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Noma défigure les enfants

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Illia Djadi

En Afrique, on nous rapporte qu’une maladie qui semblait éradiquée refait surface. Ignorance et pauvreté seraient à l’origine de cette affection de la bouche et des dents, dénommée Noma, qui tue, défigure, "dévore" surtout les enfants.


Le noma, une maladie qui semblait éradiquée, revient en Afrique. Responsables de cette affection qui tue et défigure surtout les enfants : la grande pauvreté et l’ignorance.

Noma : le visage de l’horreur

A l’orée du troisième millénaire, une maladie, connue depuis l’antiquité, fait à nouveau parler d’elle : le noma. L’Organisation mondiale de la santé estime à quelque 100 000 personnes, principalement des enfants âgés de 0 a 6 ans, le nombre de personnes touchées. Près de 90 % des malades décèdent. Les autres se retrouvent défigurés. C’est le cas de Lawali, 11 ans, joue gauche fendillée, lèvre supérieure entamée et une partie des incisives arrachée. Karima, 17 ans, porte également de graves lésions. De son nez, il ne reste plus qu’un trou béant. Sa lèvre supérieure est dévorée et son œil droit très affecté. Bref, son beau visage de jeune femme sahélienne est méconnaissable. Ainsi se présentent les malades du noma : des adolescents au regard insoutenable.

Le mot noma vient du grec nomen qui signifie "dévorer", "brouter". Cette maladie de la bouche et des dents se manifeste d’abord par des saignements des gencives et des lésions, dégageant une odeur fétide. A ce stade, elle s’apparente à une gingivite. La désinfection des gencives, l’apport de vitamines et d’antibiotiques peuvent en stopper l’évolution. Sans cela, il s’ensuit un gonflement des joues, du menton, et l’apparition de lésions sur tout le visage. La malnutrition, la mauvaise hygiène bucco-dentaire, le paludisme, la rougeole, favorisent l’apparition de cette maladie de la pauvreté et de l’ignorance. Un chirurgien-dentiste qualifie le noma de " miroir de la misère ".

Rejetés de tous

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la maladie touchait le pourtour de la Méditerranée et même l’Europe. Depuis, le noma ne sévit plus dans ces régions. Il ne figure plus dans certains manuels de médecine et ne préoccupe guère les programmes de santé. Mais aujourd’hui, on signale des cas en Amérique du Sud et du Centre, en Asie du Sud-Est et surtout en Afrique au Sud du Sahara.

Au Niger, les premiers cas connus remontent à 1992. Une recherche conduite par Sentinelles, une Ong suisse, sur un rayon de 40 km autour de Zinder, localité située à 890 km à l’est de Niamey, met en évidence la maladie. 42 enfants portant des mutilations faciales ont été recensés. L’action de l’organisation, explique M. Hali, chargé du suivi des enfants auprès de l’antenne locale, consiste à " rendre aux malades ce qui leur manque : l’affection et la santé ". Car très souvent, indique-t-il, les malades souffrent à la fois des affres de la maladie et du rejet de leur entourage.

Recherches et recueillis, les malades bénéficient de soins appropriés. Certains sont évacués pour subir des interventions chirurgicales dans des institutions sanitaires spécialisées, en Suisse et en France notamment.

A leur retour, il faut les suivre médicalement et les réinsérer dans leur milieu. M. Hali, muni de sa caisse à pharmacie, fait le tour des villages environnants de Zinder comme celui de Chouri, un hameau coincé entre deux montagnes à une heure de piste. C’est là que vit Mariama, une ancienne pensionnaire de Sentinelles. Depuis son retour en 1995, après 7 mois de traitement à Genève, Mariama doit observer des règles d’hygiène très strictes. Mais en ce début de saison de pluies, elle se soucie très peu de propreté. " Elle a cessé de brosser ses dents et ne porte plus la cale dentaire censée remédier au blocage des mâchoires qu’elle avait eu auparavant ", constate l’assistant social.

Mariama ne sait rien de son douloureux passé. " J’étais petite ", lance-t-elle, naïvement. Son père, lui, se rappelle. " C’était pénible à supporter pour moi ; sa bouche sentait. J’avais envie de la quitter, de l’abandonner à son sort, si ce n’était l’obligation parentale. Je me sentais haï dans le village ". Durant plusieurs mois, Idi se débattra seul avec sa fille contre la maladie et le rejet, jusqu’au jour où un bruit de moteur vint rompre le silence du village. " C’était l’équipe de Sentinelles, venue chercher ma fille. Mais tout cela appartient au passé ", conclut le septuagénaire, en souriant.

La lutte contre le noma nécessite de gros moyens, surtout financiers, dont ne disposent pas les pouvoirs publics. Il faut en moyenne trois millions de Fcfa (30 000 FF) pour chaque enfant évacué. Hilfsaktion (secours), une Ong allemande engagée dans la lutte contre le noma au Niger depuis 1996, privilégie la sensibilisation de l’opinion par des séminaires, la formation de spécialistes nigériens, etc. " A l’heure actuelle, rien n’autorise l’optimisme, estime M. Leo Sibomana, son coordinateur. Aussi longtemps que les enfants seront mal nourris, il y aura des cas de noma. Or le niveau de vie ne fait que baisser ".

D’abord connaître les symptômes

La méconnaissance de la maladie accentuée par le désintérêt des pouvoirs publics complique les efforts déployés. Beaucoup de personnes, dont des agents de santé ignorent tout du noma. Sur 45 agents de santé interrogés dans l’arrondissement de Mirriah, deux seulement ont relevé les trois facteurs favorisant l’apparition du noma. " Comment peuvent-ils intervenir, alors qu’ils ne connaissent pas la maladie ? ", s’insurge M. Sibomana. " C’est ce que nous voulons changer, afin que
chacun puisse connaître les symptômes et les moyens de guérir la maladie. Alors il n’y aura pas d’excuses ", avertit le coordinateur de Hilfsaktion.

Source : Femmes-afrique-info - SYFIA Niger

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