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Mohamed, victime d’"Adama coupe-mains"

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

>par Jacques Boyer
par courtoisie de femmes-afrique-info

>Mohamed Barrie a d’abord vu son père et son frère abattus par balle, puis sa mère égorgée avant d’être décapitée. Mais le martyre ne faisait que commencer pour ce jeune homme de 22 ans originaire de Sierra Leone. "Tu pleures, alors tu vas être amputé", a lancé son bourreau, Adama, une jeune femme "maigre, grande et très vicieuse" plus connue sous son surnom de "cut-hands" (coupe-mains), raconte-t-il à l’AFP à l’occasion d’une visite en Guinée du haut commissaire aux réfugiés (HCR) Sadako Ogata. "Elle a organisé une loterie. J’ai tiré un papier : les deux mains. On m’a attaché les mains à une table de bois. Elle me les a tranchées à la machette", déclare-t-il C’était le 8 février 1998. Mohamed se rendait dans le nord du pays, quand il a été fait prisonnier avec une trentaine d’autres civils par les rebelles qui luttent contre le gouvernement du président Ahmad Tejan Kabbah. Son sort est loin d’être unique. Chassés de Freetown il y a un an par une force ouest-africaine, les rebelles ont entrepris une campagne de terreur après un intermède de dix mois au pouvoir. Au début de l’année, ils sont revenus à l’assaut. Sarie Sawaneh, 56 ans, raconte que le 21 janvier 1999, ils sont arrivés chez lui, dans l’est de la capitale et lui ont tranché la main gauche. "Va voir le président et demande lui une nouvelle main", lui ont lancé ses tortionnaires. Sarie, aujourd’hui soigné à l’hôpital de Freetown, était chauffeur. Les survivants des atrocités réfugiés en Guinée se comptent par centaines, selon le HCR et on ne voit que les survivants : "En fait, 75% des victimes de mutilations meurent", dit M. Machiel Salomons, conseiller juridique du HCR à Conakry. Il évoque le cas d’une femme qui s’était fait un collier d’oreilles, d’un enfant de 12 ans forcé à manger la chair de sa mère, de mutilations sexuelles, de viols collectifs pendant deux mois. La plus jeune des victimes recensée par le HCR avait 6 ans, la plus âgée 75. Quant aux bourreaux, il s’agit parfois d’enfants de 12 ans. Les mutilations seraient une pratique ancienne mais leur échelle et leur signification ont pris une dimension nouvelle. Le premier message est politique : il s’agit de soumettre par la terreur une population, expliquent les employés du HCR qui ont recueilli des témoignages de survivants. Ainsi, couper une oreille signifie que vous devez écouter, raconte le ministre guinéen de l’Intérieur, Zainoul Abidine Sanoussi. Mais l’horreur défie la logique. "Leur chef (Foday Sankoh) a une puissance mystique sur les rebelles. Il contrôle totalement leur esprit", ajoute-t-il. La drogue et l’alcool jouent aussi un rôle. Et pour les adolescents, il y a une part de rite initiatique. Dans le centre délabré d’orthopédie de Conakry, Mohamed Barrie et une douzaine d’autres mutilés réfugiés réapprennent à vivre. Traumatisés, ils ne pouvaient d’abord ni manger, ni dormir. On les écoute et on leur donne une prothèse. "Au début, il y a une réaction de rejet de la prothèse. Puis ils retrouvent espoir. Manger seul, c’est déjà beaucoup", dit Valérie Cresson, une psychologue de l’ONG française Handicap International. La religion les aide aussi. La révolte est rare. "C’est la volonté de Dieu", disent-ils. Valérie Cresson assure qu’un après leur expérience, ils ont cessé d’en rêver.

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