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Gabon : Le Boom du secteur informel exaspère les pouvoirs publics

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

>par Antoine Lawson
par courtoisie de IPS, service francophone Inter Presse Service, Cotonou

>Le commerce informel a pris un envol considérable au Gabon, depuis ces dernières années caractérisées par des difficultés socio-économiques notoires. Mais les pouvoirs publics essaient par tous les moyens de freiner cet essor.
Selon une estimation du ministère des Finances et de l’Economie, le secteur informel, qui échappe au contrôle de l’Etat, brasse environ 9 milliards de Francs CFA par an.
Les économistes attribuent le boom des activités informelles à la crise économique que connaît le Gabon, un pays de l’Afrique centrale, depuis quelques années.
La crise asiatique, la baisse du cours du dollar et la récente chute des produits pétroliers dont le pays tire la majeure partie de ses revenus ont frappé de plein fouet l’économie gabonaise jadis prospère.
Les difficultés économiques du Gabon s’etaient amplifiées après la dévaluation du Franc CFA en 1994.
Le Franc CFA, la monnaie commune à 15 Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre, avait alors perdu la moitié de sa valeur par rapport au Franc français, sa devise de référence.
’’La crise met en péril une large part du tissu économique dont la conséquence est la baisse des recettes de l’Etat ’’, commente Christian Mondjo, du ministère du Commerce.
La mise en application en avril 1995 de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a provoqué une flambée des prix et une dégradation du pouvoir d’achat des habitants.
Les entreprises qui ont vu leurs charges salariales croître ont cru trouver la solution dans des compressions de personnel ou des réductions des salaires pour éviter l’asphyxie des taxes de l’Etat.
’’Le secteur informel jadis presque inexistant est réellement apparu avec l’inflation galopante qui a débuté en 1986’’, explique Michel Nzamba, contrôleur des Impôts.
Selon Nzamba, au cours de la période 1993-1995, les prix avaient augmenté de 32,4 à 35,6% et dans une proportion moindre entre 1995 et 1996.
Le commerce informel qui constituait essentiellement le domaine d’intervention des Ouest-Africains et des voisins camerounais, a attiré depuis peu les Gabonais.
Avec la vie chère et la flambée des prix, certains Gabonais découragés d’attendre indéfiniment un emploi à la Fonction publique, premier employeur du pays, se sont découverts des vocations d’investisseurs et tout est devenu prétexte à faire du commerce.
Aujourd’hui, on peut presque tout acheter dans la rue, sur les parkings, à la sortie des supermarchés : des légumes aux vêtements divers en passant par des postes de radio, le téléphone portable ou la cravate et des meubles en rotin.
Devenus très nombreux, les commerçants des rues concurrencent dangereusement les magasins légalement installés.
Les marchands ambulants qui exercent au Gabon sont en majorité des fillettes et des femmes qui vendent généralement des produits consommables devant les chantiers où a proximité des établissements scolaires où elles s’installent dès 7 heures du matin.
Mais le gros du secteur informel englobe les importations des produits en provenance principalement d’Asie, des Etats-Unis et ils arrivent sur le marché gabonais à travers des circuits non traditionnels.
’’Le secteur informel représente environ 50% de la valeur des importations gabonaises. Les acheteurs et revendeurs, organisés en circuits, déclarent généralement des chiffres fantaisistes pour échapper à la fiscalité’’, a affirmé un agent du ministère du Commerce et de l’Industrie.
L’essor du secteur formel n’est pas apprécié par les autorités locales qui essaient par divers moyens d’y mettre un terme.
’’Le commerce informel et les prestations de services sont assurés par des particuliers très actifs ou par des sociétés non autorisées à les fournir’’, rapporte un contrôleur de prix.
’’Ces activités économiques ont toujours existé au Gabon à faible échelle, mais n’avaient pas troublé l’équilibre des circuits de commercialisation ou de distribution, comme c’est le cas aujourd’hui’’, ajoute-t-il.
Selon un autre contrôleur de la Mairie, ’’Le commerce informel représente un manque à gagner fiscal important pour l’Etat et malgré la chasse aux commerçants de la rue par la police, l’activité informelle s’est bien installée et fait partie du quotidien’’.
La chasse aux commerçants de rue est l’une des méthodes utilisées par les pouvoirs publics pour décourager l’informel.
Les autorités avancent également que le développement de l’informel entrave les efforts fournis par l’Etat pour réorganiser le paysage entreprenarial.
Mais les promoteurs de l’informel s’en défendent. Selon eux, les entrepreneurs qui sont partis de l’informel et qui ont réussi commencent peu a peu à régulariser leurs activités même s’ils ont du mal à s’adapter aux règles fiscales du pays.
’’Le secteur informel qui est non structuré a servi à quelques opérateurs qui n’ont pu obtenir des crédits auprès des banques, de monter des affaires à structure et à gestion moderne’’, explique Hamady SY, le propriétaire d’un magasin de chaussures importées directement d’Italie.
Jean-Pierre Tchoua, président de la Confédération nationale du Patronat gabonais, affirme que l’Etat gabonais avait pu obtenir un prêt de 40 milliards de F CFA auprès de la Banque africaine de développement (BAD) pour encourager la création des petites entreprises et évaluer de nouveaux mécanismes de crédits.
Cependant, les conditions d’octroi des crédits avaient été jugées draconiennes par les promoteurs gabonais, ajoute Tchoua sans préciser ces conditions.
Une autre solution préconisée pour freiner l’informel est l’amélioration des conditions de vie des populations, notamment des salariés qui jouent un rôle non négligeable dans l’informel.
Les négociations entre les syndicats et le gouvernement engagées depuis le mois de février pour l’amélioration des conditions de vie des populations sont dans l’impasse.
’’Malgré l’impasse actuelle, les négociations devraient aboutir’’, avait déclaré Christiane Bitougat, la secrétaire générale de l’Union des syndicats de l’administration publique (USAP).
L’explosion du commerce informel a contraint certains établissements de fermer à cause d’une concurrence déloyale liée notamment à l’importation des denrées alimentaires très peu produites sur place.
Les populations gabonaises se réjouissent de l’essor de l’informel.
’’Pour nous consommateur moins aisé, le commerce informel est arrivé à point nommé car en attendant que les promesses du gouvernement d’augmenter les salaires ou les allocations familiales se concrétisent, la vie au quotidien est moins pénible", estime un instituteur d’école.

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