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Entrepreneures sénégalaises

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Joelle Palmieri

Les Sénégalaises occupent 90% du secteur dit informel. Leur activité étant essentiellement économique et basées sur la mutualisation des moyens, elles constituent un pôle d’économie solidaire.

" L’économie solidaire a des retombées financières économiques et même sociales et permet d’équilibrer et d’harmoniser la famille ", explique Aminata Diongue Ndiaye, coordinatrice régionale des actions féminines de Dakar au Sénégal. Les femmes mutualisent leur travail et leurs moyens, ce qui permet de palier les besoins de santé et d’éducation, auxquelles l’Etat ne répond plus depuis la mise en place des plans d’ajustement structurels et à la libéralisation de l’économie nationale. Cette dynamique incite également les femmes à mieux gérer leur porte-monnaie, car l’argent collecté retourne au groupement économique auquel elles sont rattachées. Elle permet aussi d’intégrer dans le circuit économique les jeunes, filles ou garçons, victimes de plein fouet de la déscolarisation et de la paupérisation. Néanmoins, les obstacles rencontrés sont majeurs : les besoins de formation sont énormes (alphabétisation en wolof, puis en français, apprentissage de la gestion et de l’informatique, incontournable...) tandis que l’écoulement des produits est largement obstrué. Malgré de grandes capacités de production (10 tonnes de poissons salés/séchés par jour pour les opératrices de pêche de la plage de Yof à Dakar, par exemple), les femmes font face à une mévente et donc à une destruction de leur production. Les coûts de transport sont effectivement élevés et les circuits de distribution, aux mains du secteur privé, verrouillés, ce qui nuit au développement durable et endogène de ces entreprises. Les situations politiques fluctuantes des pays voisins nuisent également à tout projet d’exportation. Par ailleurs, les moyens de stockage restent rudimentaires ce qui freine la production. Parfois, les femmes font face à des impayés qui bloquent irrémédiablement la production, car les fonds de roulement sont inexistants. Les achats de matière première, leur acheminement, la location des containers, sont liés à la vente. Pas de vente, pas de production. La structuration forte de ce réseau tente d’inverser cette logique, de développer des solutions à long terme, d’étendre les débouchés au marché international tant au niveau des produits que des savoir-faire.

Une organisation opérationnelle

C’est à travers l’Union des Groupements Féminins (UGF) née en octobre 1987 à Dakar, que s’exerçât la mutualitsation des activités des femmes, alors organisées autour des tontines. Les femmes se sont structurées en une fédération nationale (actuellement sous statut ONG), 10 fédérations régionales et 38 fédérations départementales. Depuis, chaque mois, le nombre d’adhésions augmente, si bien qu’il est difficile de dénombrer les femmes que l’Union regroupe. On compte uniquement dans la région de Dakar, 826 " groupements de promotion féminine " répartis entre Dakar, Rufisque et Pikine, qui comptent chacun 20 à 100 personnes. Ces femmes s’organisent au niveau local puis, poursuivant le même objectif et travaillant dans le même domaine d’activité, adhèrent aux fédérations, lesquelles sont sous la tutelle du ministère de la Femme. Elles bénéficient ainsi de l’accompagnement mis en place par les agents d’encadrement : aides aux infrastructures, formations, accès aux crédits, mutualisation des moyens financiers et de production. Chaque groupement a un statut juridique, formel - comme celui de GIE (Groupement d’intérêt économique) -, ce qui lui permet d’avoir accès en premier lieu à un compte en banque. Chaque fédération est par ailleurs érigée en GIE.
Les activités sont variées : gargotières (restauratrices), teinturières, couturières, transformatrices de pêche, agricultrices hors sol ou vivrières, employées de maison, vendeuses à l’étalage sur les marchés... Les femmes cotisent chacune 500F CFA par mois (5F français). Ces adhésions sont déposées en banque, ce qui permet de négocier avec les bailleurs de fond qui réclament des apports personnels. Selon Fatou Diop, présidente de la Fédération régionale de Dakar, et membre fondatrice de l’UGF, " les banques font aujourd’hui davantage confiance aux femmes parce qu’elles sont responsables de famille. ". Par ailleurs, les femmes ont créé leurs propres mutuelles d’épargne à tous les niveaux : départemental, régional, national. L’argent ainsi collecté permet d’octroyer des crédits en " interne " pour acheter les matières premières, assurer le fret ou pour des projets de développement.

Un long chemin

A l’indépendance, il y a 33 ans, " les femmes ne savaient pas lire, ne savaient pas quoi faire, restaient devant leur porte, gardaient les enfants, faisaient à manger, la lessive, se couchaient et recommençaient le lendemain ", explique Fatou Diop. Les fonctionnaires du ministère de l’Animation rurale et urbaine de l’époque sont descendus sur le terrain avec une politique de sensibilisation, intégrant l’alphabétisation en wolof, la gestion entrepreunariale... Aujourd’hui, " à l’heure de la mondialisation, ce sont les femmes qui travaillent et les hommes qui mangent ", ironise Fatou Diop. Les réseaux de commerce équitable ne sont pas encore mis en place, mais cette perspective est très présente dans les esprits et l’objectif d’éliminer les intermédiaires persistant. " Les femmes ont l’intelligence et la capacité d’entreprendre. Ce qui manque, ce sont les moyens ", synthétise une responsable départementale.

Reportage réalisé du 11 au 17 décembre 2000.
FGF : Route de Front de Terre, immeuble Médecine 2000, Dakar, Sénégal
Tél. : 221 824 61 63 - pekin@enda.sn

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