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Paroles de femmes

Renée, 90 ans

lundi 8 avril 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation "Clichés de femmes, clichés sur les femmes"...

Renée, 90 ans, s’exprime à propos des droits des femmes.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Les droits des femmes me font penser au droit de vote : nous avons enfin le droit de voter. La femme est l’organe principal de la famille, il est normal qu’elle puisse donner son avis en politique, même si elle n’était pas en accord avec les siens. Le droit de vote nous permet d’influer sur la vie de ceux que nous aimons, de dire ce que nous voudrions, notamment d’éviter les guerres. J’en ai souffert, ma mère en a souffert ; mon père a fait la guerre 14/18, mon mari a été prisonnier pendant toute la durée de la guerre 39/45. Dans le camp où il se trouvait, certains prisonniers, notamment les Russes, mouraient tellement de faim qu’ils mangeaient leurs morts. Quand vous avez vécu et entendu de telles choses, vous n’avez pas envie que cela se reproduise. Avec nos droits, je voudrais que les femmes agissent en faveur de la paix dans le monde, de l’amour entre les uns et les autres.
Depuis la dernière guerre, il y a un peu plus de respect, de reconnaissance des capacités intellectuelles et morales des femmes. Entre 1940 et 45, nous nous sommes très souvent retrouvées seules. Malgré les conditions de vie très difficiles, malgré les moyens dérisoires dont nous disposions, nous nous sommes débrouillées pour vivre, pour éduquer les enfants, pour apporter de l’aide à nos proches, à nos maris et à nos frères qui étaient prisonniers, et, pour certaines d’entre nous, pour résister contre l’occupant. Les hommes étant absents, les femmes ont pris les directives, elles ont pris plus de place. Les femmes sont devenues des maîtres chez elles : seules, elles avaient pris d’autres habitudes. Si bien que lorsque les hommes sont revenus, ils ont trouvé beaucoup de changements.
De nombreux problèmes se sont posés entre certains conjoints après la guerre, problèmes qui pouvaient aller jusqu’au divorce. Nous étions contentes de voir revenir nos hommes, mais comme nous avions acquis plus de liberté, tous n’étaient pas vraiment réjouis de ces bouleversements. Les hommes ont dû alors reconnaître que nous étions capables de prendre plus de choses en main. Ils ne pouvaient plus considérer que les femmes n’étaient aptes qu’à prier et à faire des enfants : nous avons acquis une plus grande liberté de penser et d’agir dans notre société.
Après j’ai été fonctionnaire et ce que je regrette c’est, qu’au travail, les femmes ne bénéficiaient pas des même droits que les hommes. Les hommes se sentent toujours supérieurs aux femmes. Pourquoi dans nos bureaux les chefs et les directeurs étaient toujours des hommes ? Pourquoi choisissait-on toujours des hommes pour être chefs alors qu’il existait des femmes qui étaient d’autant sinon de plus grande qualité ?
Les hommes ont toujours tendance à croire que les femmes sont pourvues de qualités inférieures, qu’elles ne peuvent pas tout comprendre, tout savoir. Pourtant, ils ont toujours besoin des femmes : ce n’est pas pour rien qu’ils prennent toujours des femmes pour les seconder ! Quand on regarde les grands industriels, les politiques, ils ont toujours une ou deux femmes dans leur entourage ; ce sont elles qui leur donnent les idées.
A l’heure actuelle, les hommes sont étonnés de voir que les femmes se réveillent un peu plus encore. Elles ont enfin plus de moyens, plus de pouvoir et peuvent occuper des postes qui n’étaient réservés qu’aux hommes encore tout récemment. Il y a même des femmes députées et ministres maintenant : si cela est normal -les femmes sont tout autant capables, sinon plus capables quelquefois que les hommes- ça n’existait pas avant.
Aujourd’hui, je serais ravie de voir une femme Présidente de la République, je ne sais pas qui, mais cela me réjouirait en tout cas. Je considère en effet que si nous avons basculé dans la guerre c’est parce que ce sont les hommes qui nous commandaient, que si tant de pays sont encore en guerre, c’est parce que ce sont encore des hommes qui sont au pouvoir. Du coup, aujourd’hui, j’aimerais que les femmes agissent pour que la paix règne dans le monde, que nous donnions une éducation aux enfants où, notamment, les valeurs de respect des différences soient présentes.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel

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