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Football por la Paz

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Pascale Castro-Belloc

Une coupe du monde de football por la paz en 2001 à Medellin ? Tel est le pari que veulent tenir deux jeunes sociologues et une architecte qui, il y a deux ans ont créé l’association Vivir el juego (football por la paz). Ce football se joue dans la rue et ignore les discriminations de sexe, de race et d’âge. Il faut savoir que Medellin a pour surnom mitralla, Traduisez mitraillette, et compte une mort violente toutes les deux heures ! Un des sociologues, Alejandro, croit au rôle fédérateur du football et il travaille dur sur le terrain. Avec patience il rencontre les jeunes des quartiers pauvres et avec eux, il monte des équipes de football de rue pour jouer au football por la paz.

« C’est la peur qui mène les bandes »

Vaste projet pour tenter de ramener la paix dans les quartiers tenus par des chefs de bande, armés par les anciens barons de la drogue, plus habitués à s’entretuer qu’à jouer ensemble. Au début çà a été difficile raconte Alejandro, entrer en contact avec un chef de bande est une tâche délicate. La première fois, on parle 10 minutes, la seconde fois, cela dure 15 minutes mais au bout de 6 mois, on discute une heure. Maintenant, même si sa vie est constamment menacée, il peut néanmoins se rendre dans de nombreux quartiers, protégé par un important code de l’honneur des différents chefs de gangs.
Alejandro l’a constaté, c’est la peur qui mène les bandes. Les jeunes d’un quartier (quelques rues très délimitées) ne connaissent pas ceux d’à côté et ici, on ne plaisante pas, si vous franchissez par inattention un territoire sans y avoir été autorisé, c’est que vous voulez les attaquer et vous serez tué immédiatement. En jouant au foot, les jeunes de gangs différents se rencontrent, font connaissance et apprennent à apprivoiser leur peur de l’autre et la violence diminue. L’idée a fait son chemin puisqu’aujourd’hui 500 équipes de football por la paz s’entraînent et jouent dans la ville et selon les statistiques municipales, la violence urbaine aurait régressé de 18% en une seule année.

Le premier but doit être marqué par une femme

Il faut les voir s’entraîner ! et les filles ne sont pas en reste. Elisabeth, dix-huit ans, arbore avec fierté son maillot blanc aux lettres oranges, football por la paz, jongle et dribble avec dextérité. Avant, elle jouait dans une équipe féminine, le foot c’est sa passion. Mais depuis qu’elle connaît le foot por la paz, elle a quitté son équipe féminine : c’est important de jouer pour la paix, ici chacun a un proche qui a été tué.
Il en va de même pour Orfa, 26 ans. Elle adore le foot et elle y joue depuis l’âge de 7 ans, mais le football por la paz c’est aussi un acte militant. Son frère est mort à 21 ans, tué par des amis qui voulaient son revolver et son argent. La majorité des jeunes des quartiers pauvres de Medellin ne dépasse pas les 23 ans. Ils laissent des veuves très jeunes et des enfants orphelins de père. Orfa, comme les autres, s’entraîne deux fois une heure par semaine et fait un match tous les week-ends dont elle explique les règles : il n’y a pas d’arbitre, mais un médiateur qui se tient au bord du trottoir. Les filles jouent à l’avant et le premier but doit toujours être marqué par une femme pour que les hommes apprennent à passer la balle au sexe opposé. Le nombre de buts ne détermine pas la victoire, comptent aussi la comportement et la tenue vestimentaire. Les garçons s’y font dit Orfa en souriant, avant d’ajouter : quand les hommes jouent avec les femmes, ils sont beaucoup moins violents et la femme est valorisée, reconnue sur le terrain et dehors, c’est très important.

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