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Paroles de femmes

Geneviève, 80 ans

lundi 8 avril 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation "Clichés de femmes, clichés sur les femmes"...

Geneviève, 80 ans, s’exprime sur la Journée internationale des femmes et la représentation des femmes dans les médias.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Les droits des femmes, je ne saurai pas vous dire dans quelle mesure je me suis battue pour, mais je trouve que nous n’arrivons pas encore très bien à les faire respecter. Nous sommes encore loin de l’égalité, que ce soit à propos de la parité, des salaires égaux, des horaires de travail, etc. Certaines femmes arrivent à tirer leur épingle du jeu, à trouver un équilibre. Mais dans d’autres milieux les femmes sont encore malheureuses, tenues à l’écart : elles n’ont pas le temps de s’occuper d’elles, elles sont moins bien payées et, dans la famille, elles sont tenues d’en faire beaucoup plus que les hommes. Il existe encore une grande part d’injustice pour ces femmes-là, et je ne sais pas comment nous la résoudrons.
Nous avons acquis beaucoup de choses tout de même. Nous avons obtenu le droit de vote. Encore, avant la guerre, même après, les femmes avaient de grandes difficultés à avoir leur compte en banque. Leurs salaires étaient directement versés sur le compte du mari : il existait de nombreuses choses de cet ordre-là. Maintenant, tout cela paraît ante diluvien ! Et puis, il y a eu les lois Veil, l’autorisation de la contraception et de l’avortement : ces lois ont changé la face du monde féminin !
Aujourd’hui, je regarde la manière dont les jeunes femmes, telle ma petite-fille, avancent dans l’existence. Elles n’ont rien contre les garçons, mais elles avancent avec fermeté. Elles n’envisagent pas qu’il y ait des différences entre hommes et femmes, que ce soit dans leur métier ou dans leur vie de couple. J’admire beaucoup la fermeté, la générosité aussi, avec laquelle elles disent à leurs hommes : " Moi, je fais ceci. Toi, tu fais cela. Ça, nous le faisons ensemble ". Les choses n’étaient pas si évidentes pour ma fille ou pour moi : les générations se suivent et les mœurs changent ; il y a un balancement tantôt vers plus de libéralisme, tantôt vers moins. En ce moment, d’ailleurs, je me demande si nous ne sommes pas en train de revenir à une certaine forme de moralisme, de crainte par rapport à l’étranger, par rapport aux différences. Vous avez vu comment les gens parlent de la peine de mort maintenant ? Je ne vais pas dire que nous retournons vers une certaine forme de fascisme, mais, il y a quelque chose comme cela. La sécurité : on ne parle que de cela ! Je suis mal placée pour en juger mais j’ai été agressée et cambriolée plusieurs fois : ça fait partie des aléas de la vie en ville ! Affoler les gens comme on est en train de la faire me paraît très malsain. Quant je vois tout ce qui se passe dans le monde, j’ai l’impression que nous sommes vraiment concernées, mais hélas si peu nombreuses à agir !
Alors est-ce que la journée des femmes peut changer quelque chose ? La politique politicienne me semble tellement dépassée par la réalité quelquefois ! J’espère que les politiques bougeront quand même un peu sur le statut des femmes. Sur d’autres thèmes aussi. Cette journée des femmes peut représenter une prise de conscience : après tout, les lois Veil sont bien la preuve que les femmes peuvent faire bouger les choses, non ? Quoi qu’il en soit, de nos jours, les femmes sont beaucoup plus rigoristes et entreprenantes que nous l’étions : je pense que les femmes sont courageuses.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Tout dépend du sujet et du journaliste. J’ai l’impression qu’il est passé le temps où on ne voyait que la futilité chez les femmes, où elles étaient considérées comme des petits oiseaux dépensiers ou comme des mères à la cuisine. Les femmes journalistes ont leur place et elles la défendent : il y a des journalistes épatantes depuis la dernière guerre.
Par contre, l’image des femmes dans la publicité est lamentable : elles sont représentées d’une manière dévalorisante. Elles paraissent toujours futiles : c’est moche et sans respect. D’une manière générale, la publicité manque de pertinence, de véracité et de respect pour autrui. Elle ne présente pratiquement jamais d’images artistiques, poétiques. Les messages sont caricaturaux, superficiels et pseudo-scientifiques ! Et quand je pense que ça marche quand même et que ça brasse un pognon fou, ça me fait braire !

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel

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