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Afrique

"Tene Yacine" : expérience sénégalaise

jeudi 4 avril 2002, par Dominique Foufelle

A l’heure actuelle, le milieu rural est en pleine mutation. Cette mutation entraîne la femme dans une économie qui ne lui est pas encore familière. Sa participation dans cette économie se fait de diverses manières, suivant son ingéniosité, son esprit d’initiative, sa combativité, les moyens financiers dont elle dispose.

C’est en 1998 que la section féminine de l’association des Ressortissants de Podor pour la Régionalisation et la Décentralisation a mis sur pied le groupement de promotion féminine " Tene Yacine ". Le groupement, qui regroupe l’essentiel des femmes de Mbodjene (Podor), se lance dès le début et sous la direction de la section de formation, dans des campagnes de sensibilisation sur la santé reproductive, l’éducation à la vie familiale, l’éducation de base et l’alphabétisation. Du fait de son dynamisme, le groupement "Tene Yacine" élargit son domaine d’intervention et s’investit activement dans le secteur économique au niveau de Podor.

"Tene Yacine" et les activités économiques


Si initialement " Tene Yacine" n’avait pas de vocation économique, le sous-emploi et le chômage chez les femmes rurales ont poussé les responsables de la structure à mener une réflexion sur le rôle des femmes dans le développement économique. C’est à la suite de cette concertation que les femmes ont décidé de créer une tontine, qui est une forme d’épargne populaire. Cette tontine joue à la fois un rôle social et économique. Elle a consisté dans un premier temps à mettre en commun périodiquement une épargne et à distribuer la somme collectée à tour de rôle aux membres du groupe. La tontine a permis à chaque femme du groupement d’acquérir du matériel ménager et de débuter un petit commerce.
Après une année de fonctionnement, " Tene Yacine " a réussi à acquérir un champ collectif grâce aux bénéfices générés par la caisse de la tontine. L’acquisition du champ a permis à certaines femmes d’avoir de petites parcelles qui les libèrent du joug de leurs maris. Car ces derniers ne les considéraient que comme de la main d’œuvre facile.

Un équilibre économique difficile


La plupart des recensements et enquêtes définissent toute l’activité économique de manière à exclure une part importante des activités agricoles des femmes. Pour permettre à ses membres d’avoir des revenus plus substantiels et une plus grande autonomie dans la cellule familiale fortement dominée par les hommes, "Tene Yacine" va mettre l’accent sur le maraîchage dans les parcelles au niveau du champ…
Malheureusement, cette activité non planifiée, menée de façon anarchique n’a pas donné tous les résultats escomptés. En effet, plusieurs autres acteurs situés à des distances assez rapprochées cultivent les mêmes spéculations au même moment, récoltant en même temps. Il s’en suit une mévente entraînant une baisse des prix qui noie tous les efforts consentis par les femmes (obtention du champs, des intrants, semis, arrosage, entretien, récolte etc.) du fait de l’absence de "marchés adéquats". Par exemple, le kilo d’oignons a vacillé à un certain moment de 25 à 40 francs CFA. L’offre étant supérieure à la demande, les commerçants imposent leurs prix, et ne sont pas forcément rémunérateurs pour le groupement.
C’est pourquoi, l’association s’appesantit de plus en plus sur l’alphabétisation fonctionnelle des membres du groupement et sur la formation pour leur donner l’expertise et les outils nécessaires afin d’atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés.

P.-S.

Diop Baye Gueye

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