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L’infécondité frappe le Sud-Est du Gabon

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Par Antoine Lawson
Par courtoisie de IPS, service francophone

Les autorités gabonaises sont préoccupées par la recrudescence de la stérilité dans le Sud-Est du pays, une région qui concentre un taux élevé d’affections diverses.
La région des Hauts Plateaux, située dans le sud-est du Gabon, enregistre le taux de stérilité le plus élevé du pays.
La prolifération rapide des maladies sexuellement transmissibles et du paludisme, loin des hôpitaux et des dispensaires, sont responsables depuis plusieurs générations de la stérilité qui frappe les habitants des villages isolés du sud-est du Gabon.
’’ Quinze pour cent de la population examinée est atteinte de syphilis et plus de 5% des femmes se présentant à la consultation sont porteuses de gonocoques’’, souligne le docteur gabonais Francis Ozouaki.
Ozouaki ajoute que ’’cette situation est d’autant plus préoccupante qu’au Gabon, le gonocoque résiste de mieux en mieux aux antibiotiques’’.
’’Des études ont permis d’affirmer que la surveillance de la sensibilité du gonocoque aux antibiotiques et la séroprévalence de la syphilis ont des conséquences sur la fécondité dans cette région du Gabon’’, indique Helene Ona Ondo, gynécologue-accoucheur.
Au départ, les radiations émanant des mines d’uranium et de manganèse exploitées dans cette région avaient, à tort, été désignées comme responsables de la stérilité qui touche principalement les femmes.
En effet, cette région du Gabon où on exploite le manganèse et l’uranium est également reconnue pour son importante activité minière.
En fait, ’’ La cause primordiale de la stérilité chez les deux sexes est une obstruction mécanique des organes génitaux, secondaires a des maladies sexuellement transmissibles et dont les microbes responsables sont les chlamydia et les gonocoques’’ explique le docteur Ozouaki.
Pour les spécialistes, le rôle des chlamydia dans la stérilité est aussi important en Afrique centrale que dans d’autres pays où ce mal est considéré comme la rançon de la libération sexuelle.
Les maladies parasitaires sont également endémiques dans cette région. Les spécialistes affirment que la filariose de loa-loa qui sévit dans la région accroît la mortalité chez les femmes enceintes.
Il est noté également dans cette région des plateaux, la prolifération des maladies infectieuses à caractère viral qui limitent les chances de concevoir.
De plus, le paludisme, l’une des plus redoutables affections du continent africain, est particulièrement sévère dans cette région. Il est indiqué que 80 a 90% de la population de cette région du Gabon souffre souvent du paludisme.
Outre les maladies transmises par voie sexuelle et les affections parasitaires, les méthodes d’accouchement ancestrales et les avortements viennent aussi appuyer la thèse de la baisse notable de la fécondité chez les femmes de cette région du Gabon.
Préoccupé par l’existence d’une vaste zone d’hypofécondité dans la région des Plateaux, l’Etat a construit dans la région de Franceville, un Centre chargé d’étudier les causes de cette hypofécondité locale.
Le Centre international de recherche médicale de Franceville (CIMRF) regroupe des chercheurs de haut niveau en provenance du monde entier, qui étudient en priorité l’incidence des facteurs spécifiques locaux sur les organes de reproduction de l’homme et de la femme ainsi que sur le développement de l’enfant.
’’Les travaux menés au CIRMF sur la fécondation à la prime enfance, ont permis d’une part de déceler l’origine de la stérilité à la suite d’une série d’examens pratiques chez les hommes et les femmes venues consulter au Centre’’, déclare le professeur Donatien Mavoungou.
’’Les maladies sexuellement transmises constituent l’essentiel des recherches en bactériologie du Centre. Leur incidence est importante car elles sont à l’origine d’avortements et d’infections qui influent sur la physiologie de la reproduction chez la femme’’, déclare encore Mavoungou.
’’Dans de nombreux cas, il a été possible de supprimer l’infécondité par le traitement médical ou chirurgical et d’autre part d’améliorer les conditions de la reproduction humaine grâce aux enseignements apportés par l’étude de la fécondation in vitro chez le petit singe d’Indonésie’’, poursuit-il.
Mais pour la plupart des femmes des Hauts plateaux, le fait de ne pas avoir d’enfants est une situation difficile à supporter car une femme sans enfants n’a pas de statut social.
’’L’accouchement est considéré par toutes les femmes comme le prolongement de la féminité et certaines d’entre elles qui ne peuvent avoir d’enfant, sont frustrées car toujours désignées comme responsables de cette situation’’, déclare Sylvianne Ndinga, infirmière.
’’Généralement isolées, elles se consolent en adoptant une nièce ou un neveu auprès d’une soeur ou d’un frère qui possède beaucoup d’enfants car les familles africaines sont généralement nombreuses et l’éducation des enfants est collective’’, ajoute Ndinga.
Paradoxalement dans les autres régions du pays, rares sont les femmes qui ne peuvent concevoir et les jeunes filles deviennent mères dès l’âge de 15 ou 16 ans.

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