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L’accès à l’information sur la sexualité et la santé reproductive en Afrique

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Tel est le premier thème de discussion proposé sur Visions-Afr. La modératrice de ce débat est Marietou Dia*. Il est introduit par Christine Nare, fondatrice et présidente du CEFFEVA (Comité d’Etudes sur les Femmes, la Famille et l’Environnement en Afrique). Madame Nare est chercheure en Sciences Sociales et docteure en Anthropologie, et possède une maîtrise en Santé Publique. Depuis une dizaine d’années, elle mène des recherches sur la planification familiale et sur la santé reproductive des adolescents.
* pour participer : visions-afr@hsphsun2.harvard.edu

L’accès à l’information sur les questions de santé reproductive constitue une question d’importance en Afrique Sub-Saharienne, où l’on note des taux élevés de mortalité maternelle, d’avortements, de grossesses non désirées, précoces ou rapprochées. De même, plus de 20 millions de personnes dans ce continent sont infectées par le virus du SIDA transmis essentiellement par voie sexuelle. On constate dans la plupart de ces pays que des progrès considérables en matière d’information sur la santé reproductive et la sexualité ont été réalisés surtout depuis les annees 1980 avec la propagation du Virus VIH/SIDA. Cependant, force est de reconnaître que l’accès à ce type d’information demeure très limité sur le plan de la couverture, et en termes de résultats, pour certaines couches de la population comme les jeunes, les femmes, les populations rurales, les populations non scolarisées.
Une première catégorie de raisons que nous appellerons raisons objectives explique cette situation. Elles sont liées à l’inadéquation des canaux utilisés pour diffuser les informations et/ou à l’inappropriation des messages véhiculés par rapport aux groupes cibles : - les hommes sont plus nombreux à écouter la radio que les femmes ; - la plupart des activités d’information et de sensibilisation sont plus nombreuses et plus diversifiées dans les milieux urbains ; - dans certaines écoles, des cours d’Education à la Vie Familiale (EVF) sont dispensés, mais des études ont montré qu’ils sont dispensés trop tard, lorsque la plupart des jeunes ont commencé à avoir des rapports sexuels ; - les messages sont souvent diffusés sans tenir compte des différences de culture, de sexe, d’instruction et de besoins.
La deuxième catégorie de raisons, que nous appellerons raisons subjectives est liée à l’influence de normes socio-culturelles, normes selon lesquelles la sexualité est définie et (devrait être) vécue comme : - un sujet tabou : on en parlait à travers des métaphores et seules certaines personnes (tantes) ou certaines ethnies étaient autorisées à en parler. Avec les changements sociaux (urbanisation, changements des structures familiales, mondialisation de la communication), ces approches traditionnelles en matière d’éducation sont de fait remises en question. Face aux menaces actuelles que constitue le SIDA, de plus en plus de parents et d’adultes sont conscients de la nécessité d’informer les jeunes. Certains souhaiteraient pouvoir donner eux-mêmes cette éducation à leurs enfants, mais la pudeur, la gêne, la honte et même parfois l’insuffisance de leurs propres connaissances sur ces questions constituent des blocages. - une pratique étroitement liée au mariage et à la procréation : la plupart des sociétés africaines sont patrilinéaires et ont utilisé des mécanismes de contrôle de la filiation biologique des individus. Ces mécanismes sont par exemple, l’exigence de la virginité au mariage, la pratique de l’excision pour réduire la sensibilité des femmes et accroître leur fidélité, l’importance accordée au mariage, la valeur sociale accordée aux enfants nés dans le cadre du mariage. Dans de tels contextes, informer les jeunes filles, les femmes célibataires ou les veuves sur les possibilités d’avoir une vie sexuelle sans risque est perçue par une bonne partie de la population comme un encouragement au libertinage sexuel et une diminution dangereuse du pouvoir de contrôle de l’homme et de la société sur la sexualité et la fonction de la reproduction de la femme. L’influence de ces facteurs subjectifs se traduit par la timidité dans les politiques d’information et d’éducation sexuelle, et dans l’insuffisance des moyens mis en œuvre pour des stratégies ciblées d’information en direction de toutes les couches de la population.
L’information comme préalable au changement de comportement et à l’adoption des politiques ne fait pas de doute. A titre d’illustration, nous pouvons évoquer la polémique qui entoure actuellement l’adoption très récente (janvier 99) d’une loi interdisant la pratique de l’excision au Sénégal. Les réactions suite à l’adoption de cette loi ont tourné essentiellement autour de l’insuffisance de l’information des populations sur les aspects négatifs qui peuvent justifier cette interdiction. Cette insuffisance de l’information risquerait selon certains de compromettre le respect et l’application de la loi. Mais l’information seule ne suffit pas. Les recherches menées en matière de planification familiale ont montré l’écart important qui existe entre les personnes qui connaissent ou ont entendu parler des méthodes contraceptives et celles qui les utilisent. Ecart pouvant se situer entre 50 et 70 %. Les populations ont besoin d’avoir les capacités pour utiliser les informations qu’elles reçoivent. En matière de santé reproductive, les capacités les plus importantes dont l’individu a besoin, sont les capacités de communiquer, les capacités de négocier, les capacités de prendre des décisions de manière autonome et responsable. Ceci est particulièrement crucial pour les jeunes et les femmes africaines.
Que pouvons-nous faire actuellement et dans le futur pour permettre à tous de disposer des informations complètes et adéquates pour une gestion responsable de la santé reproductive ? Quel doit être le rôle des différentes composantes de la société (individus, groupes, leaders, décideurs, éducateurs...) ? Les contextes socio-culturels, politiques et économiques permettent-ils à l’Afrique de mettre en place des stratégies efficaces d’information et d’utilisation de l’information ? Existe—t-il des expériences réussies qui pourraient être partagées ? Dans quelle mesure les technologies nouvelles de l’information peuvent être utilisées dans le combat que nous devons mener afin que pour beaucoup plus de personnes en Afrique, s’aimer et/ou procréer ne soient plus synonymes de maladies et de risques pour la vie ? Ces questions ne sont pas exhaustives, elles constituent des points de départ pour vous inviter à des échanges d’idées et d’expériences qui, je le souhaite, seront fructueux.
Christine Nare

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