séance ", poursuit-il. Mais la plupart de ces enfants préfèrent ne pas évoquer le problème, laissant entrevoir une complicité tacite entre eux et les pédophiles. ’’Si je le fais, c’est parce que je n’ai personne pour s’occuper de moi. Maintenant j’ai de temps en temps un peu d’argent et cette activité m’empêche de voler les choses d’autrui. Le reste ne regarde personne’’, réagit violemment Patrick, connu sous le pseudonyme de ’’Patou’’.
Moukyama explique que les services municipaux sont impuissants face à la montée de la pédophilie en raison du manque de collaboration des parents de ces enfants.
’’Nous avons recueilli beaucoup de témoignages des enfants concernés, nous avons même souvent discuté avec quelques adultes auteurs de ces actes, mais nous demeurons impuissants à cause du manque de collaboration des parents qui considèrent l’homosexualité comme un tabou’’, dit-il. Cette difficulté est également constatée dans les milieux judiciaires. Catherine Mantissia, juge des enfants au tribunal de grande instance de Pointe - Noire, confirme : ’’le phénomène existe. Mais faute de plaintes des parents de ces enfants ou des enfants eux-mêmes, nous ne pouvons rien entreprendre contre ces adultes odieux. Vous savez, au Congo, on préfère étouffer ce genre d’affaires susceptibles de déshonorer la famille. Voilà notre difficulté’’, explique le juge des enfants. Mantissia pense qu’il faut sévèrement réprimer ces adultes si jamais la justice mettait la main sur eux, car ce sont des criminels, dit- elle.
Georges Mankenda, directeur général des affaires sociales lie ce phénomène, également signalé dans les sites d’accueil des personnes déplacées, à la situation de guerre que connaît le Congo et qui a pu développer chez certaines personnes un traumatisme ayant modifié leurs comportements. ’’Ces pédophiles sont souvent des personnes qui ont perdu leurs repères, tous parents et biens. Lorsqu’ils regardent un enfant, ils n’y voient plus un être humain mais un instrument de sublimation. C’est pourquoi ils choisissent la solution facile que leur offre le corps sans défense d’un enfant’’, explique Makenda qui est également psychologue de formation. ’’Cette catégorie de pédophiles, poursuit-il, a besoin d’une prise en charge psychologique. Mais s’agissant des pédophiles purs qui pullulent dans la ville, il faut une collaboration de tous, surtout des parents et des enfants eux-mêmes, car pour l’instant le pays ne dispose pas encore de structures appropriées pour débusquer ces adultes pervers’’, a conclu Makenda.
Faute de moyens répressifs, des observateurs indiquent que ce phénomène pourrait étendre ses tentacules dans toutes les grandes villes du pays où la jeunesse, surtout, n’est pas encore outillée contre les maladies sexuellement transmissibles, dont le sida.
(Source : IPS / Femmes-Afrique-Info)

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