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Paroles de femmes

Éveline, 23 ans

lundi 8 avril 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation "Clichés de femmes, clichés sur les femmes"...

Eveline, 23 ans, s’exprime sur la Journée internationale des femmes et la représentation des femmes dans les médias.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Justement, hier avec mes amis, nous avons parlé des droits des femmes. Nous discutions de ce qui se passe en ce moment au Nigeria. Il y a une femme qui a été condamnée à mort par lapidation : elle serait tombée enceinte en dehors du mariage. Je trouve très bizarre que l’on puisse réagir de cette manière aujourd’hui : c’est très choquant. L’autre jour dans le métro, j’ai vu une femme complètement voilée et cela m’a choquée aussi. Je me suis dit qu’il y avait des femmes qui n’avaient pas de droits, même en France. En fait, nous avons toujours l’impression que ce genre de pratiques se passent ailleurs. En même temps, lorsque j’ai vu cette femme, je me suis un peu énervée : ici, dans une certaine mesure, elle a le choix de mettre ou non le voile ; dans ces pays là, non. Du coup, j’ai trouvé cette attitude un peu insultante par rapport à celles qui ne peuvent faire autrement, ailleurs.
Pour les droits des femmes, il y a une évolution mais, cela dépend des pays. Par exemple, chez moi, bien que les femmes soient le centre du foyer, bien qu’elles tiennent un rôle d’homme, dans le sens où elles prennent en charge énormément de choses, l’importance de leurs activités est minimisée. La seule chose qui soit valorisée pour elles, c’est " l’honneur " de porter le nom et les enfants du mari : rien d’autre. Elles travaillent, elles ramènent l’argent à la maison, elles font les enfants, elles s’occupent de leur éducation, elles s’occupent de la maison, elles préparent les repas : elles font tout et elles ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Ce qui veut dire que si elles font tout cela pour elles, sans mari, c’est mal considéré, ce n’est pas reconnu, voire pénalisant. Les femmes - comme les enfants d’ailleurs - ne sont reconnues qu’à travers l’homme.
En France c’est différent : il y a l’égalité, c’est à dire que la femme a son mot à dire, elle peut dire ce qu’elle pense. Elle n’aura pas à subir de représailles ou d’injures si elle fait quelque chose qui ne soit pas en accord avec le mari. Ici, la femme représente quelque chose de beaucoup plus fort que chez moi : elle n’est pas considérée qu’à travers la qualité, la quantité de la descendance qu’elle crée. Ici, elle est considérée comme une personne à part entière. Certes, elle doit se battre, mais quand elle se bat ici, elle récolte les fruits de sa lutte alors que là-bas elle sera bannie.
Ce qu’il y a de bizarre c’est, qu’ici, nous devenons toutes un peu masculines face aux hommes : les femmes doivent montrer une force masculine pour être acceptées. Mais ce n’est pas très grave parce que, de toute façon, il faut se battre et continuer à se battre : si nous considérons les choses comme acquises, il y aura une régression. Petit à petit, sans que nous nous en rendions compte, on nous volera nos droits. C’est comme cela que cela fonctionne ici : chacun doit s’imposer en toute chose. A partir du moment où on relâche son effort, on y perd. Par exemple dans mon travail, les conditions se sont détériorées jusqu’à ce qu’avec mes collègues, nous remettions les pendules à l’heure.
Pour les droits des femmes, la même chose : même s’ils existent, nous devrons toujours nous battre pour qu’ils demeurent. Je ne suis pas d’accord avec ces femmes qui critiquent celles qui se battent pour des nouveaux droits : elles ne se rendent pas compte que pour avoir les droits qu’elles ont aujourd’hui, il a bien fallu que certaines luttent pour les obtenir. Il faut en avoir conscience et faire attention. Il faut se rendre compte que les femmes qui se battent encore aujourd’hui le font pour nous toutes.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Ce qui serait bien, c’est de montrer les femmes et les hommes différemment. On nous montre toujours l’homme à 1m75 et puis la femme plus petite et ce serait bien de mettre un homme et une femme côte à côte, à la même taille : ça changerait un peu les représentations.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel

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