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Réactions au questionnaire « L’image des femmes dans la publicité »

mercredi 1er août 2001, par Nicolas Bégat

par Marie-Victoire Louis


Le rapport initié par le Secrétariat d’Etat aux droits des femmes fut réalisé à partir d’auditions, selon une grille d’entretien comprenant neuf questions. Marie-Victoire Louis a refusé d’être auditionnée, ainsi que les Chiennes de Garde, compte tenu de la nature du questionnaire auquel elles devaient répondre. Nous reproduisons ici l’analyse qu’en a fait Marie-Victoire Louis.



1) Vos questions "font comme si" le terrain était quasiment vierge, comme si rien - ou presque - n’avait déjà été publié sur le sujet.
Or, concernant la question de la représentation des femmes dans la pub, des tonnes de livres, d’articles ont déjà été publiées sur le sujet. Il en est de même concernant la question des effets de la publicité.
Ainsi, l’apparente "naîveté" de la question 2 m’a laissée, pour le moins, étonnée .

2) Vos questions s’adressent essentiellement aux publicitaires, voire aux journalistes, qui ne peuvent vivre que par la publicité. De facto, vos questions - qui concernent essentiellement les agissements, les perceptions, les analyses des publicitaires - sont construites comme si ils/elles étaient vos seuls interlocuteurs/trices.

Plus encore, faisant là encore, comme si non seulement ils/elles n’avaient pas déjà publié des tonnes de justificatifs des fondements de leurs pratiques, comme si quotidiennement nous n’étions pas inondé-es, submergé-es par les images des femmes qu’ils nous imposent, c’est à eux que vous demandez d’expliquer leurs pratiques : " Quel est votre "registre" (?) ; "Avez-vous des tabous" (?) ; "Avez-vous des débats" ; "Les règles existantes (vous) sont-elles adaptées" ?

3) Vos questions s’inscrivent au sein même de la logique et de l’idéologie publicitaire.
Vous vous situez au sein même de leur problématique, sur "leur registre".
(Question 3)
Vous employez leur vocabulaire : "complicité"..."transgression"... "création esthétique", "créativité", "tabous"... en leur conférant même les éléments de la justification de leurs pratiques.

Plus encore, les questions étant présentées de manière binaire, ou trinaire (ou..ou ) ne me paraissent même pas adaptées à leurs propres questionnements, qui sont infiniment plus complexes.

Enfin, l’expression " Avez-vous eu connaissance de publicités..... faisant référence à une situation de violence dont une femme peut être victime" relève du déni de toutes les publicités justifiant ouvertement les violences à l’encontre des femmes. Et exclut même l’hypothèse que vos interlocuteurs/trices et/ou le membres de vote groupe - notamment les membres du BVP - aient pu soit être à leur origine, soit les avoir justifiées. Une caution leur est donc ainsi apportée.

4) Aucune question ne relève de la "critique" du fonctionnement du système actuel qui n’est par ailleurs, ni défini, ni présenté.
En employant les expressions "d’encadrement juridique" (et non pas de loi et de règlements) et de "système d’autorégulation", de facto vous ne remettez pas en cause le dit "’système".
En outre, l’hypothèse que des critiques puissent lui être faites est quasiment exclu, puisque vous ne (leur) demandez que s’ils ou elles le "connaissent".

Je me permets à cet égard, de dire que je récuse le terme d’ "autorégulation", à moins de dire que l’on accepte que les annonceurs continuent eux-mêmes à imposer leurs lois. Ou que la loi du capitalisme devrait dorénavant se substituer à la loi de l’Etat.

Faut-il rappeler que le BVP - qui avait par ailleurs censuré une publicité d’Amnesty International sur la peine de mort, qui n’a jamais pris en compte les nombreuses interpellations des féministes, est financé par les annonceurs ?
Quant au CSA, son mode de fonctionnement, les "principes "sur lesquels il agit, les textes qu’il est censé utiliser sont complètement dépassés. Même les personne qui en font partie le reconnaissent.

5) Aucune question ne considère la pub "du point de vue des femmes", comme
si celles-ci :
- n’étaient pas à même de les juger, de les analyser.
- nombre d’entre elles (soutenues par quelques hommes ) n’avaient pas, elles non plus, déjà fait connaître leurs colères, leurs critiques, leurs analyses, leurs exigences de changements.
- elles ne les avaient pas déjà dénoncées, à de nombreuses reprises.
Et n’avaient pas, non plus, obtenu - dans nombre de campagnes - satisfaction de leurs revendications.

6) Aucune question ne s’inscrit dans une réflexion féministe. Dès lors, celui-ci est de fait invalidé.

7) Aucune référence n’est faite aux luttes féministes. Dès lors, celles-ci disparaissent dans le néant.

8) Le mot "sexiste" n’est même pas prononcé. L’hypothèse même d’une loi anti-sexiste est donc de facto évacuée.
Plus encore, le concept de "discrimination" lui même est auto-délégitimé puisqu’il est attribué indifféremment aux deux sexes. A l’encontre du concept de discrimination raciale, qui lui est maintenu dans sa spécificité.

9) La question fondamentale du lien entre publicité/prostitution/pornographie est évacuée.

10) Le vocabulaire employé est masculin : "consommateurs".

11) Compte tenu de ce qui précède, l’expression d’" amélioration de la situation " est- à tout le moins - maladroite. Elle peut en effet, tout aussi bien, être entendue comme pouvant encore renforcer le pouvoir des publicitaires.
En tout état de cause, elle évacue toute critique (radicale) du système libéral capitaliste patriarcal.

12) Aucun projet politique émanant de l’Etat n’est évoqué.

13) Intellectuellement, politiquement parlant, aucune question ne permet d’ouvrir et/ou de prolonger et/ou d’enrichir les débats.

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