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Iran, un bilan contrasté

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Par Joelle Palmieri

Mohammed Khatami, le président de la république d’Iran, a effectué une courte visite en France du 27 au 29 octobre, à l’invitation officielle de Jacques Chirac. Deux ans et demi après son élection, le bilan économique et politique du pays est lourd et les femmes, de nouveau le fer de lance de la résistance, montrent la voie vers la démocratie.

Khatami, le " modéré ", a été élu le 23 mai 1997 par une majorité écrasante (70% des voix). Aujourd’hui, sa marge de manœuvre reste étroite. Le conseil islamique fait toujours la loi, et les intégristes, pourtant devenus minoritaires, font régner la terreur. Le régime vit des crises sans fin. Ali Khameinei, l’ayatollah détenteur de la légitimité théorique, est bien décidé à rester le " numéro 1 ". Il contrôle, à lui seul, la défense, la politique étrangère, les Gardes révolutionnaires, l’appareil judiciaire, la radio et la télévision. Pour seul exemple de cette schizophrénie étatique, rappelons que Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, continue à être poursuivi et menacé d’exécution de la fatwa promulguée par l’imam Khomeyni en 1989. Il semblerait donc, que malgré les intentions de modération émanant de Téhéran, aucune réforme de la politique des mollahs n’est envisagée. Depuis un an, on compte 250 pendaisons en public, sept lapidations mortelles, 28 dissidents assassinés... Le bilan politique est lourd. Le gouvernement en place est fermement critiqué par les instances internationales comme l’Onu et le Parlement européen qui condamnent le non-respect des droits de l’Homme dans le pays.
Le gouvernement est aussi soupçonné d’avoir dépensé 270 millions de dollars, pour " l’exportation " du terrorisme en 1997. L’Iran mènerait une politique d’ingérence terroriste en Irak, Jordanie, Egypte et Algérie. Ces chiffres restent de pures hypothèses, car la guerre idéologique, qui oppose chiites et sunnites, ne fait qu’alimenter la thèse de la responsabilité iranienne dans le terrorisme intégriste international, à la plus grande délectation des Américains.

Une crise économique sans précédent

L’Iran vit également un désastre économique historique. Inflation, hausse du taux de chômage (atteignant 20% de la population active), baisse du niveau de vie, chute des cours du pétrole (50% des recettes de l’Etat) et de la monnaie nationale mettent le nouveau gouvernement à rude épreuve. Par ailleurs, suite à des politiques pro-natalistes, dans les années 90, la population a formidablement augmenté atteignant 67,5 millions d’individus...très jeunes : un Iranien sur deux a moins de vingt ans. 800000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. D’ici à l’an 2005, l’Iran devra créer dix millions d’emplois.
Et puis, la guerre Iran-Irak a fait des milliers de victimes de 1981 à 1987. Les fils de " martyrs " sont privilégiés dans tous les domaines : accès au travail, aux études supérieures... et ce, quelles que soient leurs compétences. Cette politique a pour fâcheuse tendance de diminuer le niveau général (médical, juridique, universitaire...), mais surtout d’entretenir une cohésion sociale basée sur la victimisation et aussi d’exacerber une forme de nationalisme : les Iraniens sont prêts à se battre pour défendre leur pays.
Par ailleurs, de nombreuses femmes se sont retrouvées veuves. La polygamie a donc de nouveau été encouragée : un homme peut avoir légalement jusqu’à quatre femmes et un nombre indéterminé de concubines.

Des femmes toujours mineures mais combattives

Du point de vue des droits des femmes justement... Deux ans et demi après l’élection de Ali Khatami, l’état iranien n’a toujours pas ratifié la convention de l’Onu sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. La charia est toujours en vigueur. Cela signifie entre autres qu’une femme ne vaut que la moitié d’un homme et cela pour tout (héritage, témoignage...), qu’elle en est sa propriété - une Iranienne ne peut sortir du territoire sans l’autorisation de son mari, idem pour obtenir un emploi -, qu’elle peut être mariée dès l’âge de 9 ans, alors qu’un autre article du code pénal prévoit la majorité des femmes à la puberté, qu’elle n’a pas le droit au divorce, qu’elle ne peut avoir la garde des enfants que jusqu’à l’âge de deux ans pour les garçons et sept ans pour les filles, qu’elle doit impérativement porter le tchador... Par ailleurs, les femmes sont séparées des hommes dans tous les lieux publics, c’est-à-dire les transports en commun, les bureaux, les lieux de spectacle, les écoles, les terrains de sport...
Néanmoins, les femmes, paradoxalement intégrées à l’université et au monde du travail, sont revenues sur le devant de la scène et représentent le fer de lance du mouvement réformiste. Bien qu’écartées de toute vie politique par les mollahs, neuf femmes ont posé leur candidature " symbolique " à la dernière élection présidentielle. Au dernier scrutin municipal, elles ont emporté de grandes villes, avec des scores dépassants largement ceux de leurs homologues masculins. La perspective des élections législatives de mars 2000 met le pays en ébullition. Les conservateurs craignent la perte du pouvoir législatif et les réformistes prévoient le pire, comme l’assassinat de centaines d’intellectuels démocrates.

Une république à l’histoire jeune et turbulente

En 1978, la monarchie iranienne bat de l’aile. Les femmes sont les premières à descendre dans la rue. Elles réclament la libération des prisonniers politiques et participent ainsi largement à la destitution du Chah. Les mollahs accèdent au pouvoir en février 1979. Un mois plus tard le port du tchador est obligatoire. Khomeyni impose la charia (loi islamique). Licenciements abusifs, domaines d’études interdits, autorisation préalable du mari pour toutes choses, lapidations, flagellations, font partie de la panoplie légale du nouveau gouvernement. Les Iraniennes défient l’Ayatollah Khomeyni et participent à une imposante manifestation à Téhéran, le 8 mars, journée internationale des femmes. En tête du cortège des Modjahedines, portant le foulard. Elles revendiquent le libre choix et dénoncent la dictature du régime qui va à l’encontre des droits élémentaires et donc de la révolution. Deux ans plus tard, une manifestation regroupant 500000 hommes et femmes sera noyée dans le sang. Humiliées, emprisonnées, privées de liberté, des Iraniennes sombrent dans le désespoir, voire le suicide (17 fois plus en 1990 qu’en 1980).
Hachemi Rafsandjani, président en exercice en 1986 déclarait : " La différence de taille, de vigueur, de voix, de développement, de musculature et de force physique entre les hommes et les femmes, montrent que les hommes sont plus forts et plus compétents dans tous les domaines... Le cerveau des hommes est plus grand... Ces différences affectent la délégation des responsabilités, des devoirs et des droits. "
De quoi faire réfléchir nos élus français qui, ayant voté une première loi sur la parité et une seconde sur le PACS, n’ont absolument pas abordé la question des droits inaliénables des femmes avec le président de la République Islamique en visite officielle à Paris.

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